Il semble être la bonne personne au bon endroit, au bon moment. Casey Cadwallader, directeur artistique de Mugler depuis 2018, a rétabli les "glamazones" futuristes du patrimoine du légendaire créateur français et leur a offert une modernisation digne du XXIe siècle.
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Il semble être la bonne personne au bon endroit, au bon moment. Casey Cadwallader, directeur artistique de Mugler depuis 2018, a rétabli les "glamazones" futuristes du patrimoine du légendaire créateur français et leur a offert une modernisation digne du XXIe siècle. De toutes les maisons de mode parisiennes historiques, Mugler est peut-être la plus inclusive. Lors d'une performance réalisée à l'occasion des Victoires de la Musique, Casey Cadwallader a moulé le corps tout en rondeur de la chanteuse Yseult d'un body transparent. Rien d'étonnant à ce que cette tenue la sublime. La réinterprétation un brin pornographique mais aucunement sexiste de Mugler par l'Américain sied à toutes: de Cardi B dans la vidéo déjantée Wap, qui compte actuellement plus de 400 millions de vues sur YouTube, à Beyoncé en couverture de Vogue. Selon notre homme, "Mugler est surtout une attitude. Je pense que la mode n'a rien à voir avec la couleur de peau, la morphologie, l'âge, ni l'expression du genre ; je mets en scène plusieurs styles de personnes sur le catwalk. Je m'étonne de ce que certaines marques fashion aient si peu évolué. L'an dernier, lorsque Versace a mis en avant des femmes aux courbes généreuses, j'étais ravi. Pendant cent ans, la mode a montré les mêmes mannequins. Filiformes et mesurant deux mètres. Il y a pourtant tant de beauté dans le monde. C'est absurde." Dans un premier temps, son rêve était de concevoir des voitures, raconte Casey Cadwallader, 34 ans, à propos de son parcours. "Ensuite, j'ai voulu devenir architecte et joaillier, poursuit-il. Enfant, je dessinais tout le temps. J'ai su tôt que je voulais réaliser des choses. Mes parents aimaient les antiquités et le mobilier rustique en bois, typique de la Nouvelle-Angleterre, et presque tous les week-ends, ils me traînaient au marché aux puces. Je m'ennuyais à mourir, jusqu'à ce que je découvre les étals de pierres semi-précieuses et de minéraux. Chaque semaine, j'achetais quelque chose et puis j'allais montrer mon butin à un bijoutier de mon quartier. Qu'est-ce que c'est? Ça vaut combien? Après une vingtaine de visites, le propriétaire m'a proposé de devenir son apprenti. J'avais 12 ans. C'était mon premier travail, et il était même bien payé. Nous sommes restés amis."L'Américain n'a jamais cessé de dessiner. A l'école, il aimait les cours d'art et d'architecture, mais il était aussi doué en maths, surtout pour les réalisations techniques. "J'ai fait des études d'architecture à Cornell, là où on apprend surtout à anticiper, et où l'idéologie est plus importante que le calcul. J'étais fasciné par la mode, par le corps et les analogies que je voyais entre l'habillement, le mobilier et l'architecture. J'ai demandé si, en tant qu'étudiant en architecture, je pouvais participer au défilé de fin d'année de la section mode, et cela m'a été accordé." Il a d'abord réalisé un stage dans deux bureaux d'architectes à New York, avant d'en effectuer un en 2001 chez Marc Jacobs. "Cette expérience a achevé de me convaincre: je serais créateur de mode. Marc avait une merveilleuse équipe. J'aimais les défis, l'énergie, les heures de travail interminables. Lorsque j'ai enfin décroché mon diplôme, Gluckman Mayner, un bureau d'architectes qui, à l'époque, créait de nombreux flagship stores, m'a proposé un emploi. C'était une belle offre, parce qu'habituellement, ils engageaient uniquement des architectes qui avaient au moins cinq ans d'expérience. J'ai décliné. C'était une décision difficile. Mais je voulais voyager et acquérir de l'expérience à l'étranger." Son premier emploi dans