C'est devenu un rendez-vous incontournable pour qui chérit la mode, le raffinement des détails, sans qui Dieu ne serait rien, et les savoir-faire ancestraux qui ancrent une maison dans la modernité. Depuis 2002, Chanel présente début décembre une collection entièrement dédiée à ses métiers d'art. On doit l'idée à feu Karl Lagerfeld, que sa digne successeuse Virginie Viard revisite à sa façon, sans détour. La directrice artistique des collections Mode de Chanel a donc invité en amont les artisans d'art qui travaillent dans le giron de cet empire au deux C intimement unis. Elle leur a fixé rendez-vous au Château de Chenonceau, ce n'est pas fortuit. On l'appelle aussi le château des Dames, car elles y ont durablement...

C'est devenu un rendez-vous incontournable pour qui chérit la mode, le raffinement des détails, sans qui Dieu ne serait rien, et les savoir-faire ancestraux qui ancrent une maison dans la modernité. Depuis 2002, Chanel présente début décembre une collection entièrement dédiée à ses métiers d'art. On doit l'idée à feu Karl Lagerfeld, que sa digne successeuse Virginie Viard revisite à sa façon, sans détour. La directrice artistique des collections Mode de Chanel a donc invité en amont les artisans d'art qui travaillent dans le giron de cet empire au deux C intimement unis. Elle leur a fixé rendez-vous au Château de Chenonceau, ce n'est pas fortuit. On l'appelle aussi le château des Dames, car elles y ont durablement laissé leur empreinte. Sous Diane de Poitiers, ce n'était qu'un pont enjambant les flots calmes, jusqu'à ce que Catherine de Médicis, en 1576, lui offre une galerie qui servait aussi de salle de bal. C'est là, sur son pavement en damier, à la tombée de la nuit, ce 3 décembre 2020, que Chanel a fait défilé la collection, mariage subtil d'inspirations puisées in situ et de la virtuosité chère aux paruriers de la Maison Desrues, aux plumassiers de la Maison Lemarié, aux chapeliers de Maison Michel, aux brodeurs de la Maison Lesage et de l'Atelier Montex, aux bottiers de la Maison Massaro, aux orfèvres de la Maison Goossens, aux gantiers de Causse Gantier et aux plisseurs de la Maison Lognon. Avec un tel passé, avec un tel présent, il n'est pas nécessaire de recourir aux artifices de la narration. Il suffit juste de placer Kirsten Stewart en front row, seule, pour causes de prophylaxie. Et de faire défiler devant elle des femmes aux boucles libres, aux yeux noirs et graphiques, vêtues de ce que la maison fait de mieux. Surtout quand cela entre en résonance avec le lieu. Ne demandez pas de longues explications à Virginie Viard, elle est du pays du faire, elle dira juste "Coco Chanel, collerette, Catherine de Médicis, le noir" et puis "Pour moi, c'est sexy, les châteaux". Alors dans un même élan fertile, chacun.e dans sa spécialité a emboîté le pas à la créatrice. Si bien que les croisillons du plafond se retrouvent sur des robes en tulle et en plumes, les tapisseries et le bel agencement rectiligne des jardins brodés sur le tweed, les lions enstatués sur les boutons, le damier du sol sur des mini-jupes ou des sacs en gros grain et la silhouette pixellisée du château sur un top, des ceintures taille extra fine, une minaudière toute en sequins. Il y flotte comme un parfum d'héroïnes et de reines de la Renaissance qui ne s'embarrassent pourtant pas du poids de l'Histoire. Les bottes mousquetaires ont la même couleur ébène que les chenets de la monumentale cheminée qui sert de fond au catwalk qu'aucune foule ne foulera pour cause de show digital. Et in fine, pour faire belle figure contre mauvaise fortune, la maison offre en sus quelques vues plus belles que des cartes postales, photographiées par Juergen Teller, des détails qui assoient la beauté de la matière. On sait que l'année prochaine, au printemps le cas échéant, 11 de ces Maisons d'art s'installeront au 19M, le nouveau site créé par Chanel entre le 19ème arrondissement parisien et la commune d'Aubervilliers et signé par l'architecte Rudy Ricciotti. 600 artisans y travailleront à poursuivre l'oeuvre initiée par Mademoiselle Chanel. Ce lieu "inclusif et pluridisciplinaire", conçu dans le respect de l'environnement, sera, nous promet-on, "un véritable pont entre tradition et innovation". Mieux qu'un symbole. A l'image de ce défilé chassé-croisé volontairement énergique. Anne-Françoise Moyson