Cela se passe à l'extérieur du Palais de Tokyo, côté Seine. Dans la cour de ce palais de marbre, entièrement dédié à l'art moderne, au pied du péristyle et de son escalier monumental, le créateur américain Rick Owens (Californie 1962) fait défiler son printemps-été 20. Au bord du bassin laiteux à effet miroir, sous la statue d'Antoine Bourdelle, que l'on appelle " La France ", il a convié 12 artistes-bulleurs. A eux d'enchanter le ciel et la terre de leurs bulles de savon qui ne tiennent qu'à un fil et éclatent sous la caresse du vent un peu mauvais en ce quatrième jour de Fashion Week parisienne.

Dans cet enchantement, qui a un peu à voir avec le Fantasia de Walt Disney, Rick Owens donne libre cours à ses intentions, sa narration, ses protestations. Il creuse plus profond ses racines mexicaines, eu égard à la politique d'un certain président des Etats-Unis d'Amérique qui fait une fixette sur le mur le long de " sa " frontière.

Déjà, sa collection Homme présentée en juin dernier portait le nom de sa grand-mère, Tecuatl. Celle-ci, en version Femme, poursuit l'exploration de son essence, nourrie par la grandeur de la civilisation Aztèque, par les images et le jeu de l'actrice du même cru Maria Félix, par le Bauhaus, avec les travaux et la palette d'Ani et Josef Albers, qui découvrirent Mexico et ses temples et en revinrent chavirés. Et dans un geste définitivement libre, le créateur laisse la place à la singulière humanité de chacune, surlignée par les interventions de la make-up artist Salvia qui partage une même esthétique radicale. Une seule chose est sûre, ces créatures venues d'ailleurs sont ici sur terre pour apporter la paix.