Il flotte dans l'air un effluve de tubéreuse et de cuir. Pas besoin d'être devin, quand on entre dans Le Grand Palais où Maison Margiela et John Galliano, son directeur artistique, reçoivent en ce troisième jour de la Fashion Week parisienne, on sait d'évidence que le premier parfum du créateur servira de toile de fond au défilé printemps-été. Le temps de s'installer, sur les murs, en boucle, tourne le film de la campagne, signé Fabien Baron, qui réunit six " mutinists ", six mutins, la chanteuse, actrice et danseuse Willlow Smith, la chanteuse Princess Nokia, les mannequins Molly Blair, Hanne Gaby Odiele et Teddy Quinlivan, l'actrice Sasha Lane. En un chant choral intime, elles définissent leur " Mutiny ", leur mutinerie, qui est accessoirement aussi le nom de la fragrance.

Maison Margiela SS 19 © STUDIO LAZZARI / Mondadoriphoto

Il est question de redéfinir - ou plutôt de définir autrement - la beauté, le genre, le féminisme - c'est d'actualité. A ces jeunes gens qui revendiquent leur identité singulière, il fallait un vestiaire. Que John Galliano se fait un plaisir de travailler à sa façon, ancrée dans les racines de la maison et dans son savoir-faire de couturier, il y a déjà plus de 30 ans qu'il connaît la chanson. Sa collection prône donc " la liberté et l'expression de soi ", une garde-robe " genderless ", où les codes du masculin et du féminin se rencontrent pour mieux se confondre.

Maison Margiela SS 19 © STUDIO LAZZARI / Mondadoriphoto

Rien à transgresser puisqu'il n'y a plus de frontières. Ses capes, cabans, manteaux, robes sont portés indifféremment par les unes et par les autres, jeune homme ou jeune fille, là n'est pas la question. Les matières puisées chez l'Homme, le tweed, le twill, la maille contrastent avec celles traditionnellement réservées à la Femme, chiffon, crêpe, organza. La virtuosité du jeu de construction impressionne. Il y a tant de couches et sous-couches à regarder, et à tenter de décrypter, voire à admirer, simplement.

Maison Margiela SS 19 © STUDIO LAZZARI / Mondadoriphoto

Comme ce travail récurrent de " Décortiqué ", le terme utilisé par la maison pour nommer ces vêtements, et ces boots Santiago, réduits à leur ossature, évidés, jusqu'à ne plus donner à voir que leur structure, la mémoire vivace de leur construction. On n'est pas pour rien chez Maison Margiela.