Elle a pour elle des airs d'elfe qu'elle cultive mine de rien, une grâce mutine aiguisée par des années de danse classique, une jeunesse gourmande délibérément slasheuse - qui songerait à le lui reprocher? Claire Laffut, 23 ans, est née sous le signe des gémeaux, "le jour de la fête de la musique", y voir une destinée, elle se met à chanter, voix flûtée "Nous sommes deux soeurs jumelles... mi, fa, sol, la, mi, ré" et s'arrête net pour compléter le tableau: "Sauf que moi, c'est un frère." Tout à la fois peintre, chanteuse, compositrice, mannequin, muse, elle ne veut rien se refuser, ne voit pas pourquoi elle se mettrait "des limites" et peaufine son premier album. Il devrait sortir en 2019 chez Universal, après une première cavalcade en novembre dernier et son E.P. Mojo, qui parle de "la force naturelle que l'on dégage quand on se sent bien", merci à son amoureux.
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Elle a pour elle des airs d'elfe qu'elle cultive mine de rien, une grâce mutine aiguisée par des années de danse classique, une jeunesse gourmande délibérément slasheuse - qui songerait à le lui reprocher? Claire Laffut, 23 ans, est née sous le signe des gémeaux, "le jour de la fête de la musique", y voir une destinée, elle se met à chanter, voix flûtée "Nous sommes deux soeurs jumelles... mi, fa, sol, la, mi, ré" et s'arrête net pour compléter le tableau: "Sauf que moi, c'est un frère." Tout à la fois peintre, chanteuse, compositrice, mannequin, muse, elle ne veut rien se refuser, ne voit pas pourquoi elle se mettrait "des limites" et peaufine son premier album. Il devrait sortir en 2019 chez Universal, après une première cavalcade en novembre dernier et son E.P. Mojo, qui parle de "la force naturelle que l'on dégage quand on se sent bien", merci à son amoureux. Elle a grandi à Moustier-sur-Sambre, s'en est échappée pour mieux y revenir parfois, planter ses deux pieds dans la terre namuroise, au creux de sa famille - une mère coiffeuse qui lui ouvre des horizons, un père "dans le bâtiment" qui écoute Fela Kuti, Serge Gainsbourg et Frankie Goes to Hollywood. Très jeune, elle fut la muse de Charlotte Abramow, photographe et amie, qui la portraitura sous tous les angles, grandit avec elle et puis la filma dans le clip Les passantes de Georges Brassens, manifeste féministe sorti lors de la Journée Internationale des Droits de la Femme et censuré par YouTube -Claire y manie le pinceau, ce n'est pas du chiqué. Elle fut un temps mannequin mais n'aima guère ça, elle ourle ses lèvres à l'évocation de ces années de fin d'adolescence. Fit-elle de même quand elle se mua en tigresse, une nuit, dans une boîte, alors qu'une fille draguait son amoureux, elle s'était battue et en était sortie cocardée, obligée d'aller à quelques castings camouflée derrière des lunettes de soleil qui mangeaient son petit visage... Pour l'heure, Sophie Van Bouwel la met en beauté, qui la connaît pour l'avoir souvent maquillée car Claire est ambassadrice visage de la campagne du parfum Gabrielle de Chanel. Sa peau pure ne nécessite pas grand-chose - un embellisseur belle mine, un baume Essentiel, le même stick Eclat multi-usage mais transparent, sur les paupières et les pommettes ainsi glossy, une bouche Rouge Allure mate, effet poudré, baptisée Electric Blossom, le tout siglé de deux C. C'est raccord avec le décor, nous voici dans l'incroyable collection du Plasticarium du ADAM - Brussels Design Museum. Elle adore, comme on la comprend, elle se glisse facétieuse entre le mobilier golden sixties et plus, signé Eero Aarnio, ses fauteuils Ball Chair, Globe Chair, Pastilli, Gyro et Tomaatti. Elle a enfilé des labels