Pour réussir ce challenge-là, seul le savoir-faire permet de se différencier : la mode est un secteur qui compte toujours plus d'appelés et sans cesse moins d'élus. C'est pourtant le " rêve éveillé " qu'est en train de vivre Marine Serre, formée à La Cambre et aujourd'hui à la tête de sa maison. Encore que le terme ne soit sans doute pas totalement adéquat pour évoquer quelqu'un qui a les pieds si bien ancrés dans la réalité. A l'image de ces jeunes qui n'ont pas rechigné à battre le pavé le jeud...

Pour réussir ce challenge-là, seul le savoir-faire permet de se différencier : la mode est un secteur qui compte toujours plus d'appelés et sans cesse moins d'élus. C'est pourtant le " rêve éveillé " qu'est en train de vivre Marine Serre, formée à La Cambre et aujourd'hui à la tête de sa maison. Encore que le terme ne soit sans doute pas totalement adéquat pour évoquer quelqu'un qui a les pieds si bien ancrés dans la réalité. A l'image de ces jeunes qui n'ont pas rechigné à battre le pavé le jeudi après-midi, quitte à affronter la pluie ou les railleries, pour demander qu'on oeuvre concrètement pour sauver cette planète qui est la leur, ce petit bout de femme de 26 ans à peine entend agir plutôt que de se perdre en chimères. Pour Lune, sa griffe, la Française de naissance, Belge de coeur, fait d'ailleurs fabriquer localement, et refuse les techniques nécessitant des quantités d'eau abyssales. Upcycling et récup', hybridation et influences multiples : des mots qui font partie de sa nomenclature fashion, et qu'a en commun cette génération montante de créateurs, dénonçant un système arrivé à ses limites et prêts à en prendre le contre-pied. Notamment en faisant fi de ce culte de l'ego trop souvent associé à la profession, et en lui préférant le jeu collectif. Ainsi, dans le manifeste qui préside à sa genèse, le label Gamut - qui pousse le concept jusqu'à l'anonymat de ses membres - déclare vouloir être " le réceptacle d'un flux vital et urgent d'expression, de partage, de solidarité, de plaisir et de respect écologique ". Et il n'est pas le seul à adopter cette vision altruiste : Ester Manas, 42/54, The Wolf et Façon Jacmin (lire leur portrait respectif), sont également convaincus que l'union fait la force, au contraire de l'individualisme destructeur. Claire Laffut, peintre, mannequin, égérie de Chanel mais surtout chanteuse - Vérité, Mojo, Gare du Nord, et un album en préparation - , ne dit pas autre chose. Dans l'interview qu'elle nous a octroyée, transparaissent ses affinités électives, l'importance qu'elle accorde à sa bande, sa fidélité, aussi. Pas de doute, notre jeunesse a de belles valeurs. En mode comme ailleurs, la relève est assurée.