la mode fut chez Tsé, un label hongkongais spécialisé dans le cachemire, en tant qu'assistant du directeur artistique. Puis Casey Cadwallader a travaillé chez Narciso Rodriguez. Après un détour à Madrid, il s'est vu offrir un emploi chez Acne Studios, où il est devenu directeur des précollections Femme. "A ce moment-là, ces collections représentaient environ 80% de leur chiffre d'affaires. C'est une tout autre approche, et j'y ai appris à avoir un maximum d'impact tout en restant simple." Une chasseuse de têtes a finalement estimé qu'il était prêt à relever un plus grand défi. "Elle m'a cité trois maisons qui recherchaient un directeur artistique. Mugler était l'une d'elles. Je n'ai pas hésité un seul instant." "Mugler était un génie en matière de remodelage du corps, estime Casey Cadwallader. Une forme d'épaule particulière, des hanches arrondies et une toute petite taille. Il savait transformer les gens en les habillant de la veste adaptée et donnait énormément de confiance à ses clients. Il était extravagant, et ses défilés étaient spectaculaires. Je l'ai toujours admiré. Je voyais beaucoup de similitudes entre son univers et le mien. Nous avons tous les deux l'esprit ouvert. J'aime les gens qui se distinguent des autres, qui font preuve d'audace, d'assertivité et qui ne se laissent pas influencer par les attentes d'autrui. Et je crois que Mugler en fait partie. Il a fait défiler des modèles transgenres dans ses shows. Il fallait oser. Lorsqu'on marche dans les pas d'un homme fort et hyper talentueux comme Mugler, on doute presque automatiquement de soi, confie le trentenaire. Alors, je me suis dit: tu n'es pas lui, et tu ne le seras jamais. Il a fait ce en quoi il croyait. C'est aussi ce que tu dois faire. Mugler est réputé pour la haute couture, et moi, ma spécialité c'est le prêt-à-porter. Les gens ne comprennent pas toujours que c'est complètement différent. Alors, ils disent: oh, les réalisations de Casey ne valent vraiment pas celles de Mugler." Le risque, il aime ça. "J'essaie de ne pas suivre le courant, mais de me tourner vers ce qui me semble juste." Cela implique qu'il lui arrive de se tromper. "Ce n'est rien si vous apprenez de vos erreurs et allez de l'avant. Par exemple, si vous réalisez cent robes, il se peut que cinq d'entre elles soient un peu moins réussies, mais ce n'est pas si grave." Si un retour vers la haute couture, comme l'été dernier chez Balenciaga, ne fait pas partie des plans actuels, Casey Cadwallader dispose d'une sorte de solution alternative. Il habille des célébrités pour des shootings, vidéos, tapis rouges et performances, et c'est presque toujours du travail sur mesure. "Cela demande beaucoup de temps, mais vous vaut beaucoup d'attention en retour. Chez Mugler, on ne sort plus que deux collections par an, selon le modèle "see now, buy now". Comme nous avons arrêté les précollections, nous sommes suffisamment flexibles pour créer des looks "custom"." Non seulement pour Beyoncé et Cardi B, mais aussi pour Miley Cyrus, Dua Lipa et Ariana Grande. Quant à Billie Eilish, elle a récemment fait le buzz en posant en corset et catsuit Mugler pour la couverture du Vogue britannique. La photo en question, "une des plus belles que j'aie jamais vues", dixit Cadwallader, a valu à la jeune femme presque 17 millions de likes sur son compte Instagram. "Lorsque je suis devenu directeur artistique, j'ai décidé que je ne travaillerais qu'avec des gens sympas, sur des projets spéciaux." Ce n'est que récemment que notre homme a rencontré Thierry Mugler en personne. "Il est spécial de travailler pour une maison dont le fondateur est encore en vie. Je peux imaginer que c'était parfois difficile pour lui. Après tout, l'entreprise a toujours été son bébé. J'ai d'abord dû gagner son respect. Il était extrêmement gentil, très encourageant. J'étais aux anges. Aujourd'hui encore, nous nous envoyons régulièrement des SMS."