Il parle à feu doux, avec ses mains beaucoup, comme s'il pouvait faire surgir les images, la matière, le sous-texte des concepts que son chat, Jacques, dédaigne voluptueusement. Si le félidé répond à ce nom-là, c'est à cause de Jacques Derrida, l'ami philosophe, et si lui, Frédérick Denis, s'est offert un k pour enjoliver son prénom qu'il trouvait également "super banal", c'est la faute à son homonyme organiste et aux multiples confusions que lui valut ce partage hasardeux. Il aurait pourtant été musicien avec ravissement, ou mieux, gardien de foot à Venise, parce qu'à 10 ans, en 1982, il était fan total de Dino Zoff, vainqueur de la Coupe du monde, et qu'à la maison, "on écoutait Vivaldi". En lieu et place, il étudia l'histoire de l'art à Liège avant de filer à Londres, qui l'aimantait, pour un bachelor en Fashion Design à Central Saint Martins. Il n'oubliera pas le goût de la liberté apprise là, "celle de pouvoir faire ce que l'on voulait et de chois...

Il parle à feu doux, avec ses mains beaucoup, comme s'il pouvait faire surgir les images, la matière, le sous-texte des concepts que son chat, Jacques, dédaigne voluptueusement. Si le félidé répond à ce nom-là, c'est à cause de Jacques Derrida, l'ami philosophe, et si lui, Frédérick Denis, s'est offert un k pour enjoliver son prénom qu'il trouvait également "super banal", c'est la faute à son homonyme organiste et aux multiples confusions que lui valut ce partage hasardeux. Il aurait pourtant été musicien avec ravissement, ou mieux, gardien de foot à Venise, parce qu'à 10 ans, en 1982, il était fan total de Dino Zoff, vainqueur de la Coupe du monde, et qu'à la maison, "on écoutait Vivaldi". En lieu et place, il étudia l'histoire de l'art à Liège avant de filer à Londres, qui l'aimantait, pour un bachelor en Fashion Design à Central Saint Martins. Il n'oubliera pas le goût de la liberté apprise là, "celle de pouvoir faire ce que l'on voulait et de choisir les outils dont on avait besoin pour créer". Toute chose qu'il tente aujourd'hui de transmettre à ses élèves en mode de Château Massart, où il est prof d'atelier depuis cinq ans déjà, et de Saint-Luc Bruxelles, où il chapeaute les collections de fin d'études, privilégie le travail sur buste et redessine pour l'heure sa méthodologie: "Nous sommes à un tournant, il n'est plus temps de former des jeunes destinés à alimenter une machine qui va dans le mur, il faut désormais penser au sens, à comment, avec qui et pourquoi on fait des vêtements." Il a eu l'occasion de se poser la question, il connaît l'envers de cette industrie pour avoir été assistant chez Alberta Ferretti, à Milan, où il découvrit toutes les étapes de la production, puis chez Jean Colonna, à Paris, qui lui apprit à être "un peu moins bourgeois, un peu plus punk". S'il a basculé costumier, c'est en revenant à Bruxelles, en 2002, à la faveur de Blush, signé Wim Vandekeybus, où Isabelle Lhoas lui offrit de l'assister. "Un spectacle interactif où les danseurs plongeaient dans un écran de lamelles sur lesquelles on projetait un film avec des dauphins. Nous avions été le tourner à Bruges, au delphinarium, j'étais dans le bassin avec les dauphins et les danseurs, je me suis dit: mon rêve se réalise, il va falloir que j'y reste." Depuis, Frédérick Denis a habillé les corps mus par les désirs de chrorégraphes aussi renommés que Sidi Larbi Cherkaoui, Daniel Linehan, Guy Cassiers, Hervé Guerrisi et IfHuman, ou celui de Nathalie Baye dans Préjudice, plus une liste de courts et longs métrages où il savoure la construction d'une image comme on ferait "un tableau". Aujourd'hui, pour la mise en abyme, il arbore un tee-shirt blanc, auquel d'habitude pourtant il préfère les chemises bleu clair, un manteau à carreaux Paul Smith et un pantalon noir rescapé de La Trêve, saison 2, la série télévisée dont la Belgique peut s'enorgueillir et qu'il habilla format petit écran, "un challenge, un peu effrayant au début". S'il s'est choisi cet uniforme-là, c'est "pour ne plus être occupé par ça" et n'en travailler que mieux à penser le vestiaire du long métrage en cours d'Ann Sirot et Raphaël Balboni, Une vie démente, et les oeuvres de Daniel Linehan à l'affiche, Body of Work et The Third Space. Lesquelles entérinent une heureuse collaboration qui débuta en 2012. Il se souvient de la sensation fulgurante qu'il avait eue à découvrir le travail de ce danseur et chorégraphe new-yorkais, bruxellois d'adoption. C'était à l'époque de Gaze is a Gap is a Ghost, Frédérick Denis avais trouvé ce spectacle "incroyable", "il y avait dedans quelque chose de l'ordre de la magie, en tout cas, cela a fonctionné comme tel sur moi". Il lui écrira pour lui avouer qu'il aimerait travailler avec lui, voilà qui est fait désormais. En costumier coutumier de la scène mais volontiers dans l'ombre, il s'est emparé conjointement de son solo et des silhouettes des danseurs de The Third Space, ce nouvel espace créé par les réseaux sociaux qui ont l'art de magnifier la vie - les danseurs y sont habillés de couleurs avant de basculer dans les tons ternes, "presque moroses, comme si la réalité était beaucoup plus sombre", avec juste "çà et là" quelques éclats qui gardent la mémoire de la sublimation. On peut aussi se vêtir de concepts.