Portrait publié dans le Vif Weekend du 18 mars 2011

Eric Beauduin, dur à cuir

Il n'a jamais vécu à moins de cent mètres de ses machines à coudre. Sa vie, c'est son atelier, son " bazar ", ses sacs, ses archives. Eric Beauduin, fait main, fait maison.

Les façades ne mentent pas. Tenez, celle-ci, qui affiche en chiffres blancs sur fond rouge l'année de sa naissance, 1892, et s'offre des sgraffites d'inspiration hellénistique, des palmes, les seules de ce quartier bruxellois. Derrière ces merveilles uniques vit et travaille Eric Beauduin, créateur de sacs à l'étiquette qui vaut tous les manifestes : " unique piece bag made in Belgium, recycling secondhand clothes ".

À la cave, son stock bien rangé : des vestes en cuir, achetées par paquets, sur la base de ses critères : " Pas trop neuf, pas trop vieux, belle couleur, des verts que l'on ne trouve plus, je flashe sur les couleurs souvent. " Il se laisse aussi guider par la patine, l'état des poches, les déchirures et l'odeur, " si cela sent mauvais, attention, champignons ".

© RENAUD CALLEBAUT

Au rez-de-chaussée, qui porte ici le nom de belétage, son showroom atelier, avec véranda. Eric Beauduin n'a jamais vécu à moins de 100 mètres de ses machines à coudre, une présence physique, une nécessité qui fait loi. Il se dit " plasticien ", parce qu'il essaie juste de " produire des objets ". " J'ai une passion pour la matérialisation d'une poche, d'une boutonnière, d'un col. C'est triturer la matière qui m'intéresse. " Du coup, chez lui, pas de plan de carrière, encore moins d'image. Rien de calibré, le genre qui n'entre dans aucune case, pour autant qu'on veuille le faire entrer dedans. Avec Eric Beauduin, on est dans la différence, la vérité, la beauté patinée, l'intelligence. Et depuis toujours, depuis qu'il fait de l'upcycling sans le savoir, quand le terme n'avait même pas encore été inventé.

Ses machines à coudre ? Une présence physique, une nécessité qui fait loi. © Renaud Callebaut

UNE LIBERTÉ TOTALE

Dans les trois pièces en enfilade, il y a du parquet à chevrons, des cheminées en marbre, un abat-jour orange et sur des patères d'écolier peintes de blanc, sa collection d'été - le Big Blix, le Criolonze, le Paco, le Bolso, le Tricot Belt et le Cargo, en version XXL et qu'il porte à l'épaule pour les besoins de la photo. Il y a aussi quelques fauteuils " trouvés sur les poubelles " entièrement refaits en patchwork de chutes de cuir, une vue sur un jardinet de ville et trois machines japonaises, des Juki, spécial cuir, " avec triple entraînement ". Et un peu partout, posées là sans calcul, des grandes boîtes blanches décorées de patrons dessinés à main levée par Eric Beauduin, le restant d'un décor qu'il avait pensé et réalisé tout seul pour la boutique Haleluja et le parcours Modo Brussels 2010 où il trônait en vitrine dans cette boutique éco-green de la rue Dansaert. Un travail de titan mais " une liberté totale ". Qu'il revendique aussi pour sa collection et l'organisation de son travail. " Je suis complètement libre, répète-t-il. La seule contrainte, pour les sacs, c'est que les bandoulières doivent passer par les boucles. " Il n'y renoncera pour rien au monde, même s'il en connaît le prix - travailler, encore et toujours.

