Il faut souffrir pour être belle, ou beau. Et ce n'est pas Christian Louboutin qui dira le contraire, lui qui a déclaré: "Quand je dessine des chaussures, je ne pense pas au confort." Le consultant en mode Tim Gunn va encore plus loin: "Si vous ressentez un peu d'inconfort, c'est que votre vêtement est ajusté et que vous n'êtes pas en pyjama." Mais ça c'était avant car, depuis quelques années, le confort est l'élément déterminant pour de nombreux modeux et, par extension, pour le citadin lambda. Le décontracté a la cote... sans paraître pour autant inélégant!
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Il faut souffrir pour être belle, ou beau. Et ce n'est pas Christian Louboutin qui dira le contraire, lui qui a déclaré: "Quand je dessine des chaussures, je ne pense pas au confort." Le consultant en mode Tim Gunn va encore plus loin: "Si vous ressentez un peu d'inconfort, c'est que votre vêtement est ajusté et que vous n'êtes pas en pyjama." Mais ça c'était avant car, depuis quelques années, le confort est l'élément déterminant pour de nombreux modeux et, par extension, pour le citadin lambda. Le décontracté a la cote... sans paraître pour autant inélégant!Nous avons troqué le look chic parisien contre un style scandinave, plus accommodant. Fonctionnalité, sobriété et mode de vie sain sont ancrés dans l'ADN des pays nordiques et les filles branchées, au Danemark ou en Suède, préfèrent les chaussures plates aux talons. Bien entendu, la pandémie alimente cette tendance. Alors que la plupart des griffes traversent des temps difficiles, le coronavirus fait les choux gras des labels de sport. Comme les réunions et les fêtes sont virtuelles, les pantalons cintrés et escarpins se voient supplantés par des tenues de yoga et autres sneakers... ou plutôt chaussures de running, devenues un must pour tous ceux et celles qui se revendiquent relax et stylés. Ces shoes font désormais partie intégrante du paysage urbain, séduisent des infuenceuses telles que Bella Hadid et Kendall Jenner et, avant la pandémie, avaient même déjà foulé les tapis rouges. Parée d'une épaisse semelle et de couleurs vives, la "dad shoe" a de quoi horrifier Louboutin et consorts. Son nom fait allusion aux sneakers simples que les pères ringards portaient dans les années 90, avec des jeans larges délavés taille haute (le "dad" ou "mom jeans") et des chaussettes de sport blanches. Traditionnellement considérée comme le summum du mauvais goût, mais aujourd'hui encensée par le public hype sous le dénominateur "normcore", cette tendance est en réalité due à Balenciaga, la marque française dirigée par Demna Gvasalia. En été 2017, ce créateur diplômé de l'Académie d'Anvers a lancé le Triple S. A l'instar de Phoebe Philo il y a dix ans (qui travaillait chez Céline à l'époque), qui a rendu les Stan Smith blanches extrêmement populaires, il a hissé les chaussures de course sur le devant de la scène.Rien d'étonnant à ce que d'autres, comme Chanel, Dior, Gucci, Fendi, s'y soient aussi mis. Toutes les marques de luxe créent désormais des baskets et le phénomène n'est pas près de s'inverser. En revanche, il évolue. En effet, ces shoes deviennent moins massives et ressemblent de plus en plus à de vraies chaussures de sport. Il suffit de voir le dernier modèle Zen de Balenciaga, qui évoque des chaussures de football. Et si le luxe décline l'accessoire à l'envi, les marques de sport classiques se sont, elles aussi, frayé un chemin dans ce créneau, New Balance en tête. Cette griffe américaine a surfé sur la vague de la dad sneaker avec son modèle iconique 990 des années 80 que toute fashionista se doit de posséder. Contrairement aux modèles de Balenciaga, ceux-ci ont été conçus en tant que "performance gear". Comprenez: pour suer au lieu de parader, en rue ou sur Instagram. D'autres références telles qu'Asics, Adidas, Puma, Nike ont également leur place dans les dressings. Bref: les runnings sont devenues indissociables d'un look branché et peuvent se combiner tant avec un pantalon de training qu'avec un chino. Sur ce marché saturé, dominé par les anciennes marques précitées, un nouvel arrivant se démarque pourtant: On Running ou "On" en abrégé. Cette griffe de sport suisse, créée il y a dix ans, enregistre actuellement la croissance la plus fulgurante: 6 500 points de vente dans 55 pays, une boutique à New York et 500 employés. Fin 2019, le tennisman Roger Federer, qui a rejoint ce label à la pointe de l'innovation, a même conçu une paire de runnings, dont la semelle, développée selon la technologie CloudTec, est le grand atout. Cette base convexe tubulaire et percée de petits trous se caractérise par des plots en caoutchouc qui offrent un amorti doux suivi d'une poussée dynamique. Pour reprendre les termes de l'enseigne: atterrissage en douceur, mais propulsion en puissance. Ajoutez à cela les "coussins d'appui" brevetés et le faible poids de ces modèles, et vous courez sur les nuages. Le cofondateur Olivier Bernhard est un coureur pro à la retraite. Inutile de dire que la performance, bien plus que le look, était le point de départ de la conception. "On" n'a pas tardé à devenir une référence secrète dans le monde des coureurs. En revanche, il est plus étonnant qu'aujourd'hui, les fashionistas craquent pour son design et sa semelle caractéristiques. A vos marques, prêts, achetez... ou pas!