On aurait plutôt pensé que le débardeur connaîtrait son heure de gloire en avril. Ou en septembre, à la limite. Quand il faisait encore chaud, en tout cas. Et que nous pourrions exposer fièrement notre bronzage ou nos muscles saillants. Mais non. C'est pour l'hiver que Miuccia Prada a décidé de faire défiler ses modèles, hommes et femmes confondus, vêtus de pulls sans manches, laissant apparaître leurs bras fins, pâles, et surtout nus. Pièce maîtresse des catwalks cet automne, le pull-débardeur ne manque pas d'attirer les regards. De Givenchy à Thom Browne, les grands créateurs l'ont adopté.
...

On aurait plutôt pensé que le débardeur connaîtrait son heure de gloire en avril. Ou en septembre, à la limite. Quand il faisait encore chaud, en tout cas. Et que nous pourrions exposer fièrement notre bronzage ou nos muscles saillants. Mais non. C'est pour l'hiver que Miuccia Prada a décidé de faire défiler ses modèles, hommes et femmes confondus, vêtus de pulls sans manches, laissant apparaître leurs bras fins, pâles, et surtout nus. Pièce maîtresse des catwalks cet automne, le pull-débardeur ne manque pas d'attirer les regards. De Givenchy à Thom Browne, les grands créateurs l'ont adopté. Pour expliquer ce phénomène, il y a l'excuse habituelle: tout revient toujours à la mode! Même, et surtout, les tendances les plus farfelues, dont on était (presque) tous convaincus qu'elles ne réapparaîtraient jamais. Parce qu'elles étaient tout simplement... trop moches. Le mom jeans, les dad shoes, la mode des années 70 et 90, les Crocs et la coupe mulet nous le prouvent régulièrement. Et le fait est que le pull sans manches occupe aujourd'hui un rôle de star dans nos garde-robes. Il s'inscrit d'ailleurs dans un phénomène plus large, celui du retour du look formel qui dure depuis quelques saisons, principalement pour la gent masculine. Sans doute en réaction au streetwear qui a dominé les podiums ces cinq dernières années. Un come-back qui ne s'avère toutefois pas 100% réussi. Car le costume fitté n'est pas vraiment la tenue idéale pour le boulot, et les occasions plus festives de le porter sont, pour l'instant, assez rares... Le gilet sans manches, en revanche, est presque aussi strict que le costume (à condition de porter quelque chose en dessous ou de l'assortir d'une cravate) et donc idéal pour une visio-conférence avec dress code. Confortable, mais moins négligé qu'un pull oversize ou qu'un sweat-shirt. Les versions les plus stylées, comme celles de Prada, ont même une coupe cintrée. Le pull sans manches a fait son apparition il y a plus de cent ans. Selon les historiens de la mode, le roi britannique Edward VII a été le premier à montrer l'exemple: le futur duc de Windsor allait chasser affublé de ce chandail laissant passer les bras. Cela lui offrait plus de liberté de mouvement. Et à partir des années 30, le pull-débardeur a été adopté sur les parcours de golf. Puis, peu de temps après, le petit haut en laine a fait partie intégrante de l'uniforme de cricket. Mais de nos jours, on l'associe davantage aux années 70: en rouge vif ou bleu clair, en acrylique ou à rayures écossaises... Il peut même être porté en couche supplémentaire, par-dessus un pull à col roulé moulant. En 1986, dans La Folle Journée de Ferris Bueller - film emblématique de la décennie -, Matthew Broderick arbore le gilet sans manches dans des teintes noires et marron. Carlton Banks dans Le Prince de Bel Air et Chandler Bing dans Friends suivent le pas, enracinant toujours plus ce basique dans l'air du temps. Pourtant, cette pièce du dressing n'a jamais vraiment été branchée, contrairement, par exemple, au tee-shirt blanc ou au Levi's 501, des it dont le noble statut perdure aujourd'hui encore. Le débardeur, dans l'imaginaire collectif, est plutôt destiné... aux ringards. Mais la ringardise a du bon. La preuve: la série Friends, susmentionnée, connaît toujours un succès fulgurant en 2020. Tout comme Gucci, dirigée par le designer Alessandro Michele, est devenue à la fois la marque la plus ringarde et la plus populaire du secteur du luxe. Sans transition, faisons un bond dans le temps jusqu'en 2020: Tyler, The Creator, rappeur et styliste, a été photographié plusieurs fois cette année en pull sans manches, tantôt décoré de motifs léopard, tantôt orné de fleurs. Le Wall Street Journal l'a récemment qualifié de "modèle le plus important de la culture contemporaine en matière de pull-over". Et pour ne citer qu'une autre idole de la sphère fashion: le chanteur Harry Styles en possède une décoré de... moutons. Et maintenant, il y a Prada. Ou encore Marc Jacobs, qui dans sa nouvelle ligne plus accessible - Heaven - en propose des déclinaisons avec des marguerites et des tournesols. Noah dévoile un imprimé léopard et Aimé Leon Dore un motif jacquard. Pour les femmes, on trouve des débardeurs en laine chez Ganni, Lacoste, et dans la collection capsule de la chanteuse Clara Luciani pour Sandro. Reste à savoir si un chandail sans manches en décembre est une bonne idée. Mais cette question est liée à l'ADN des tendances mode. Pour rappel, l'été dernier, Taylor Swift est apparue avec un cardigan en laine épaisse...