Des photos de voyage, des livres inspirants, des plaids en tricotage aléatoire signés Chevalier-Masson. Et des touches de safran, la couleur préférée d'Eric Beauduin. © Renaud Callebaut

Au premier étage, une salle à manger, un salon et une terrasse ensoleillée. Au mur, des clichés agrafés, des cerisiers en fleurs, des gros plans des sièges du métro, des plaques d'égout de Kyoto, " des bijoux ", des vues horizontales de Tokyo et de Syracuse, à 360 °, procédé bête comme chou qu'il pratique depuis toujours. Peu d'objets, pas de bibelots, un ours fait main par sa filleule, des plaids en tricotage aléatoire de Chevalier-Masson, deux fauteuils profonds, années 30, recouverts de tissu lyonnais, des touches de safran partout, sa couleur préférée, un pastel d'Alexandre Lentin, qui " ramasse des vieux papiers " puis s'invente des histoires à partir de ces vestiges, " laisse travailler son imagination ", et dresse ici le portrait à coups de pastel sec d'un Toni Agrigente, boxeur de son état. Joli condensé des obsessions d'Eric Beauduin.

LE SENS DU DÉTAIL

Petit, il ne jurait que par " le dessin ", une passion renforcée par ses études en arts appliqués à Saint-Luc, Bruxelles, boostée par un " super " professeur d'anatomie. Quand il débarque à La Cambre Mode(s), en 1988, il emporte avec lui ses piles de croquis. Là, il découvre étonné mais heureux qu'il n'est " pas le seul ", qu'" il y a une place pour des gens comme moi, qui font des vêtements, qui s'intéressent à des choses futiles. Je me suis rendu compte que cela pouvait être important et que c'était une façon de s'exprimer. " En 1993, il remporte le premier prix accessoire au Festival international de mode à Hyères, l'année d'après, le premier prix pour sa collection Homme, rondement menée, en duo avec Anne Masson, rencontrée à l'école. Ils se lancent, portés par leur élan, signent une collection appelée un peu sèchement Beauduin-Masson, ils font de la Femme, de l'Homme et de l'Accessoires, " on était complètement mégalo ", tiennent jusqu'en 1998, et puis " faute de moyens et de nerf ", arrêtent tout : " On était au bout du rouleau, on avait brûlé toutes nos cartouches, on ne dormait plus. "

Il n'a rien perdu de son amour du vêtement. Sous les combles, au grenier, Eric Beauduin a installé ses archives, un mur entier avec tringles qui laissent voir les silhouettes de ces années-là, où les collections Beauduin-Masson s'arrachaient au Japon. Rien n'est daté, désuet, obsolète - ni les pattes de boutonnages, ni les cols, ni les inventions stylistiques, ni les tissus, différents. Il n'a pas l'intention de s'en défaire et il a raison, ces pièces de collection valent tous les trésors du monde. D'ailleurs, il a repéré une veste qui lui plaît, même pas lassé, il se dit qu'il pourrait bien la mettre, l'enfile, elle est juste trop étroite, fabriquée pour les Japonais qui n'ont, hélas, pas le même gabarit que lui. Il range la veste dans sa housse. Pas de regrets, juste des souvenirs et une manière d'appréhender le passé, proche ou lointain, avec un regard toujours actuel. Aujourd'hui, pareil pour hier et demain, Eric Beauduin porte une chemise noire American Apparel, un pantalon noir Issey Myake, des chaussures Heschung, un gilet marron et un tricot gris, du cuir, de la laine, du coutil, façon vêtement de travail, qu'il trouve chez Anatomica à Paris, rue Bourg Tibourg, " cela ressemble à une vieille épicerie française, on y cultive ce style, j'aime bien leur façon de présenter les objets, les boîtes, c'est important, une chemise cela ne se présente pas sur un buste mais avec la manchette repliée et un petit col en carton. " Tout fait sens, même les détails.

UNE APPROCHÉE SQUEEZÉE

Quand et comment a-t-il franchi le pas ? S'est mis à penser, à créer des sacs uniques, faits en Belgique, dans des vêtements de seconde main ? Il ne voit pas de tournant, ni de date précise, plutôt un cheminement naturel, logique, évident, c'était il y a plus de dix ans. " J'avais déjà fait des sacs avec de vieilles chemises, sans même penser que cela allait être commercialisé. Je chipote tout le temps, je fais des expériences, je ne peux pas rester une semaine sans rien faire à l'atelier... Je les ai montrés, cela a plu, j'ai commencé ensuite à découper dans des vêtements Homme, dans des blazers, des gilets, des Loden que je chinais aux puces, chez Les Petits Riens. J'achetais les pièces une par une et puis j'ai trouvé des pièces en cuir... " Il se coltine à la peau, tâtonne, tend à la perfection et élabore ainsi une technique, la sienne, unique - " Ce n'est pas de la maroquinerie, cela navigue entre les deux : je fais des sacs comme je fais du vêtement, c'est sans doute cela qui a plu, cette approche complètement squeezée de l'accessoire cuir, en plus du reste, des poches et de la patine. "

