Rose Bertin, dont Marie-Antoinette était la muse, en lançant avec elle les tendances convoitées ensuite par toutes les dames de la cour, passera ainsi du simple rang de modiste à celui de créatrice de mode au sens où on l'entend désormais.

Un croquis signé Christian Lacroix, vers 1990. © CHRISTIAN LACROIX

Elle fut en tout cas l'une des premières à laisser son nom dans l'histoire, cette science tellement humaine sur laquelle s'appuient de plus en plus de grandes maisons pour asseoir leur crédit. Arbitre des élégances, avec tout le snobisme extrême et l'intransigeance que cela peut laisser supposer, le château de Versailles a vu défiler des armées de merciers, de brodeuses, de plumassiers, de fourreurs, autant de professions qui appartiennent aujourd'hui à ces métiers d'art sans lesquels la haute couture n'aurait pas la même aura. " La mode et Versailles partagent la même aristocratique peur de l'ennui et cèdent à cet irrésistible désir de séduire qui vient rompre la monotonie des jours ", écrit Laurence Benaïm dans l'ouvrage qu'elle consacre à ce qui ressemble à une histoire d'amour aussi éternelle que passionnée entre deux univers faits l'un pour l'autre.

© FLAMMARION

Au fil des pages magnifiquement illustrées de tableaux peints à différentes époques de la vie du château ou de photos prises dans les lieux ou inspirées par de grandes figures de la cour des Rois de France, on découvre à quel point les couturiers contemporains restent fascinés par ce lieu mythique, eux qui s'adressent avec leurs collections d'un luxe inouï aux Pompadour des temps modernes que sont les premières dames et les stars de cinéma. Des actrices qui ont parfois, elles aussi, incarné des héroïnes de fiction au service de la vision d'une époque qui ne cessera jamais de faire rêver.

Versailles et la Mode, par Laurence Benaïm, éditions Flammarion (sortie le 22 novembre prochain).