Notre image est façonnée par ce que nous portons mais aussi par ce que nous versons dans nos verres : le vin est aujourd'hui devenu, à l'instar de la mode, un produit " lifestyle " à part entière, ainsi qu'un signe de bon goût. C'est souvent aussi le symbole d'un certain statut social - en particulier, évidemment, lorsqu'il est cher. Le choix des grandes maisons de couture d'investir dans des crus d'exception n'est donc finalement pas illogique. Dior, Louis Vuitton, Gucci et Chanel sont des marques mondialement réputées qui respirent le luxe et le bien-vivre... Et il en va de même de noms comme bordeaux, bourgogne, Château Latour, Château Cheval Blanc ou Veuve Clicquot.
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Notre image est façonnée par ce que nous portons mais aussi par ce que nous versons dans nos verres : le vin est aujourd'hui devenu, à l'instar de la mode, un produit " lifestyle " à part entière, ainsi qu'un signe de bon goût. C'est souvent aussi le symbole d'un certain statut social - en particulier, évidemment, lorsqu'il est cher. Le choix des grandes maisons de couture d'investir dans des crus d'exception n'est donc finalement pas illogique. Dior, Louis Vuitton, Gucci et Chanel sont des marques mondialement réputées qui respirent le luxe et le bien-vivre... Et il en va de même de noms comme bordeaux, bourgogne, Château Latour, Château Cheval Blanc ou Veuve Clicquot. Ce n'est toutefois pas la seule explication. Ces griffes appartiennent souvent à d'importantes multinationales du luxe en quête d'un investissement sûr, et depuis que l'image du secteur bancaire est sortie écornée de la crise de 2008, l'acquisition d'un domaine vinicole a commencé à se profiler comme l'un des choix les moins risqués qui soient. L'acheteur acquiert en effet en première instance un patrimoine unique - un château historique et un vignoble réputé - dont la valeur ne peut qu'augmenter au fil du temps. S'y ajoute un produit qui ne risque guère de voir la demande s'effondrer, puisque la production inévitablement limitée de ces endroits mythiques est convoitée par un nombre croissant de riches amateurs et peut donc se vendre de plus en plus cher. N'achète évidemment pas un tel bien qui veut : l'opération suppose de disposer de fonds propres colossaux, et est donc réservée aux grands groupes qui possèdent un ou plusieurs labels de prêt-à-porter de renommée internationale.Alors que les grands groupes de luxe que sont LVMH et Kering multiplient les marques dans divers segments, le groupe Chanel, lui, se limite au label éponyme lancé en 1910 par Gabrielle Chanel, centré sur les vêtements et depuis une dizaine d'années sur les parfums, ainsi qu'à la griffe balnéaire et de lingerie Eres et aux montres Bell & Ross. Ces dernières années, il a également investi dans nombre d'ateliers réputés pour leur travail artisanal exceptionnel. Le groupe est aujourd'hui entre les mains d'Alain et Gérard Wertheimer, les petits-fils de Pierre Wertheimer, l'associé de Gabrielle Chanel (elle-même décédée en 1971). Bien qu'ils aient choisi pour directeur artistique le flamboyant Karl Lagerfeld, les deux frères préfèrent eux-mêmes rester dans l'ombre, fuyant les médias autant que possible. Pour étendre leur portefeuille de produits, les deux hommes ont ressenti le besoin d'investir une partie de leur fortune dans le fruit de la vigne. Au cours des années 90, ils ont ainsi jeté leur dévolu sur deux châteaux bordelais : le Château Canon, " premier grand cru classé " à Saint-Emilion, et le Château Rauzan-Ségla, " deuxième grand cru classé " à Margaux. Deux domaines réputés pour leurs produits élégants et raffinés, dont l'image rejoint parfaitement celle de la maison. Le Château Canon se dresse sur la rive droite de la Dordogne, où le merlot est le cépage roi. Le domaine, qui s'appelait à l'origine Clos Saint-Martin, doit son nom actuel à Jacques Kanon, un corsaire du xviiie siècle qui l'a rebaptisé en en devenant propriétaire. Il est magnifiquement situé à un