On a vu sur les catwalks une nouvelle énergie, qui pourrait ressembler à un renversement de vapeur, arguments marketing à l'appui. La mode, industrie polluante s'il en est, se regarde dans le blanc des yeux et tente de transformer le modèle qui s'est emballé depuis la création du prêt-à-porter, quand la haute couture vivait ses derniers flamboiements. Cela date de l'après-guerre (la deuxième), qui sonna le glas des garde-robes saisonnières pour lesquelles, deux fois par an, les femmes demandaient à leur couturière de quartier de copier, avec plus ou moins de talent, les créations des maisons parisiennes. On connaît la suite, avec l'engouement pour une consommation toujours plus effrénée et l'apparition de la fast fashion. Or le monde a changé, les consommateurs demandent désormais des comptes et exigent de concilier désirabilité et durabilité. L'éco-responsabilité est devenue tendance, de même l'éthique et le développement durable. Les acteurs du luxe et les grandes griffes n'ignorent pas qu'elles ne peuvent faire l'impasse sur un discours teinté de vert. Rien de neuf, certes, mais lors de ces Fashion Weeks annonçant le printemps-été 20, à l'heure où Greta Thunberg osait son "Comment osez-vous?" devant l'honorable assemblée onusienne, le moindre geste écologique était partagé.
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On a vu sur les catwalks une nouvelle énergie, qui pourrait ressembler à un renversement de vapeur, arguments marketing à l'appui. La mode, industrie polluante s'il en est, se regarde dans le blanc des yeux et tente de transformer le modèle qui s'est emballé depuis la création du prêt-à-porter, quand la haute couture vivait ses derniers flamboiements. Cela date de l'après-guerre (la deuxième), qui sonna le glas des garde-robes saisonnières pour lesquelles, deux fois par an, les femmes demandaient à leur couturière de quartier de copier, avec plus ou moins de talent, les créations des maisons parisiennes. On connaît la suite, avec l'engouement pour une consommation toujours plus effrénée et l'apparition de la fast fashion. Or le monde a changé, les consommateurs demandent désormais des comptes et exigent de concilier désirabilité et durabilité. L'éco-responsabilité est devenue tendance, de même l'éthique et le développement durable. Les acteurs du luxe et les grandes griffes n'ignorent pas qu'elles ne peuvent faire l'impasse sur un discours teinté de vert. Rien de neuf, certes, mais lors de ces Fashion Weeks annonçant le printemps-été 20, à l'heure où Greta Thunberg osait son "Comment osez-vous?" devant l'honorable assemblée onusienne, le moindre geste écologique était partagé. Ainsi, Gucci annonçait en amont qu'il compenserait financièrement les émissions de CO2 liées à son défilé; le groupe Kering, auquel la marque italienne appartient, s'engageait à devenir totalement neutre en carbone sur l'ensemble de ses activités et de ses chaînes d'approvisionnement ; tandis que le groupe de Bernard Arnault s'offrait une pleine page de pub dans Le Monde daté du 28 septembre dernier où l'on lisait ceci: "Nous n'avons pas le luxe d'attendre, en cinq ans le groupe LVMH a diminué ses émissions de CO2 de 16% alors même que son activité connaissait une très forte croissance." Ainsi la Fédération française de la haute couture et de la mode, "à l'image des marques de création qui la composent", s'est "pleinement emparée" de l'ensemble des questions qui taraudent les jeunes générations - et les autres. Elle a d'abord pris la peine de rappeler que "les défilés sont une expression essentielle de la création", que la Semaine de la mode à Paris représente 440 millions d'euros de chiffre d'affaires par an et que le secteur en France avoisine les 154 milliards de chiffre d'affaires par an. Puis elle a annoncé qu'elle entend endosser son rôle de "think thank", avec des "positions ambitieuses sur l'évolution des normes, label et certifications RSE, ainsi que sur les enjeux de recyclabilité et sur le rôle des technologies de l'information". Et que, "consciente de sa responsabilité sociale et environnementale", elle réalisera un lexique "mode et développement durable" à destination des marques de création, et organisera une convention pour partager ledit lexique et avancer en commun vers une Fashion Week verte. Pour l'heure, elle a veillé à encourager les moyens de transport alternatifs et à optimiser la gestion des déchets. En attendant une édition sans