© Renaud Callebaut

Avant tout le monde, Eric Beauduin a donc upcyclé, mais presque inconsciemment, en tout cas instinctivement. " Disons que c'est fascinant de faire quelque chose de beau avec ce que l'on a trouvé dans une poubelle. " Désormais, il pense aussi à mélanger ses cuirs seconde main avec d'autres tannés végétal, naturels donc. Rien à voir avec du green washing, bonne conscience et argument marketing à la clé. Il sait seulement que " cette époque est celle de la fin des certitudes ", que " tout est complexe " et qu'il se méfie des " concepts simplistes ".

Il a beau dire qu'il n'est " pas facile " à l'atelier, il ne rechigne pas à travailler avec d'autres, il a collaboré avec Delvaux, Camper et Christophe Coppens. Il a enseigné à La Cambre Mode(s), juste retour des choses. Il accueille des stagiaires qu'il forme à sa passion. Il ouvre les portes de sa maison et expose, sporadiquement, des £uvres d'artistes, souvent des amis, Francis Capes ou Chevalier-Masson. Et quand l'envie lui prend d'être seul, totalement, et qu'il en a le temps, il brode, le plan de Rio de Janeiro par exemple, l'idée n'a rien de saugrenu il suffit d'effleurer du doigt ces points minuscules et chamarrés qui figurent la plage d'Ipanema ou de Copacabana où il vécut pendant un an, c'est juste beau, d'où vient que l'on entend une petite voix murmurer " patience et longueur de temps font plus que rage ni que force " ? Il dit, presque humblement, " la seule chose que je puisse faire, c'est montrer mon travail. C'est pour cela que je soigne tellement les objets ". Il pense que " quelque chose " de lui passe là-dedans, quoi, exactement ? Il n'en sait rien, une main, un destin.