jet de pierre de la petite ville médiévale de Saint-Emilion, sur la fameuse colline au sous-sol calcaire qui confère à ses vins une grande finesse. Le Château Rauzan-Ségla, lui, est situé sur la rive gauche de la Garonne, dans une région dominée par le cabernet sauvignon. L'histoire du château lui-même remonte à 1661. Son nom évoque son fondateur Pierre de Rauzan, dont la famille s'est associée par la suite avec celle des Ségla. Précisons que l'oenologue actuel des deux domaines est Nicolas Audebert (43 ans), qui a travaillé précédemment chez Krug en Champagne et chez Cheval des Andes en Argentine, tous deux propriétés de LVMH... Après avoir rejoint, à l'âge de 22 ans, l'entreprise de son père, Bernard Arnault l'a convaincu de vendre et d'investir les profits dans la mode et d'autres produits haut de gamme. C'est ainsi qu'est née LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), qui reste à ce jour l'une des plus grandes multinationales du secteur du luxe. Le Français demeure le président et principal actionnaire du groupe, qui a fait de lui l'un des hommes les plus riches de son pays. L'homme a rapidement pris conscience que le vin aussi avait sa place dans son cheptel et a acquis, avec notre compatriote Albert Frère, le mythique Château Cheval Blanc à Saint-Emilion, " premier grand cru classé A " (un titre qui n'a été accordé qu'à quatre domaines). Un investissement de 131 millions que les deux hommes d'affaires espéraient voir prospérer... et l'avenir leur a donné raison. Comme l'a dit un jour Pierre Lurton, directeur de ce domaine, " chaque matin où je me lève, le monde compte vingt à trente nouveaux milliardaires : autant de nouveaux clients pour nous ! " Une bouteille portant cette étiquette renommée se négocie aujourd'hui autour de 700 et 800 euros. LVMH a également acquis le Château d'Yquem, où est produit un vin liquoreux parmi les plus chers au monde. Seul sauternes à être classé " premier cru supérieur ", il est produit à partir de raisins qui, grâce au microclimat spécifique de la région, sont attaqués par une " pourriture noble " qui les dessèche et accroît leur concentration en sucre - une particularité qui limite évidemment fortement la teneur en jus et donc la production, ce qui fait à son tour flamber les prix. En Bourgogne aussi, le groupe se devait d'investir : ce fut au Domaine des Lambrays, qui doit son nom au vignoble du Clos des Lambrays et au grand cru éponyme, dont il a pratiquement le monopole. Une situation rarissime, puisque l'immense majorité des 32 vignobles à jouir de l'appellation " grand cru de Bourgogne " sont répartis sur plusieurs domaines vinicoles. Le prix de ce lieu privilégié : 100 millions d'euros. Convaincu par ces premiers achats, Bernard Arnault a enchaîné les acquisitions en Espagne, en Californie, en Amérique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il a également créé en Argentine le Terrazas de los Andes, où une version locale du Cheval Blanc - baptisée Cheval des Andes - est produite. Le dernier achat en date est assez particulier : le vignoble chinois d'Ao Yun - dont le nom signifie " volant au-dessus des nuages " - est niché haut dans les montagnes de la province du Yunnan, tout près de l'Himalaya et du Tibet. Grâce à l'absence de maladies de la vigne, une production biologique est ici (presque) un jeu d'enfant. " Nous n'avons pas pu nous appuyer sur un mode d'emploi, puisque nous étions les tout premiers à nous installer dans la région, nuance toutefois le directeur Jean-Guillaume Prats. Nous avons dû tout apprendre chemin faisant. " De ce site, découlent surtout des vins à base de cabernet sauvignon et de cabernet franc à raison d'environ deux mille caisses par an. Le groupe LVMH s'est toutefois aussi aventuré dans le segment en croissance et hautement lucratif des mousseux, des champagnes destinés à la grande distribution (Moët & Chandon, Veuve Clicquot) aux marques de prestige (Dom Pérignon) en passant par les produits de niche (Krug). Forte d'une histoire