Enfant, elle avait déjà cette envie-là - dessiner sans fin, des robes surtout, dans la marge de ses cahiers d'écolière. Elle avait vu un défilé "hyper glam" de Jean-Paul Gaultier à la télé, elle en avait été charmée, ses parents ne lui avaient pas interdit de rêver de mode, son ingénieur de père et sa prof d'éducation physique de mère lui avait donné le feu vert : "Fais ce que tu veux mais fais le bien".
...

Enfant, elle avait déjà cette envie-là - dessiner sans fin, des robes surtout, dans la marge de ses cahiers d'écolière. Elle avait vu un défilé "hyper glam" de Jean-Paul Gaultier à la télé, elle en avait été charmée, ses parents ne lui avaient pas interdit de rêver de mode, son ingénieur de père et sa prof d'éducation physique de mère lui avait donné le feu vert : "Fais ce que tu veux mais fais le bien". Elle avait donc quitté Ath, s'était inscrite à La Cambre Mode(s) à Bruxelles et y avait étudié cinq ans, "d'une traite, sans accroc". Rétroactivement, elle se souvient que ce fut "éprouvant" mais "épanouissant", que la découverte de soi, chemin exigeant, s'accompagnait de l'apprentissage de la technique et qu'elle ne regrette rien, surtout pas ses stages chez Comme des Garçons et Annemie Verbeke. En 2011, diplôme en poche, elle file à Londres et fait ses débuts dans les studios de Alexander McQueen, Victoria Beckham et enfin Roland Mouret où elle devient responsable d'atelier. Le genre d'école où l'on apprend à la dure, elle évoque, sans s'éterniser et encore moins larmoyer, la compétition entre collègues, le travail acharné jusque tard le soir, le temps qui file entre les doigts, la vie privée qui a des airs de peau de chagrin, le gaspillage "choquant" des toiles et "des mètres et de mètres de tissus jetés". Elle les sauve de la poubelle, ne sachant si elle en fera un jour quelque chose ni quoi, peu importe.Et puis il y a deux ans, elle décide de rentrer en Belgique, le compte est bon, il est urgent pour elle de faire un pas de côté - " j'avais besoin de créer à mon rythme et d'avoir une vie à côté ". Elle inspire expire enfin, customise un tee-shirt avec ses tissus magnifiques ramenés de son expérience anglaise - deux manches bouffantes à effet " waow ". Dans la rue, les passantes l'arrêtent, elles veulent le même, ça la fait sourire, elle s'exécute avec joie. Maison Elise est sur les rails - mieux qu'un concept, un nom qui fait un clin d'oeil au monde de la couture, et une exigence enracinée dans le modèle circulaire avec des tee-shirts taille unique en 100% jersey, noir, blanc ou gris, vintage quand c'est possible et pour les manches joliment extravagantes des tissus récupérés dans les stocks de créateurs ou chez "des fabricants de tissus italiens qui proviennent des tests ratés ou des productions annulées". Forcément, ils sont pratiquement uniques, se déclinent en trois manches - bouffante, foulard et plissé et tiennent compte des desiderata de celles qui les porteront. Car Elise Viste a retenu le meilleur de ses années londoniennes où elle était assignée aux essayages chez Dior et Alexander McQueen et où, dans l'intimité de la cabine, elle récoltait les sommes de complexes ancrés chez les femmes, nul besoin d'en dresser la liste. Alors, dans un élan de solidarité et de bienveillance, elle a astucieusement pensé des tops assez longs, pas trop moulants et aux manches couvrantes. Un compte Instagram plus tard, ajouté à ses allées et venues rue Dansaert qu'elle fréquente assidûment puisqu'elle travaille pour la boutique Stijl, autre expérience bienvenue pour comprendre les femmes ses clientes et aussi grâce au confinement, sa Maison Elise rencontre un joli succès. Elle est désormais en vente chez Vêtue à Bruxelles et chez Profiel, à Leuven, elle multiplie les collaborations, avec le label Jill Antwerp notamment qui met à l'honneur le blazer Homme customisé pour les femmes. "Jill Van der Heijden m'a contactée, elle a 21 ans, un processus absolument similaire au mien, elle m'a dit : "on a le même mind, créons une collab' ensemble". J'ai fait des tests, cela a tout de suite fonctionné, comme si chaque blazer attendait sa manche!".Dans son appartement bruxellois transformé en atelier, Elise Viste drape les matières précieuses sur son buste Stockman, rêve déjà à l'hiver en manches de velours et turtleneck. Souvent, elle repense à ce que lui confient les clientes de Stijl, et à ce qu'elles lui partagent aussi - " Je ne pouvais rêver mieux, cela nourrit mon regard et toutes ces femmes stylées qui connaissent la mode belge depuis si longtemps me nourrissent ". Et se réjouit d'avoir trouvé un équilibre, qu'elle compte bien amoureusement protéger - ne pas trop grandir, préserver ce temps précieux qui lui permet de coudre, d'amasser les tissus vintage qui lui plaisent, de les transformer patiemment et d'accompagner chaque top qu'elle emballe soigneusement d'une carte écrite de sa main, " dédiée à la cliente, avec son prénom ". Dieu est dans les détails.maisonelise.be