Portrait publié dans le Vif Weekend du 18 mars 2011 Eric Beauduin, dur à cuirIl n'a jamais vécu à moins de cent mètres de ses machines à coudre. Sa vie, c'est son atelier, son " bazar ", ses sacs, ses archives. Eric Beauduin, fait main, fait maison.Les façades ne mentent pas. Tenez, celle-ci, qui affiche en chiffres blancs sur fond rouge l'année de sa naissance, 1892, et s'offre des sgraffites d'inspiration hellénistique, des palmes, les seules de ce quartier bruxellois. Derrière ces merveilles uniques vit et travaille Eric Beauduin, créateur de sacs à l'étiquette qui vaut tous les manifestes : " unique piece bag made in Belgium, recycling secondhand clothes ". À la cave, son stock bien rangé : des vestes en cuir, achetées par paquets, sur la base de ses critères : " Pas trop neuf, pas trop vieux, belle couleur, des verts que l'on ne trouve plus, je flashe sur les couleurs souvent. " Il se laisse aussi guider par la patine, l'état des poches, les déchirures et l'odeur, " si cela sent mauvais, attention, champignons ". Au rez-de-chaussée, qui porte ici le nom de belétage, son showroom atelier, avec véranda. Eric Beauduin n'a jamais vécu à moins de 100 mètres de ses machines à coudre, une présence physique, une nécessité qui fait loi. Il se dit " plasticien ", parce qu'il essaie juste de " produire des objets ". " J'ai une passion pour la matérialisation d'une poche, d'une boutonnière, d'un col. C'est triturer la matière qui m'intéresse. " Du coup, chez lui, pas de plan de carrière, encore moins d'image. Rien de calibré, le genre qui n'entre dans aucune case, pour autant qu'on veuille le faire entrer dedans. Avec Eric Beauduin, on est dans la différence, la vérité, la beauté patinée, l'intelligence. Et depuis toujours, depuis qu'il fait de l'upcycling sans le savoir, quand le terme n'avait même pas encore été inventé.Dans les trois pièces en enfilade, il y a du parquet à chevrons, des cheminées en marbre, un abat-jour orange et sur des patères d'écolier peintes de blanc, sa collection d'été - le Big Blix, le Criolonze, le Paco, le Bolso, le Tricot Belt et le Cargo, en version XXL et qu'il porte à l'épaule pour les besoins de la photo. Il y a aussi quelques fauteuils " trouvés sur les poubelles " entièrement refaits en patchwork de chutes de cuir, une vue sur un jardinet de ville et trois machines japonaises, des Juki, spécial cuir, " avec triple entraînement ". Et un peu partout, posées là sans calcul, des grandes boîtes blanches décorées de patrons dessinés à main levée par Eric Beauduin, le restant d'un décor qu'il avait pensé et réalisé tout seul pour la boutique Haleluja et le parcours Modo Brussels 2010 où il trônait en vitrine dans cette boutique éco-green de la rue Dansaert. Un travail de titan mais " une liberté totale ". Qu'il revendique aussi pour sa collection et l'organisation de son travail. " Je suis complètement libre, répète-t-il. La seule contrainte, pour les sacs, c'est que les bandoulières doivent passer par les boucles. " Il n'y renoncera pour rien au monde, même s'il en connaît le prix - travailler, encore et toujours. Au premier étage, une salle à manger, un salon et une terrasse ensoleillée. Au mur, des clichés agrafés, des cerisiers en fleurs, des gros plans des sièges du métro, des plaques d'égout de Kyoto, " des bijoux ", des vues horizontales de Tokyo et de Syracuse, à 360 °, procédé bête comme chou qu'il pratique depuis toujours. Peu d'objets, pas de bibelots, un ours fait main par sa filleule, des plaids en tricotage aléatoire de Chevalier-Masson, deux fauteuils profonds, années 30, recouverts de tissu lyonnais, des touches de safran partout, sa couleur préférée, un pastel d'Alexandre Lentin, qui " ramasse des vieux papiers " puis s'invente des histoires à partir de ces vestiges, " laisse travailler son imagination ", et dresse ici le portrait à coups de pastel sec d'un Toni Agrigente, boxeur de son état. Joli condensé des obsessions d'Eric Beauduin. Petit, il ne jurait que par " le dessin ", une passion renforcée par ses études en arts appliqués à Saint-Luc, Bruxelles, boostée par un " super " professeur d'anatomie. Quand il débarque à La Cambre Mode(s), en 1988, il emporte avec lui ses piles de croquis. Là, il découvre étonné mais heureux qu'il n'est " pas le seul ", qu'" il y a une place pour des gens comme moi, qui font des vêtements, qui s'intéressent à des choses futiles. Je me suis rendu compte que cela pouvait être important et que c'était une façon de s'exprimer. " En 1993, il remporte le premier prix accessoire au Festival international de mode à Hyères, l'année d'après, le premier prix pour sa collection Homme, rondement menée, en