familiale remontant à 1843, cette dernière maison possède notamment le fameux Clos du Mesnil, un petit vignoble de 1,85 ha entouré de murs et doté d'un microclimat idéal qui a donné naissance à un champagne 100 % chardonnay, vendu à plus de 1 000 euros la bouteille. Elle est également propriétaire du Clos d'Ambonnay, dont les 0,685 ha de pinot noir livrent un peu moins de trois mille bouteilles... encore plus onéreuses que celles du Clos du Mesnil. Si la France ne jure que par la Champagne pour la production de ses bulles et tient à éviter toute confusion entre " l'original " et les flacons assimilés en provenance d'autres régions voire d'autres pays, LVMH ne semble guère se soucier de cette distinction. Sous le nom de Chandon (dérivé de Moët & Chandon), le groupe a fondé en Argentine, au Brésil, en Californie, en Australie, en Chine et en Inde des exploitations fabricants des mousseux - bien évidemment pas présentés comme des champagnes, mais dont le nom laisse entendre qu'ils peuvent parfaitement soutenir la comparaison... En Nouvelle-Zélande, LVMH a également repris le domaine Cloudy Bay, déjà réputé pour ses sauvignons blancs, pour y produire en collaboration avec Veuve Clicquot un mousseux baptisé Pelorus. Le parcours du patron du groupe, le Français François Pinault, ressemble étonnamment à celui de son compatriote et concurrent Bernard Arnault (LVMH). Après avoir beaucoup investi dans la distribution, avec des chaînes comme Fnac ou La Redoute, il a lui aussi choisi de recentrer ses activités sur les secteurs de la mode, du luxe et, plus tard, du vin. Il figure aujourd'hui sur la liste des hommes les plus riches de l'Hexagone, quelques crans plus bas que Bernard Arnault. En 1993, l'homme d'affaires a déboursé 110 millions d'euros pour l'acquisition du Château Latour, l'un des cinq " premiers grands crus classés " du bordelais, suivant un classement instauré en 1855. Souvent considéré comme la crème des bordeaux, le vin du domaine est l'un des plus concentrés et des plus complexes au monde - un nectar " majestueux ", selon les termes du très influent critique en oenologie américain Robert Parker. Tous les bâtiments ont été rénovés à l'initiative du nouveau propriétaire... Et le résultat, une confrontation spectaculaire entre l'architecture ancienne et des éléments hypermodernes en verre, en acier et en béton, témoigne clairement de sa volonté de conférer au domaine un rayonnement tout aussi prestigieux qu'une griffe de couture. L'appétit de François Pinault n'était toutefois pas satisfait pour autant. Deux ans après avoir terminé la rénovation de ce bien, il a acquis, dans le nord de la vallée du Rhône, le mythique Château-Grillet de la famille Neyret-Gachet, qui en avait été propriétaire durant plus d'un siècle. Grand de 3,5 ha à peine, le domaine produit chaque année dix à douze mille bouteilles de son unique vin blanc, à base de viognier. Sa particularité la plus remarquable est toutefois de posséder, depuis 1936, sa propre " appellation d'origine contrôlée ", une reconnaissance officielle normalement réservée à des régions ou villages. Une distinction exceptionnelle pour un vin hors du commun, doré, riche et velouté aux arômes de miel, de pêche et d'abricot. En 2006, c'est sur la Bourgogne que le Français a jeté son dévolu, reprenant d'abord le fameux Domaine René Engel à Vosne-Romanée (promptement rebaptisé Domaine d'Eugénie en l'honneur de sa grand-mère) puis le Clos de Tart, propriété de la famille Mommessin depuis 1932 et l'un des rares domaines de Bourgogne à porter le nom de l'un des 32 vignobles " grand cru " de la région. Bernard Arnault de LVMH ayant déjà acquis l'un des autres (le Clos des Lambrays), François Pinault se devait évidemment de l'égaler, quitte à y mettre le montant record de 250 millions d'euros. Précisons au passage que François Pinault s'est également offert la célébrissime société de vente aux enchères Christie's, qui possède un département spécialisé dans les crus anciens et coûteux.