"Même pour ceux qui pensent que l'espèce humaine s'éteindra à un moment plus ou moins proche dans le futur, le design représente un moyen de planifier une sortie plus élégante. Il peut faire en sorte que la prochaine espèce dominante se souvienne de nous avec un minimum de respect: comme des êtres, si pas intelligents, dignes et bienveillants." Ce grinçant extrait clôturait le préambule de Broken Nature, l'une des expos de la Design Week milanaise en avril. La grand-messe qui réunit les protagonistes du secteur fut longtemps surnommée le Salone del marketing. En cause: ses spectaculaires dérives publicitaires. Mais son édition 2019 a visiblement pris ...

"Même pour ceux qui pensent que l'espèce humaine s'éteindra à un moment plus ou moins proche dans le futur, le design représente un moyen de planifier une sortie plus élégante. Il peut faire en sorte que la prochaine espèce dominante se souvienne de nous avec un minimum de respect: comme des êtres, si pas intelligents, dignes et bienveillants." Ce grinçant extrait clôturait le préambule de Broken Nature, l'une des expos de la Design Week milanaise en avril. La grand-messe qui réunit les protagonistes du secteur fut longtemps surnommée le Salone del marketing. En cause: ses spectaculaires dérives publicitaires. Mais son édition 2019 a visiblement pris un tournant, l'écologie s'est imposée comme le principal sujet des événements et nouveautés présentées, alternant démonstrations concrètes et prospective pointue. Avec, en tête, le plastique, devenu ennemi public numéro 1. On a ainsi vu de grands noms prendre le sujet à bras-le-corps pour tenter de trouver des polymères qui ne seraient plus pétrochimiques et plancher sur la question du bioplastique et autres solutions inattendues à la crise des matériaux... Cordages en cheveux humains, "rochers" de déchets gazéifiés au plasma à 10.000 °C ou glaçage aux particules fines: l'innovation verte a du ressort. Au sein de la planète mode, l'écoresponsabilité est aussi devenue fashion, de même l'éthique et le développement durable. Les acteurs de cette industrie polluante n'ignorent plus qu'ils ne peuvent faire l'impasse sur un discours teinté de vert. Car les chiffres sont contre eux, le secteur du textile est responsable de près de 20% des rejets des eaux usées, de 10% des émissions de carbone dans le monde et de 35% des rejets de microplastiques dans les océans. En août, il y eut donc la signature du Fashion Pact, lors du sommet du G7 - une initiative conduite par François-Henri Pinault, PDG du groupe Kering, pour coaliser entreprises, fournisseurs et distributeurs et "enrayer le réchauffement climatique, restaurer la biodiversité et protéger les océans". Dans la foulée de cet engagement, dénoncé par les ONG qui y voient un "écran de fumée", il y eut les Fashion Weeks millésimées 2019 où il n'était plus question de taire le moindre écogeste. Ainsi Gucci annonçait qu'elle compenserait financièrement ses émissions de CO2 afin de parvenir à la neutralité carbone, et le groupe Kering, auquel la maison italienne appartient, s'engageait à devenir totalement neutre en carbone sur l'ensemble de ses activités, tandis que LVMH, non signataire du Fashion Pact, s'offrait des pages de pub dans la presse française où l'on pouvait lire: "Nous n'avons pas le luxe d'attendre, en cinq ans le groupe LVMH a diminué ses émissions de CO2 de 16% alors même que son activité connaissait une très forte croissance." Sur les catwalks, lors des défilés, on a vu et entendu comment la mode témoigne d'une pleine adhésion à la dynamique, du bout des doigts et des lèvres, parfois, en un salto arrière vertueux ou en un engagement de tous les instants et depuis les débuts. Et tandis que l'upcycling fit des émules et le végan, des aficionados, les maisons de luxe jouant l'exemplarité se protégèrent de tout bad buzz en fournissant la preuve sur papier que leurs décors de défilé étaient durables et 100% certifiés. Nous voilà rassurés.