Elle ne sait plus vraiment comment tout a commencé. Dans ses tout premiers souvenirs d'enfance déjà, elle revoit Maria-Sophia, sa mère, s'appliquer du rouge sur la bouche et sur les joues aussi, pas trop, juste ce qu'il faut, un geste de pro qu'elle fera sien des années plus tard. Seule fille d'une fratrie de quatre, c'est chez la voisine qu'elle démarre en secret son initiation. " Je m'enfermais dans la salle de bains et j'essayais tous ses produits, se rappelle Lucia Pica. Puis je me lavais le visage, je sortais et je faisais comme si de rien n'était. Cela avait un petit parfum d'interdit, je savais bien que j'étais attirée par des objets que, clairement, à 10 ans, je ne pouvais pas avoir. Rien ne me semblait alors plus désirable que de me maquiller u...

Elle ne sait plus vraiment comment tout a commencé. Dans ses tout premiers souvenirs d'enfance déjà, elle revoit Maria-Sophia, sa mère, s'appliquer du rouge sur la bouche et sur les joues aussi, pas trop, juste ce qu'il faut, un geste de pro qu'elle fera sien des années plus tard. Seule fille d'une fratrie de quatre, c'est chez la voisine qu'elle démarre en secret son initiation. " Je m'enfermais dans la salle de bains et j'essayais tous ses produits, se rappelle Lucia Pica. Puis je me lavais le visage, je sortais et je faisais comme si de rien n'était. Cela avait un petit parfum d'interdit, je savais bien que j'étais attirée par des objets que, clairement, à 10 ans, je ne pouvais pas avoir. Rien ne me semblait alors plus désirable que de me maquiller un jour. Et cela n'a jamais cessé depuis. " Pour rien au monde d'ailleurs, elle ne sortirait sans rouge à lèvres. " Il y a comme un léger poids sur ma bouche et cela suffit pour que je me sente prête ", sourit-elle. A 22 ans, pourtant, quand elle quitte Naples pour Londres, elle n'imagine pas encore qu'elle fera de ce penchant d'ado son métier. " Je voulais travailler dans la mode, note l'actuelle directrice de création du maquillage et de la couleur chez Chanel. C'est une de mes amies qui m'a suggéré de devenir make-up artist car elle aimait la manière dont je me maquillais. " Si elle pense initialement se diriger vers le théâtre, la jeune femme réalise très vite que c'est en officiant sur les shootings des magazines qu'elle réconciliera au mieux ses deux passions. D'apprentie en formation, elle passe rapidement première assistante chez Charlotte Tilbury avant de se lancer en solo en 2008. Elle enchaîne alors les collaborations pour des titres pointus comme Self Service, i-D, Love ou AnOther et des glossys plus établis - les versions américaine, britannique et française de Vogue, notamment. Une expérience qui lui vaut d'être approchée par la maison de la rue Cambon en 2012, d'abord pour bosser sur les images des campagnes beauté. " J'ai toujours admiré l'avant-garde de la griffe, qui se traduisait jusque dans les articles de make-up, assure Lucia Pica. Chaque fois que je découvrais une de leurs nouveautés, une texture, un packaging, je me disais : ça c'est malin ! " De part et d'autre, l'idée fait son chemin de la voir intégrer plus officiellement la marque. " C'est comme un rêve qui se réalisait ", souffle-t-elle. Les points de vue tranchés ne lui font pas peur. Tant que l'équilibre du visage est respecté. " La seule règle en make-up, c'est qu'il n'y a pas de règle, assène-t-elle. Il y a des trucs, oui, de meilleures manières de faire... L'essentiel, c'est de suivre son instinct, essayer ce qui vous plaît, ce n'est pas comme si, d'un coup de crayon, on signait un contrat à vie ! " Preuve que tout est possible, sa première collection dédiée au rouge dans tous ses états - " une couleur importante dans l'histoire de Chanel et dont je me sens très proche également ", justifie-t-elle - marquera les esprits, des lèvres à la pointe des cils. Lorsqu'il s'agit de rénover les ombres à paupière mono, c'est dans des objets tout sauf glamour - une plaque de fer rouillée, des morceaux de sucre, un moteur couvert de graisse... - qu'elle cherchera même l'inspiration. " Il me faut parfois plus de trente essais avant de décider qu'une nuance est la bonne ", insiste celle qui, à ses heures perdues, se plaît à peindre de petites aquarelles. La couleur, encore et toujours... Lorsqu'elle travaille les textures, en revanche, elle ferme les yeux, pour mieux les ressentir. Sa fierté ? Imaginer des produits " women friendly " qui aident les femmes à " sublimer ce qui les distingue des autres ". Ces jolies différences qui les rendent plus fortes.