noir-jaune-rouge qu'elle connaît pour être pote, si pas amie, avec les créatrices LEO et Filles à Papa, elle dit qu'elle est attachée à ses racines belges, qu'elle a "l'impression que nos nouveaux artistes dans la musique sont un peu comme un Benoît Poelvoorde au cinéma, des gueules et des caractères", ne soyez pas étonné qu'elle en fasse partie. "2019 va passer à la vitesse de la lumière, c'est sûr. Je me sens dorénavant moins petite fille, je sens que les choses se construisent avec confiance. Je termine mon premier album, il est enregistré à 65%. Et parallèlement, je crée ma première exposition de peintures qui ira avec ma musique. Comme pour le premier single, Vérité, où j'ai peint deux toiles de six mètres de longueur ou pour Mojo et Gare du Nord où j'ai imaginé une horloge, chaque morceau aura son objet que je dessinerai, l'album ressemblera à une sorte de moi, mise en scène dans les objets. J'ai besoin de respirer, surtout pour ne pas être trop obsédée par la musique. J'ai besoin de m'enfuir pour revenir, que tout se nourrisse.""La première fois que j'ai rencontré mon producteur Tristan Salvati, dans son studio à Paris, il m'a conseillé de chanter en français, mais je trouvais que cela faisait vieillot, variétoche, je n'écrivais qu'en anglais. On a commencé à travailler une première chanson et j'ai compris que c'était plus intime, plus personnel parce que c'est ma langue. On a fait dix morceaux non-stop, on ne s'arrêtait plus, on avait une énergie créative assez forte. En général, quand on travaille, on commence avec des accords au piano ou à la guitare ou avec une boîte à rythme, cela me rappelle des souvenirs ou éveille des questions que je me pose et dont j'ai envie de parler. Souvent, dans mes paroles, j'évoque des conseils que je me donne à moi-même ou que j'ai reçus, pour ne pas les oublier et les transmettre aux autres. Dans Vérité, je répète que si je mens, je vais en enfer, et que je n'ai pas le temps de me laisser envahir par les faux sourires, c'est un peu innocent parfois, mais je me dis que ce n'est pas totalement con. Dans Gare du Nord, je me suis inspirée de mon grand-père qui me répétait: "Tu seras pute à la Gare du Nord si tu n'étudies pas", peut-être était-ce pour rigoler mais cela m'a choquée, dire cela à une enfant qui n'a pas de notion de son corps ni de ce que c'est d'être pute... Et il l'a répété à ma petite soeur, qui était en plein crise d'adolescence et j'ai vu cela avec mes yeux de jeune adulte. Cette chanson est née ainsi, une chanson d'aînée à sa cadette pour lui murmurer qu'il ne faut pas qu'elle s'inquiète et qu'elle ne soit pas non plus trop fâchée contre ses parents qui sont pour moi de vieux enfants, avec leurs blessures de mômes, et qu'ils font de leur mieux.""C'est le titre d'une chanson, je l'ai écrite avec mon ordi et mon micro dans mon lit, je voulais recréer cela dans le clip réalisé par Alex Brisa, qui sort bientôt. De quoi parle La fessée? De ces producteurs qui ont voulu s'approprier mon travail ou me manipuler, souvent des hommes plus âgés qui pensent qu'ils savent mieux que moi ce que je dois faire. On ne va pas citer de noms, mais c'est une manière polie de dire à ces requins de la musique qu'ils peuvent aller se faire voir.""J'ai grandi à Moustier-sur-Sambre, mi-campagne, mi-zone industrielle. Sur le moment, je trouvais cela quand même pas très sexy, mort et assez gris. Les gens de là-bas ont un accent poussé, je l'ai perdu quand je suis partie à Bruxelles, pour étudier et vivre avec mon premier amour. Je me suis inscrite à Saint-Luc, en graphisme, j'ai été virée au bout d'un an parce que je n'allais pas assez au cours, je passais plus de temps à