C'est d'abord l'histoire d'un écroulement. Celui de Géraldine Remy, à la lecture de l'essai Comment tout peut s'effondrer de Pablo Servigne et Raphael Stevens sur les risques de chute de notre civilisation. Une fois digérées la colère et l'affliction, elle choisit de passer à l'action, de devenir une "licorne", comme se qualifient les 140.000 membres du groupe Facebook "Gestion budgétaire, entraide et minimalisme". Elle sera un "laboratoire de changement", pratiquera zéro déchet, récup', économie circulaire et alimentation bio. Et, à sa surprise, elle y parvient. Plus vite que prévu, elle a déniché un paquet d'astuces toutes simples, plus vertes et plus économes, accessibles à tout un chacun, qu'elle décide de consigner dans un bouquin. "Ce qui empêche l'innovation, explique-t-elle, c'est de croire q...

C'est d'abord l'histoire d'un écroulement. Celui de Géraldine Remy, à la lecture de l'essai Comment tout peut s'effondrer de Pablo Servigne et Raphael Stevens sur les risques de chute de notre civilisation. Une fois digérées la colère et l'affliction, elle choisit de passer à l'action, de devenir une "licorne", comme se qualifient les 140.000 membres du groupe Facebook "Gestion budgétaire, entraide et minimalisme". Elle sera un "laboratoire de changement", pratiquera zéro déchet, récup', économie circulaire et alimentation bio. Et, à sa surprise, elle y parvient. Plus vite que prévu, elle a déniché un paquet d'astuces toutes simples, plus vertes et plus économes, accessibles à tout un chacun, qu'elle décide de consigner dans un bouquin. "Ce qui empêche l'innovation, explique-t-elle, c'est de croire qu'on n'a pas le temps ou l'argent; or, c'est très facile et hyper gratifiant. Et si j'y arrive, maladroite et fainéante comme je le suis, c'est vraiment à la portée de n'importe qui." La différence entre son livre et tous ceux publiés sur le même sujet? Son profil, à mille lieues du stéréotype de la jeune maman bobo acquise depuis longtemps aux thématiques écolo. Ici réside son meilleur atout: si elle n'est pas comme les autres, c'est justement parce qu'elle est comme tout le monde. Géraldine, elle, était plutôt du genre fashion victim, qui achète des escarpins "pour se déstresser" et des robes soldées qu'elle ne portera jamais, qui dégomme des pots de choco à la cuillère, et ne dit pas non au combo vols low-cost et hôtels all-in. Bref, pas exactement la petite soeur de Nicolas Hulot; plutôt une "pétasse aujourd'hui repentie", selon ses propres mots. Exit donc, les bains interminables, les extensions de cheveux, d'ongles ou de cils, et les produits de luxe. Ses maîtres mots sont minimalisme et résilience. "Ado, j'avais une copine qui avait tatoué "Less is more" sur son épaule, se rappelle-t-elle. Et j'ai mis longtemps à vraiment comprendre le concept, à voir que la simplicité rend heureux. On apprécie bien plus une douche chaude quand on réalise que c'est un luxe, pas un dû." Plutôt radicale, Géraldine assume son ambivalence entre grands combats et petites lubies, et n'hésite pas à mettre son entourage à contribution, avec en première ligne, son amoureux, Dimitri, et son public de prédilection, ses élèves - la "zérodéchettisation" de son école a été enclenchée, avec enthousiasme. Mais tout n'est pas rose au pays du green, et c'est avec énormément d'humour qu'elle revient sur quelques échecs retentissants - dont l'épisode de "l'année sans sucre", lamentablement avortée après un mois, à cause d'une crêpe à la garniture déraisonnable - et admet volontiers ses failles, qu'il s'agisse de surmonter l'odeur pestilentielle du jus de noni ou d'abandonner son voyage annuel en avion ; une décision qu'elle sera "peut-être heureuse de prendre plus tard". Car elle ne s'est pas transformée en ascète absolue pour autant, et à ses yeux, la notion de plaisir reste essentielle. "L'idée n'est pas de le supprimer, dit-elle, mais au contraire de l'augmenter. J'ai vraiment réappris à vivre. Avant de me lancer dans cette transition, je ne trouvais pas de gratitude dans ma vie, je me sentais pauvre. Aujourd'hui, j'ai un demi-salaire, mais je suis bien plus riche." A fond dans son rôle d'ambassadrice, elle vient ainsi d'opter pour un mi-temps; un choix de vie qui lui permet d'empoigner son bâton de pèlerin pour le bien de la planète. "On me demande souvent: "Est-ce que les actions individuelles ont vraiment un sens?" Pour moi, c'est évident, tout simplement parce qu'il n'y a pas d'action individuelle. Nos comportements conscientisent notre entourage, on s'influence les uns les autres, tout est lié", conclut-elle, pile à temps pour booster nos bonnes résolutions en ce début d'année.