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Elle était morte quatre mois plus tard, d'un cancer, elle avait 66 ans et durablement impressionné la mode, le journalisme et la vie d'un magazine qu'elle avait bâti à son image durant trois décennies. Car elle avait le regard bleu, une vision percutante, une essence italienne qu'elle affichait avec une classe folle, jusque dans ses cheveux d'or botticelliens et dans sa façon de voir la légèreté même là où tout semblait grave. Pour tenter de faire reculer le chagrin et l'absence, le fils réalisateur rêva d'un " objet physique " qu'il partagerait mieux qu'un film - on ouvrirait le livre et ceux qui la connurent, tout comme ceux qui ne la connurent pas, y trouveraient la lumière intense qu'elle dégageait. Avec cet ouvrage lourd de 408 pages et 300 illustrations, les éditions Assouline donnent chair à son voeu de piété filiale. S'y compactent, entre chaos et création, la vie et l'oeuvre de cette femme libre qui fit l'éloge du risque en en prenant. Avec extravagance, intelligence et bienveillance. Le premier " Black issue ", c'est à elle qu'on le doit - une cover et un numéro entier de Vogue Italia habités de mannequins noirs, c'était en 2008. Les engagements éthiques, c'est encore à elle qu'on les doit, de même une typographie déroutante, le soutien à la jeune création, les cartes blanches aux plus grands photographes alors souvent débutants, féminins compris, de Herb Ritts à Arthur Elgort, en passant par Ellen von Unwerth et Deborah Turbeville. Elle n'avait rien d'une fashion victim, répétait à qui voulait (ne pas) l'entendre que " ce n'était pas la mode qui était ridicule mais les gens dans la mode qui la rendaient ridicule " et avait accepté avec sérieux le boulot d'ambassadrice de bonne volonté auprès des Nations Unies qui lui permit de représenter le programme Fashion 4 Development en une lutte pugnace contre la pauvreté et pour l'égalité des genres. Elle était inspirée. Et inspirante, c'est peu de l'écrire.