créer ma marque de tatouage et à sortir en boîte, au Bloody Mary.""Quand je suis arrivée à Paris, je me sentais comme une enfant dans la jungle, c'était l'hiver, il y a quatre ans. C'était une manière de partir sans aller trop loin, sortir de ma zone de confort et en même temps, fuir un garçon avec qui c'était fini, je voulais commencer une nouvelle page. J'avais pris un vieil autocar un peu pourri et j'avais rencontré une famille complètement folle, qui a une galerie d'archéologie romaine et égyptienne. Je me suis installée chez eux, dans leur appartement, dans le ier arrondissement. Je ne savais pas trop quoi faire. Je dessinais beaucoup, je leur ai proposé de travailler avec eux, dans la galerie, j'ai illustré une de leurs expos, c'est comme ça que je me suis intéressée à l'art et à l'archéologie, plus largement que les tatouages et l'illustration. J'avais 19 ans, je sortais beaucoup, j'ai rencontré plein d'énergumènes, je me suis fait des amis, je suis tombée amoureuse, c'était la bohème, cliché ou pas, mais j'étais à fond dedans." "Léo est une amie, elle m'a déjà habillée pour mon concert au Botanique en novembre dernier, je portais un ensemble bleu satin avec des cuissardes en vinyle, avec une ceinture de sécurité d'avion à la taille. Elle a un côté rave party punk que j'adore." "Mon père voulait se faire tatouer tout le bras mais il avait peur de ressembler à un vieux qui veut se faire passer pour un jeune. Il est fan de B.D. et de Thorgal, il m'a demandé de le dessiner, j'ai trouvé du papier à décalcomanie comme dans les Malabar. On a testé ce tatouage éphémère sur son bras gauche, il a tellement adoré qu'il a fini par se le faire tatouer chez un vrai tatoueur. J'en avais aussi dessiné pour moi, je m'en étais mis partout, je n'avais pas le profil d'une fille tatouée, d'autant que j'étais encore plus jeune qu'aujourd'hui. Mes amis avaient envie d'avoir les mêmes, j'ai créé ma petite marque, Laclaire. Je n'ai plus le temps de m'en occuper mais j'aimerais la relancer, avec un papier et des encres plus écologiques." "J'ai fait mes humanités en danse classique au lycée Martin V à Louvain-la-Neuve. Je voulais être danseuse, j'ai toujours été attirée par la grâce et aussi la rigueur, la concentration et le dépassement de soi qu'exige cette discipline, mais je me suis blessée, un signe du destin que je ne devais pas faire ça... Comme je passais mon temps à dessiner, je me suis inscrite en illustration à Saint-Luc. Enfant, j'allais tous les jours à l'académie de mon village, je suivais un cours différent chaque soir - piano, solfège, danse, dessin, théâtre, ma mère m'y conduisait, c'est elle qui m'a ouvert les portes. J'aimais ça, j'accrochais à tout. J'avais envie de faire quelque chose de bien, c'est-à-dire être la meilleure, c'était mon petit défi à moi." "Je me souviens que mon père m'avait emmenée voir Rihanna en concert et que je le lui avais annoncé: "Soit je serai star, soit je serai fermière." Je ne pense désormais plus trop à l'avenir, cela ne se passe jamais comme on le prévoit." "Je voulais absolument faire un shooting pour ma marque de tatouage avec un garçon que j'avais découvert sur Instagram, je le trouvais incroyablement beau. Il est batteur et c'est Charlotte Abramow qui a fait les photos de Dylan. Je me suis mise à traîner avec son groupe d'amis, on est allé dans un studio pour une jam qui a fini par durer une semaine. Le chanteur de son groupe était parti, j'ai pris le micro, j'ai commencé à chanter, j'ai eu un frisson qui m'a traversé tout le corps, je suis tombée amoureuse de lui et du fait de chanter. Depuis ce jour-là, j'écris des chansons, un peu comme une drogue douce."