En 2018, Alfred Mendes, amoureux des baskets depuis sa jeunesse, découvre sur Internet une convention aux Etats-Unis qui réunit les passionnés de sneakers. Lors de cet événement, les vendeurs et collectionneurs peuvent partager, acheter, découvrir ou faire connaître des paires exclusives dans une ambiance urbaine et amicale. Il décide d'importer le concept chez nous. C'est ainsi que ce 31 octobre, plus de 50 exposants venus de différents pays d'Europe et les fans de cet accessoire sportif se retrouveront à Bruxelles à l'occasion de la première édition de Sneakermania (*).
...

En 2018, Alfred Mendes, amoureux des baskets depuis sa jeunesse, découvre sur Internet une convention aux Etats-Unis qui réunit les passionnés de sneakers. Lors de cet événement, les vendeurs et collectionneurs peuvent partager, acheter, découvrir ou faire connaître des paires exclusives dans une ambiance urbaine et amicale. Il décide d'importer le concept chez nous. C'est ainsi que ce 31 octobre, plus de 50 exposants venus de différents pays d'Europe et les fans de cet accessoire sportif se retrouveront à Bruxelles à l'occasion de la première édition de Sneakermania (*). Mais au-delà de ce rendez-vous pour mordus des shoes, plus largement, le business des baskets de marques est en plein boom. Et les sommes à débourser pour acquérir un article iconique sont parfois démesurées. Un exemple: la Jordan 1 Retro High Travis Scott, fruit d'une collab avec l'artiste, était affichée à 200 euros en boutique, le prix de sa revente dépasse aujourd'hui les 1 000, voire les 2 000 euros. Plus incroyable, la Nike Dunk Sb Low Staple New York Pigeon, à 200 dollars en 2005, selon StockX, a été achetée, en janvier dernier, à... 28 000 euros sur ce site qui est la référence mondiale en la matière. Mais qu'est-ce qui explique un tel engouement? "Les marques créent un sentiment de rareté. Or si les gens ont l'impression que c'est difficile d'obtenir quelque chose, ils pensent que ça a plus de valeur. S'ils arrivent à acquérir une paire de Jordan, par exemple, ils ont l'impression d'être quelqu'un. Finalement, certains deviennent accros à force de courir après quelque chose qu'ils ne peuvent pas avoir", explique Alfred Mendes. Pour promouvoir le lancement d'une nouvelle paire, Nike, entre autres, joue donc sur cette désirabilité: "Quand le label sort un nouveau modèle, il propose une version en collab avec quelqu'un de connu pour le lancement. Ensuite, la marque décline son article en différentes couleurs. Par exemple, les ventes Dunk ont explosé car Travis Scott a commencé à en porter puis beaucoup d'autres Dunk ont envahi le marché", développe le spécialiste. Conclusion, chez les amateurs, la lutte est féroce pour dénicher la perle... au meilleur prix. Pour se procurer ces sneakers, les passionnés ont plusieurs options. Tout d'abord, ils peuvent se lancer eux-mêmes dans la course, notamment au cours de rafles, organisées uniquement pour les paires les plus rares par des sites tels que Nike SNKRS, Solebox ou encore BSNT. Le principe: un tirage au sort auquel tout le monde peut participer une fois et gratuitement. Les gagnants sont contactés et ont l'opportunité d'acheter l'objet de leur désir. Pour les articles moins exclusifs, les shops et e-shops proposent des "drops" qui fonctionnent selon la règle du "premier arrivé, premier servi". Les baskets ont une date de sortie et, le jour J, elles sont mises en boutiques. Mais les quantités restent limitées, il faut être rapide. Ceux qui ne parviennent pas à obtenir gain de cause via ces canaux peuvent toujours se rabattre sur les resellers, qui revendent les modèles en rupture de stock, à prix d'or souvent, sur Vinted ou Marketplace. "Certaines personnes cherchent et arrivent à vivre de ça mais il faut surveiller les sorties, partout, sans arrêt. C'est un peu comme la Bourse, il faut être à l'affût tout le temps", explique Florian, collectionneur. Alfred Mendes confirme: "Ça peut être vu comme de l'investissement mais une partie de la communauté n'aime pas ça." Si vous optez pour ce circuit d'approvisionnement, gare toutefois aux arnaques. Il faut apprendre à discerner le vrai du faux en prêtant attention à la facture, aux coutures ou encore à l'étiquette. Face à ces risques, le marché est en train de se professionnaliser davantage et les enseignes, virtuelles (StockX, Kikikickz...) comme physiques (CheckOut, Karat, Rare à Bruxelles, nouveaux sur le marché, ou Coming soon à Liège, qui existe depuis plus de dix ans), fleurissent. Ces shops qui, eux aussi, doivent s'approvisionner et fonctionnent soit avec des dépôts/ventes de particuliers, moyennant une commission pour la boutique bien sûr, soit avec leurs propres stocks, achetés via leurs réseaux - souvent tenus secrets. "Nous sommes nous-mêmes collectionneurs depuis nos 14 ans, nous en avons plus de 25 maintenant, raconte Anthony Van den Brant de Karat. Nous avons pu nous faire un réseau de personnes avec qui nous campions devant les magasins pour aller choper les chaussures à l'époque. Comme nous travaillons avec des connaissances, nous arrivons de temps en temps à avoir des prix plus bas car ils veulent soutenir notre business. Ils veulent que les prix reviennent dans l'ordre des choses, qu'ils ne soient plus si élevés", souligne le responsable de l'enseigne. Ces magasins n'ont par contre pas d'opportunités d'achats directs via les marques mais reçoivent des informations exclusives notamment grâce à des groupes Facebook fermés. Reste que, entre ceux qui entendent monter leur business - souvent juteux - autour de cet accessoire, et les collectionneurs de la première heure, les relations deviennent compliquées et ces derniers ressentent de plus en plus de frustrations. "Avant, il n'y avait que les passionnés qui achetaient. Maintenant, tout le monde veut ces sneakers, que ce soit pour les porter ou les revendre. Ce qui est compliqué, c'est que beaucoup ont peur de les mettre car elles vont perdre de la valeur en cas de revente", ajoute Alfred Mendes. Il s'agirait donc pour certains de débourser parfois des milliers d'euros pour des baskets... qu'ils ne porteront pas.