En janvier dernier, les catwalks, à l'unisson, semblaient bien décidés à faire sortir l'homme de sa zone de confort. Chez Berluti, Dior, Jacquemus, Hermès ou Givenchy, le costume avait repris d'assaut les podiums. Rien à voir pourtant avec le deux-pièces tristounet enfilé pendant des décennies en guise d'uniforme. Plus qu'un retour à la tradition, il fallait voir dans ces modèles colorés, proposés dans des matières délicates et précieuses, l'éloge de la parure et de la flamboyance, revendiqué jusque dans les standards - hoodies, tee-shirts et jogging compris - de la garde-robe masculine. Cet hiver, l'homme allait donc se faire beau, attirer le regard et s'en trouver content. Mais ça, c'était avant que le Covid-19 et les mois de lockdown ne rebattent les cartes de toute une industrie. Et ne changent pour longtemps nos habitudes de vie.
...

En janvier dernier, les catwalks, à l'unisson, semblaient bien décidés à faire sortir l'homme de sa zone de confort. Chez Berluti, Dior, Jacquemus, Hermès ou Givenchy, le costume avait repris d'assaut les podiums. Rien à voir pourtant avec le deux-pièces tristounet enfilé pendant des décennies en guise d'uniforme. Plus qu'un retour à la tradition, il fallait voir dans ces modèles colorés, proposés dans des matières délicates et précieuses, l'éloge de la parure et de la flamboyance, revendiqué jusque dans les standards - hoodies, tee-shirts et jogging compris - de la garde-robe masculine. Cet hiver, l'homme allait donc se faire beau, attirer le regard et s'en trouver content. Mais ça, c'était avant que le Covid-19 et les mois de lockdown ne rebattent les cartes de toute une industrie. Et ne changent pour longtemps nos habitudes de vie. "Le casual wear a certainement encore de beaux jours devant lui, pointe Tim De Jong, acheteur Homme chez Verso, à Anvers. Les pièces les plus formelles étaient déjà difficiles à vendre ces dernières années. Elles étaient réservées aux occasions spéciales comme les mariages ou les soirées. Et cela risque d'être encore plus compliqué maintenant que les gens passent le plus clair de leur temps chez eux. Sans doute achèteront-ils moins... mais ils préféreront une pièce qui fera vraiment la différence. Un vêtement qu'ils choisiront d'abord pour se faire plaisir. Quand on ne sort presque plus, on s'habille pour soi et non plus pour les autres." Alors que les premières pièces de l'automne-hiver prennent avec des semaines de retard le chemin des boutiques et des portails de ventes en ligne, le "costume" qui cartonne n'est pas celui qu'on croit. Star incontestée des réseaux sociaux depuis plus d'une année déjà, le "sweatsuit", pantalon et top assortis en molleton, version casual ou high fashion - comptez plus de 2.000 euros pour celui de Gucci -, a fini par convaincre jusqu'aux plus réticents. Dans le même registre, le pyjama chic et luxueux quitte la sphère intime de la chambre à coucher, comme le démontre en un clin d'oeil le fabricant suédois CDLP dans une campagne mettant en scène le chanteur français, ami de Sofia Coppola, Sébastien Tellier. Face aux écrans d'ordinateurs, les silhouettes d'hommes-troncs défient toutes les lois du stylisme. Débarrassé de toute forme de contrainte sous la taille, le télétravailleur concentre ses efforts sur ses tops et ses vestes. "Avec le flou de plus en plus grand qui s'installe entre travail et vie privée, une fusion intimement liée à l'émergence de la culture du télétravail, le besoin pour de bons basiques n'a jamais été aussi prégnant, confirme Sam Kershaw, directeur des achats chez Mr Porter. Des pièces d'allure un peu bohème - on en trouve chez Loewe, Birdwell ou Aimé Leon Dore - seront parfaites cette saison, elles encapsulent la balance parfaite entre le cool, le net et l'originalité, et c'est dans ce genre de vêtements que les hommes se sentiront à l'aise à l'avenir." Pour nos deux professionnels, une certaine nonchalance assumée dans le look n'est en rien synonyme de laisser-aller. "Dès qu'ils auront à nouveau la possibilité de sortir, les hommes prendront plaisir à s'habiller et à extraire de leurs placards des pièces qui n'ont plus vu la lumière du jour depuis des mois, assure Sam Kershaw. Ils apporteront énormément de soin à leur tenue, en optant pour un luxe subtil et discret. Chaque achat sera réfléchi et chaque vêtement porté dans un but bien précis, même s'il s'agit juste d'assurer lors d'une réunion sur Zoom." Comme le confirme Tim De Jong, ses clients n'ont jamais été les champions des achats plaisir impulsifs, ce qui permet aujourd'hui de limiter la casse en ces temps de shopping sous contrôle. "Cela ne les empêche pas d'être exigeants, insiste-t-il. Ils savent exactement ce qu'ils veulent et viennent chercher " a" pièce qu'ils ont repérée sur les réseaux sociaux. Cette saison, les vêtements et accessoires de la collaboration entre Dior et l'artiste californien Shawn Stussy vont à coup sûr cartonner car ils ne seront disponibles qu'en très petite quantité." La course à la pièce culte est désormais lancée et l'exercice risque d'être encore plus ardu cette année, de nombreuses marques ayant été contraintes de limiter leur production."Nos clients étaient déjà enclins à prendre de la distance par rapport aux tendances trop volatiles, nuance Sam Kershaw. A préférer investir dans des vêtements qui durent plutôt que dans la dernière mode du moment pour se construire de cette manière une garde-robe durable." La crise actuelle ne faisant que renforcer cet état de fait. Tim De Jong mise lui aussi sur la force de vêtements qui permettent facilement d'upgrader son look. "La chemise pourrait faire son come-back comme on a pu l'observer cet été avec le boom des modèles à manches courtes, parie-t-il. Ça a tout de suite un côté plus sophistiqué, idéal pour une visioconférence." Le long manteau en cachemire s'impose aussi comme le meilleur allié de l'hiver à venir. Lui qui s'accommode de tout et apporte tout de suite un supplément de classe au seul costume - le duo legging-sweat à capuche - qui aura survécu au confinement.