Olivier Theyskens

"J'avais envie de travailler le tailleur féminin à basques, d'étudier des modèles en crêpe, de définir des épaulettes qui donnent une carrure mais avec de la rondeur. Cela fait tout de suite penser aux années 40. J'ai aimé distiller des facettes qui appartiennent à une mode très XXe siècle, avec des robes en biais, du tailoring, des jupes sous le genou, des tweeds. Et de la dentelle - avec Darquer, le plus ancien manufacturier de Calais, nous avons créé un motif entre l'aile de papillon et l'éventail de coquillage. Cette collection, je la considère comme rétro-futuriste, rétro dans les ingrédients mais futuriste dans la vision de la fille - une silhouette que l'on retrouve dans Blade Runner de Ridley Scott (1982). Je ne voulais pas rater cette étrange rencontre, et je désirais me sentir libre de les utiliser comme références, mais à ma façon, en accordant de l'importance à l'aspect couture."
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"J'avais envie de travailler le tailleur féminin à basques, d'étudier des modèles en crêpe, de définir des épaulettes qui donnent une carrure mais avec de la rondeur. Cela fait tout de suite penser aux années 40. J'ai aimé distiller des facettes qui appartiennent à une mode très XXe siècle, avec des robes en biais, du tailoring, des jupes sous le genou, des tweeds. Et de la dentelle - avec Darquer, le plus ancien manufacturier de Calais, nous avons créé un motif entre l'aile de papillon et l'éventail de coquillage. Cette collection, je la considère comme rétro-futuriste, rétro dans les ingrédients mais futuriste dans la vision de la fille - une silhouette que l'on retrouve dans Blade Runner de Ridley Scott (1982). Je ne voulais pas rater cette étrange rencontre, et je désirais me sentir libre de les utiliser comme références, mais à ma façon, en accordant de l'importance à l'aspect couture." Depuis ses débuts, quasi obsessionnellement, il travaille l'élégance. La sienne, intime, est basée sur des réminiscences d'Audrey Hepburn, des années 50, de l'Angleterre et de Bruges, la belle. Tout ceci ne l'empêche pourtant pas de se permettre des détournements joyeux, la modernité passe par là. Glenn Martens, pour Y/Project, manie la construction, les volumes et la diversité avec bonheur dans des collections puissantes, au tailoring insensé. A l'image de cette silhouette show off, qu'il a créée pour le plaisir, loin de toute réalité. "Juste pour expérimenter, pousser plus loin les codes de la mode, faire réfléchir à ce qui est acceptable ou pas, déstabiliser un peu les invités du défilé, quand on découvre une robe en fausse fourrure qui explose de tous les côtés, ce n'est pas toujours facile à digérer. Avec Y/Project, j'aime célébrer la diversité et l'éclectisme - cela fait partie de mon langage - et qu'il y ait dans chaque pièce un côté opulent et royal. Cette robe est en faux-sherling, elle pèse vingt mille tonnes et est portée par Sevdaliza, une chanteuse que j'adore. Un créateur doit aussi vendre du rêve et de la fantaisie." Le roi de la maille plonge dans les racines de son enfance, des souvenirs années 70 qui teintent sa palette de vert acide, de mauve électrique et de baby bleu. Une nostalgie intime qui prend sa source dans l'oeuvre d'Alice Neel (Pennsylvanie, 1900 - New York, 1984), ses âpres portraits, sa peinture sans fard, sa représentation d'une féminité vraie, mise à nu, son pinceau si réaliste et son sens des couleurs, dans une résilience extrême aux propos que lui avait un jour tenus sa mère: "Je ne sais ce que tu comptes faire dans le monde, tu n'es qu'une fille." Fort de cet univers-là, Christian Wijnants esquisse ici une silhouette masculine légèrement oversize avec prints graphiques qui semblent avoir été tracés à la main ou semis de fleurs romantiques que l'on dirait dessinés par un enfant rêveur. En amont, en inspiration, les oiseaux, "comme symboles du paradis et de l'âme" et puis après, laissez parler l'intuition, partout, en envolée lyrique qui n'oublie pas son sens presque