Parce qu'elle a fait ses comptes et qu'elle termine l'année dans le rouge, il lui manque 30.000 euros, la créatrice bruxelloise Valérie Berckmans hésite. Faut-il mettre la clef sous le paillasson et clôturer ainsi un projet qu'elle porte à bout de bras depuis 13 ans maintenant et qui fait sens?

Il semble que l'on arrive à la fin d'une civilisation, quand l'industrie textile se met à tout prix à refourguer son immense production, dont les gens n'ont plus besoin parce qu'ils ont trop, et qu'elle est obligée d'inventer des Black Friday ou des Mid Season Sales pour vendre ses stocks

Avant de prendre cette décision irrévocable, elle s'empare du phénomène du Black Friday et le transforme en Green Friday, où elle propose sa collection soldée à 20 %, de même les chaussures d'Atelier Content et les mailles incroyables d'Aymara. Si elle espère un peu de cash, qui lui permettrait de payer ses fournisseurs, elle rêve aussi de réveiller les consciences. Ceci est un appel à l'aide.

Valérie Berckmans au travail © DR

Elle invite donc à consommer durable et éco-responsable en ce vendredi noir qui symbolise pour elle toutes les dérives de l'industrie textile. "Il semble, prophétise-t-elle sans être apocalyptique, que l'on arrive à la fin d'une civilisation, quand l'industrie textile se met à tout prix à refourguer son immense production, dont les gens n'ont plus besoin parce qu'ils ont trop, et qu'elle est obligée d'inventer des Black Friday ou des Mid Season Sales pour vendre ses stocks. Le concept est dingue : ce que l'on vous vendait 10 euros, on peut aussi vous le vendre 2 euros parce que c'est tellement mal fait, dans des matières de mauvaise qualité et qu'on l'a payé pratiquement rien pour le fabriquer. Comme dans la chanson de Souchon, on voit le vide à travers les planches. Cela donne le vertige. Quel signal négatif et quelle concurrence déloyale pour les créateurs, les artisans, les petits commerçants, les petits entrepreneurs. Et cela prend de l'ampleur parce que les gens se sont habitués à ce mode de consommation - ils ne parviennent plus à faire la différence entre les projets qualitatifs et ceux qui ne le sont pas.

A l'heure où tous les marqueurs sont à l'écologie et au durable, à l'heure où des tas d'applications voient le jour pour recommander des commerces responsables dans les villes, c'est la schizophrénie totale, Zalando n'a jamais aussi bien fonctionné

Je vais donc utiliser cette journée, parce que j'ai besoin de récupérer de l'argent mais surtout parce que je désire envoyer un message : j'accorde 20 % de réduction dans ma boutique pour qu'on pense à consommer autrement et mieux. Evidemment, je prêche pour ma chapelle et pour tous les indépendants qui se battent pour créer des chouettes produits. A l'heure où tous les marqueurs sont à l'écologie et au durable, à l'heure où des tas d'applications voient le jour pour recommander des commerces responsables dans les villes, c'est la schizophrénie totale, Zalando n'a jamais aussi bien fonctionné. Les gens doivent se rendre compte qu'ils sont aussi acteurs de la ville et de ce qui existe. S'ils continuent à acheter online et à ne pas aller dans les petites boutiques, il n'y en aura un jour plus... "

© Lies Engelen

Les raisons sont évidemment multiples et leurs effets s'additionnent - piétonnier en construction, attentats, crise économique, vente en ligne, désintérêt pour le vêtement à l'heure du jogging roi... Pourtant le business model de Valérie Berckmans a tenu le coup, rentable et à l'équilibre jusqu'en 2015 mais depuis, à analyser sa trésorerie, la créatrice constate que les chiffres stagnent alors que les coûts de production ont augmenté - sa couturière, " une perle ", a doublé ses prix pour ne pas faire faillite elle-même, impossible pour Valérie Berckmans de répercuter cette hausse sur sa garde-robe. Quand un samedi de shopping, elle parvient péniblement à vendre un chemisier, issu de ses anciennes collections soldées à 49 euros, on comprend qu'il y a une faille dans le système. Ne pas croire pour autant qu'elle est désespérée ou bêtement ronchonne. Elle est plutôt du genre à sourire dans le vent et prendre le taureau par les cornes, cela fait plus d'une décennie qu'en pionnière, elle invente une mode durable, avec à ses côtés la créatrice Meyrueis De Bruyn.

Ce vendredi 29 novembre, elles ouvriront donc les portes de l'atelier-boutique qui leur sert de nid pour proposer leur vestiaire aux fidèles et à celles et à ceux qui désirent le devenir, car il s'agira de s'inscrire dans le temps. L'automne-hiver 19-20 est en vitrine, il porte le titre inspiré de "Pure Morning" (merci Placebo), la lumière particulière du shooting le résume mieux que mille mots. L'inspiration est "un peu japonaise", souvent chez Valérie Berckmans, on y trouve des chemises au col plié façon origami, des ceintures comme des obi de kimonos, des lignes graphiques, épurées et des détails qui font la différence. Quant aux matières, on sait son appétence pour l'up-cycling, elle a récupéré chez une vieille couturière qui ne coud plus depuis longtemps des tissus qui dormaient, des mailles des années 60 et 70, elle en a fait des jupes forcément uniques.

Elle vous attend, dès 11 heures, jusqu'à 18 h 30, ce sera joyeux.

Valérie Berckmans et Meyrueis De Bruyn sont aussi à l'initiative de la boutique voisine SuperGreen Me, the Ecoshop au 10 rue Van Artevelde, 1000 Bruxelles.

A l'occasion de the Green Friday, 20 % de remise seront déduits sur les marques BOOB (vêtements d'allaitement), Lili Balou (mode enfant), Sizable (caleçon et chaussettes pour homme) et Venga (chaussettes pour homme et femme), également disponibles via le webshop, ainsi que 10% sur la droguerie et l'alimentaire. Une bonne occasion de faire un geste pour le commerce durable et indépendant. Et de prendre de l'avance sur vos achats de Noël.

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Valérie Berckmans, 8, rue Van Artevelde, 1000 Bruxelles. Green Friday, de 11 h à 18 h 30. www.valerieberckmans.be

Valérie Berckmans et Meyrueis De Bruyn © DR