Pour qu'un projet voie le jour, il faut que les planètes soient un tant soit peu alignées. Et pour 21A, il a suffi, en plus, d'un gisement de jardinières défectueuses, sachez que c'est le nom, si poétique, des salopettes portées par les travailleurs de Bruxelles-Propreté. Il se fait que celles-là, jaune fluo, dormaient dans un hangar pour cause de défauts aux bretelles, elles n'attendaient que d'être upcyclées. Ainsi est née cette collection de cabas inscrits dans l'économie sociale de Bruxelles. Ce ne fut pas un miracle, évidemment, François Cardona y songeait depuis longtemps. Cela faisait même deux ans qu'il était à la recherche de matières mises au rebut, activement, car il avait dans l'idée de créer des accessoires qui auraient "avant tout une dimension sociale".
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Pour qu'un projet voie le jour, il faut que les planètes soient un tant soit peu alignées. Et pour 21A, il a suffi, en plus, d'un gisement de jardinières défectueuses, sachez que c'est le nom, si poétique, des salopettes portées par les travailleurs de Bruxelles-Propreté. Il se fait que celles-là, jaune fluo, dormaient dans un hangar pour cause de défauts aux bretelles, elles n'attendaient que d'être upcyclées. Ainsi est née cette collection de cabas inscrits dans l'économie sociale de Bruxelles. Ce ne fut pas un miracle, évidemment, François Cardona y songeait depuis longtemps. Cela faisait même deux ans qu'il était à la recherche de matières mises au rebut, activement, car il avait dans l'idée de créer des accessoires qui auraient "avant tout une dimension sociale". Il vient du monde de la mode, a travaillé dans les studios de Thierry Mugler, Balenciaga, Stéphane Rolland, notamment, avant de leur préférer les puces de Clignancourt et le mobilier XXe siècle. Puis il est venu s'installer en Belgique, en 2012, où il s'est aventuré seul à lancer sa marque d'accessoires.Aujourd'hui, c'est son appartement schaerbeekois qui lui sert d'atelier-bureau, avec vue sur les buildings de la capitale et son vieux rêve de petit Manhattan autour de la gare du Nord. François Cardona n'a pas dû réfléchir longtemps pour se trouver un logo - le numéro de son immeuble et sa fenêtre ouverte sur le monde, allons à l'essentiel. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. "Je désirais relancer un projet, précise-t-il. Mais je le voulais d'abord social, qualitatif, soucieux d'écologie et produit localement." Et si cela pouvait en plus mettre en valeur les compétences de personnes en situation de handicap, discriminées et en butte aux préjugés dans le milieu du travail, ce serait encore mieux. Il liste alors les ETA, les entreprises de travail adapté - son empathie et son extrême sensibilité forgées par les ressacs de la vie l'entraînent naturellement vers l'inclusivité. Il découvre L'Ouvroir et son équipe, qui dépoussière le genre. Il sait qu'il peut compter sur les salopettes de Bruxelles-Propreté, il a contacté en amont cet organisme qui collecte et traite les déchets, et qui a trouvé belle son idée de recyclage. Il se met à patronner un sac, simple à réaliser, évident à composer avec les morceaux de jardinières qu'il découpe façon zéro déchet. Le résultat est joyeux à porter, pour sa praticité fluo mais surtout pour l'engagement qu'il sous-tend. Car derrière ce tote bag qui pourrait presque ressembler à tous les tote bags, il y a les savoir-faire des artisans de l'atelier de confection de L'Ouvroir. Un modèle d'entreprise collaboratif avant tout, qui entend "pérenniser l'emploi de personnes en situation de handicap et les accompagner dans leur émancipation, tout en bâtissant une économie circulaire et en étant acteur de la transition écologique". Cette ETA, qu'on appelait avant si laidement un atelier protégé, a été créée en 1927, "pour fournir de l'emploi aux handicapés et aux estropiés de guerre". Les choses et l'époque ont changé, elle crèche désormais derrière la gare du Midi, à Bruxelles, rue Bodeghem, un coeur d'îlot de 1.500 m2 plutôt hétéroclites, reliés entre eux par de grandes baies percées dans les murs - "C'est un peu alambiqué, exigu, atypique", commente Damien Logghe, directeur de l'entreprise. Tout cela n'interdit pas le professionnalisme et la rentabilité économique. Ni l'imagination.La preuve avec ce projet 21A, les oblitérateurs de la STIB transformés en boîtes à clés et les bâches de chantier de la Grand-Place devenus sacs Handymade. "Par intérêt et curiosité, on a débuté avec ce premier projet en 2018. On n'avait pas de pôle couture... On a demandé à une dame pensionnée de nous donner sa machine à coudre et de nous expliquer son fonctionnement, on a recruté un jeune candidat qui avait un background de couturier et était plus autonome, son handicap n'était pas mental mais sensoriel, on a pris le risque de démarrer la production de sacs... Cela nous a permis de rencontrer l'univers des designers et de se rendre compte de la plus-value de notre atelier." Depuis, L'Ouvroir s'est doté de trois autres machines professionnelles, l'équipe s'est consolidée, les compétences affinées. Depuis, François Cardona lui a confié la production de ses sacs A21 en ex-jardinières upcyclées. Depuis l'alchimie est à l'oeuvre.