Elle a titré sa collection "Marée noire", plus en phase que jamais avec les ratées de ce monde - non pas pour se racheter une conduite, mais pour tenter, tout à la fois, de bouleverser le système qu'elle dénonce et dire ce qu'elle a à dire, par le biais du vêtement, c'est là sa voie. Marine Serre, formée à La Cambre Mode(s), sait que l'apocalypse est à nos portes, elle l'avait déjà montré avec feu dans sa collection de cet automne-hiver 19.

Son printemps 20 enfonce le clou, sans se défausser de l'espoir, oui, il est permis. Elle construit son vestiaire avec une justesse d'à-propos qui s'enracine dans l'up-cycling. Plus de 50 % de sa garde-robe, qui mêle un peu d'Homme à la Femme, prend sa source dans les stocks de vêtements vomis par notre société qu'elle recycle, en les réinventant : des raincoats s'offrent du plastique recyclé, des rideaux, des serviettes de bain, des nappes en crochet se muent en robes virginales, tout en flou, sa découverte. Mais ce n'est que l'un des chapitres de sa brillante démonstration.

Près du stade Suchet et de l'Hippodrome, sous un ciel de rage et sur un podium noir huileux qui a des relents de catastrophe pétrolière, Marine Serre fait défiler des familles de survivants destinés à repeupler la Terre. Elle y a convié la beauté singulière du genre humain tous âges et tous sexes confondus, enfant en devenir et chien XXS compris. Son propos n'a rien d'un story telling formaté, il sert de base réflexive à un tailoring strict, prêt à servir l'empouvoirement des femmes. Il joue la gamme chromatique, du noir comme symbole de la " rébellion ", du " radicalisme " et de l' " autonomie " au rouge franc, brun terre et blanc éclatant, en passant par le patchwork unique car recyclé et par l'imprimé logo car on est définitivement au XXIe siècle. Il prouve surtout qu'elle a l'envie, et le talent, d'inventer sa manière à elle, si puissante, d'habiller les corps, tous les corps. Puissions-nous marcher à sa suite, embarquer dans son Arche de Noé.