plastique à usage unique, prévue pour 2020. Sur les podiums, les deux doigts dans la prise, on a vu et entendu comment la discipline témoigne d'une pleine adhésion à la dynamique de son temps, du bout des doigts et des lèvres, parfois, en un salto arrière vertueux ou en un engagement de tous les instants et depuis les débuts. Dans le désordre et en vrac, Givenchy fait dans le jeans upcyclé, Dior plante le futur avec 164 arbres grandeur nature pour enraciner le réel, Andreas Kronthaler et Vivienne Westwood recyclent joyeusement des tissus oubliés, Louis Vuitton soigne son décor de pin maritime 100% certifié PEFC, Stella McCartney poursuit sa voie végan tout en exemplarité tandis que Marine Serre annonce une "marée noire" et s'entête magnifiquement à signer une mode circulaire, pensée de bout en bout et tenue jusqu'au moindre ennoblissement upcyclé. La directrice artistique de Givenchy, Clare Waight Keller, "attentive au futur", recycle des denims des années 90 dont elle aime "la splendeur passée" ainsi restaurée. Un décor green pour Louis Vuitton. Précision de la maison: "L'ensemble du bois utilisé pour le défilé est issu des forêts gérées durablement en France (bois de pin maritime en provenance des Landes, 100% certifié PEFC). A l'issue du défilé, l'intégralité du décor en bois sera par ailleurs donnée pour réemploi dans le cadre d'un partenariat avec ArtStock, dont la mission est de recycler et valoriser les éléments issus de la production artistique afin de préserver notre environnement. La structure transparente a, quant à elle, été louée à l'occasion du défilé." Stella McCartney, directrice artistique de la griffe éponyme, est désormais conseillère spéciale de Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH, lequel déclarait en juillet dernier, à l'annonce qui scellait le partenariat des deux: "Stella a été pionnière dans la prise en compte des enjeux liés à l'environnement et à l'éthique et a toujours veillé à développer sa maison autour de ces valeurs. Cela viendra renforcer l'engagement du groupe en matière de développement durable (...) Stella va nous aider à encore accélérer la prise de conscience autour de ces enjeux majeurs." Chez Dior, à l'Hippodrome ParisLongchamp. Où l'on apprend que "consciente des responsabilités et de la visibilité qu'implique son rôle de directrice artistique", Maria Grazia Chiuri souhaitait créer "un jardin inclusif" où "s'élèvent coexistence et différence, et où chaque geste compte. La scénographie de ce défilé a ainsi été conçue en collaboration avec l'atelier Coloco, engagé dans l'art collectif de cultiver des jardins, comme moteurs d'inclusion urbaine (...) Ces arbres poursuivront leur itinérance et rejoindront plusieurs projets pérennes afin que perdure la vie de ce jardin pluriel. Plus qu'un décor, ce paysage éphémère annonce donc la création et le renforcement de bosquets et d'espaces boisés, riches de la diversité de leurs espèces végétales, un symbole signifiant que chacun peut construire et préserver le futur et la beauté de la nature." "Reduce, reuse, rethink", c'est le joyeux refrain de Vivienne Westwood et Andreas Kronthaler. Les créateurs british ont donc travaillé avec Wastermark, collectant ainsi les tissus oubliés des meilleurs ateliers italiens. Et pour la deuxième saison, ils ont oeuvré de concert avec Ethical Fashion Initiative, histoire de mieux sourcer les bogolans, ces tissus faits main venus du Mali et teints naturellement ("bogo" signifiant "la terre"), tout en soutenant l'association Fauna + Flora dans sa lutte pour tenter d'éviter l'extinction du tigre de Sumatra. Elle a titré sa collection "marée noire", plus en phase que jamais avec les ratés de ce monde - non pas pour se racheter une conduite, mais pour tenter de bouleverser le système qu'elle dénonce, et dire ce qu'elle a à dire, par le biais du vêtement. Marine Serre, formée à La Cambre Mode(s), sait que l'apocalypse est à nos portes, elle l'avait déjà souligné dans sa collection de cet automne-hiver 19-20. Son printemps prochain enfonce le clou, sans se défausser de l'espoir, oui, il est permis. Plus de 50% de sa garde-robe, qui mêle un peu d'Homme à la Femme, prennent leur source dans les stocks de vêtements vomis par notre société qu'elle recycle, en les réinventant: des raincoats s'offrent du plastique de récup', des rideaux, des serviettes de bain, des nappes en crochet se muent en robes virginales. Démonstration magistrale.