inné de la coupe. Forcément, on trouvera des plumes de marabout en contrepoint léger de son chemisier faussement classique sur un pantalon parfaitement masculin qui donne des ailes. Déclinaison de pastels et superposition de cols contrastés, le diable est dans les détails. C'est une collection "très engagée" - elle ne change pas de propos. Si bien que la créatrice formée à La Cambre Mode(s) et lauréate du prix LVMH 2017 l'a titrée "Radiation". Et a ainsi planté le décor: "L'Apocalypse a frappé. Les crises écologiques et les guerres climatiques détruisent les derniers vestiges de la civilisation telle qu'on la connaissait. Cependant, un petit nombre de survivants a trouvé refuge dans des abris en sous-sol et des caves profondes (...) Quelque chose se prépare, fermente, transpire, irradie..." Soit un vestiaire en résistance composé de quatre lignes dont plus de 50% prône l'économie circulaire et la récup', du jeans aux robes foulards en passant par les bijoux, assemblages métaphoriques de coquillages, de morceaux de bois et de "choses qui n'ont pas beaucoup de valeur auxquelles j'espère en donner un peu". En clôture de défilé, sa silhouette couture unique, artisanale et upcyclée, rappelle qu'il y a toujours chez Marine Serre "quelque chose de l'ordre de l'hybride et de la mutation. Le message est peut-être violent, mais il est aussi extrêmement positif. Et j'espère inspirant." Comment faire autrement? L'exploration du "trash" et de la "sophistication" en une Trance/Transe avec symboles et références générationnelles. Une garde-robe comme un hommage à James Lee Byars (Détroit, 1932 - Le Caire, 1997), l'artiste nomade qui crécha un temps à Anvers, en 1969, et y sema ses gestes poétiques sous-tendus "par la question, la perfection et la mort". Sébastien Meunier, à la direction artistique du label Ann Demeulemeester, s'empare d'une esthétique "presque psychédélique", assurément mystique, qui privilégie les maxi robes fluides et tente élégamment de s'approcher "de la beauté, de la perfection et de la vérité". Il avait en tête, en boucle, le "Je t'aime... moi non plus" murmuré par Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Avec Haider Ackermann, le frisson sensuel n'est jamais loin et l'esthétique toujours au cordeau. Sa saison met en scène de jolis jeunes gens, masculin et féminin mêlés. Et si la silhouette est androgyne, il n'est question que d'emprunt au vestiaire de l'autre. Soit un même matériau sans distinction de genre qui donne l'impression que tout est interchangeable, sans être pour autant unisexe. Le rouge, le blanc, le noir monochrome se muent en prints ou en jacquards tandis que le sens de la coupe, sa marque de fabrique, s'affiche avec rigueur. Associations réussies, liberté de mouvements, coupes méticuleuses pour un outerwear contemporain sur silhouette minimaliste. Blanc + grège, le combo chic. Un manteau douillet, un motif "bûcheron", un col et des poignets en maille de Nylon, le parfait résumé d'un jeu d'oppositions de matières qui rappellent "la nature, le délaissement, la solitude" et de textiles urbains, synthétiques, voire techniques. Il est descendu dans son jardin luxuriant déjà entamé par la fanaison, il y a trouvé l'inspiration pour son automne-hiver. Aidé par cette phrase signée Gertrude Stein (1874-1946) qui écrivit un jour sans crainte de se répéter "A rose is a rose is a rose is a rose". La reine des fleurs, "emblème de beauté, de puissance dans la délicatesse" pour Dries Van Noten, s'invite en majesté. Et si elle est proche de sa déchéance, c'est encore mieux. Le créateur anversois a photographié ses roses, ses delphinium, ses acer palmatum, ses kniphofia rooperi, ses dahlias finissants et leur ombre tremblante. Il les a transformés en imprimés "francs" sur soie, tulle, Néoprène ou feutre classique, cela n'a rien d'un accès de romantisme fleur bleue. Car ses silhouettes très couture se font austères, dans des tissus gris à rayures issus de la garde-robe masculine, en une évocation distinguée des années 40 et 50.