duo avec Anne Masson, rencontrée à l'école. Ils se lancent, portés par leur élan, signent une collection appelée un peu sèchement Beauduin-Masson, ils font de la Femme, de l'Homme et de l'Accessoires, " on était complètement mégalo ", tiennent jusqu'en 1998, et puis " faute de moyens et de nerf ", arrêtent tout : " On était au bout du rouleau, on avait brûlé toutes nos cartouches, on ne dormait plus. "Il n'a rien perdu de son amour du vêtement. Sous les combles, au grenier, Eric Beauduin a installé ses archives, un mur entier avec tringles qui laissent voir les silhouettes de ces années-là, où les collections Beauduin-Masson s'arrachaient au Japon. Rien n'est daté, désuet, obsolète - ni les pattes de boutonnages, ni les cols, ni les inventions stylistiques, ni les tissus, différents. Il n'a pas l'intention de s'en défaire et il a raison, ces pièces de collection valent tous les trésors du monde. D'ailleurs, il a repéré une veste qui lui plaît, même pas lassé, il se dit qu'il pourrait bien la mettre, l'enfile, elle est juste trop étroite, fabriquée pour les Japonais qui n'ont, hélas, pas le même gabarit que lui. Il range la veste dans sa housse. Pas de regrets, juste des souvenirs et une manière d'appréhender le passé, proche ou lointain, avec un regard toujours actuel. Aujourd'hui, pareil pour hier et demain, Eric Beauduin porte une chemise noire American Apparel, un pantalon noir Issey Myake, des chaussures Heschung, un gilet marron et un tricot gris, du cuir, de la laine, du coutil, façon vêtement de travail, qu'il trouve chez Anatomica à Paris, rue Bourg Tibourg, " cela ressemble à une vieille épicerie française, on y cultive ce style, j'aime bien leur façon de présenter les objets, les boîtes, c'est important, une chemise cela ne se présente pas sur un buste mais avec la manchette repliée et un petit col en carton. " Tout fait sens, même les détails.Quand et comment a-t-il franchi le pas ? S'est mis à penser, à créer des sacs uniques, faits en Belgique, dans des vêtements de seconde main ? Il ne voit pas de tournant, ni de date précise, plutôt un cheminement naturel, logique, évident, c'était il y a plus de dix ans. " J'avais déjà fait des sacs avec de vieilles chemises, sans même penser que cela allait être commercialisé. Je chipote tout le temps, je fais des expériences, je ne peux pas rester une semaine sans rien faire à l'atelier... Je les ai montrés, cela a plu, j'ai commencé ensuite à découper dans des vêtements Homme, dans des blazers, des gilets, des Loden que je chinais aux puces, chez Les Petits Riens. J'achetais les pièces une par une et puis j'ai trouvé des pièces en cuir... " Il se coltine à la peau, tâtonne, tend à la perfection et élabore ainsi une technique, la sienne, unique - " Ce n'est pas de la maroquinerie, cela navigue entre les deux : je fais des sacs comme je fais du vêtement, c'est sans doute cela qui a plu, cette approche complètement squeezée de l'accessoire cuir, en plus du reste, des poches et de la patine. "Avant tout le monde, Eric Beauduin a donc upcyclé, mais presque inconsciemment, en tout cas instinctivement. " Disons que c'est fascinant de faire quelque chose de beau avec ce que l'on a trouvé dans une poubelle. " Désormais, il pense aussi à mélanger ses cuirs seconde main avec d'autres tannés végétal, naturels donc. Rien à voir avec du green washing, bonne conscience et argument marketing à la clé. Il sait seulement que " cette époque est celle de la fin des certitudes ", que " tout est complexe " et qu'il se méfie des " concepts simplistes ". Il a beau dire qu'il n'est " pas facile " à l'atelier, il ne rechigne pas à travailler avec d'autres, il a collaboré avec Delvaux, Camper et Christophe Coppens. Il a enseigné à La Cambre Mode(s), juste retour des choses. Il accueille des stagiaires qu'il forme à sa passion. Il ouvre les portes de sa maison et expose, sporadiquement, des £uvres d'artistes, souvent des amis, Francis Capes ou Chevalier-Masson. Et quand l'envie lui prend d'être seul, totalement, et qu'il en a le temps, il brode, le plan de Rio de Janeiro par exemple, l'idée n'a rien de saugrenu il suffit d'effleurer du doigt ces points minuscules et chamarrés qui figurent la plage d'Ipanema ou de Copacabana où il vécut pendant un an, c'est juste beau, d'où vient que l'on entend une petite voix murmurer " patience et longueur de temps font plus que rage ni que force " ? Il dit, presque humblement, " la seule chose que je puisse faire, c'est montrer mon travail. C'est pour cela que je soigne tellement les objets ". Il pense que " quelque chose " de lui passe là-dedans, quoi, exactement ? Il n'en sait rien, une main, un destin.