Comme le fredonnait Bobby McFerrin, "Don't Worry Be Happy". L'heure est grave, mais personne ne veut d'une mode apocalyptique. L'été qui arrive se dessine donc sur le ton de l'optimisme. Car malgré tout, la vie continue. Celui qui se souciait de son apparence avant la pandémie s'en préoccupe toujours sûrement, même s'il a moins d'occasions de parader en public. Et puis, il y a Instagram et ses filtres pour combler les envies de pavaner.
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Comme le fredonnait Bobby McFerrin, "Don't Worry Be Happy". L'heure est grave, mais personne ne veut d'une mode apocalyptique. L'été qui arrive se dessine donc sur le ton de l'optimisme. Car malgré tout, la vie continue. Celui qui se souciait de son apparence avant la pandémie s'en préoccupe toujours sûrement, même s'il a moins d'occasions de parader en public. Et puis, il y a Instagram et ses filtres pour combler les envies de pavaner. Les collections Homme qui atterrissent actuellement dans les rayons et sur les e-shops ont été, à quelques exceptions près, dévoilées lors des premières Fashion Week entièrement numériques, en juin et juillet 2020 déjà. A l'époque, personne ne savait réellement ce que l'avenir nous réservait. Designers et marques ont dû concevoir leurs collections dans des circonstances difficiles et incertaines. Et se sont improvisés cinéastes, pour imaginer des shows virtuels, tout en cherchant une manière de vendre leurs collections à distance aux acheteurs des boutiques à travers la planète. Certes, comme lors des défilés habituels, tout le monde n'a pas travaillé avec le même budget, des films amateurs côtoyant des super productions. Certains s'en sont même tenus à quelques photos, ce qui est tout aussi bien, et les vidéos les moins pros se sont parfois révélées les plus intenses. Une observation comparable au fait que, les autres années, de petits événements de labels émergents bouleversent plus le public que les spectacles démesurés des grandes griffes de luxe. Dans le calendrier français, Jacquemus était la seule maison à organiser un vrai défilé. Il s'est déroulé dans un champ de blé en dehors de Paris, devant une poignée de spectateurs. Il en a résulté de belles images, mais aussi un contraste: les invités dans le champ, dont l'actrice Isabelle Adjani, ressemblaient beaucoup aux derniers survivants d'un film catastrophe. Ailleurs, le rêve s'est imposé en maître. Walter Van Beirendonck et Miharayasuhiro ont habillé des poupées virtuelles et Doublet nous a offert un ours en peluche géant. Avec son pelage en crochet, la mascotte souhaitait un "Joyeux non-anniversaire" à tout le monde pour célébrer la vie quotidienne. Sunnei, quant à lui, a fait danser la Macarena à cinq avatars, sur des airs joyeux. Parfois, la réalité a toutefois semblé traverser l'écran: Etudes a fait marcher ses modèles dans les rues ensoleillées (mais vides) de Paris, tandis qu'Hermès et Rick Owens nous ont emmenés en direct dans les coulisses d'un défilé classique. Mais c'est la volonté d'inclusion qui a surtout marqué cette Fashion Week masculine dédiée au printemps 21. Lisi Herrebrugh et Rushemy Botter de chez Botter ont ouvert leur film avec un écran noir et ces quelques phrases en voix-off: "En tant que créateurs, nous sommes des rêveurs, et le pouvoir du rêve est de faire croire en la vie. Nous avons tous besoin de croire qu'être unis est possible. Tous unis contre les violences faites à la communauté noire. Contre les violences faites à n'importe quelle communauté. Nous utiliserons Botter comme une arme de paix (...)" La vidéo mettait ensuite en scène le styliste engagé Jenke Ahmed Tailly ainsi que le mannequin Lamine Faty. Il était aussi question de diversité chez Olivier Rousteing, pour Balmain, la chanteuse Yseult interprétant son titre Noir,alors que le créateur affirmait "Je suis moi-même un exemple que le progrès est possible", et que les tops défilaient avec des pièces d'archive de la maison, le tout sur une péniche sillonnant la Seine. Quant à Thom Browne, il a fait entonner l'hymne olympique à Moses Sumney: un Hercule à moitié nu avec un corps taillé comme une sculpture en marbre noir. Quant à Kim Jones de chez Dior, il s'est inspiré des peintures d'un artiste ghanéen, Amoako Boafo, et n'a embauché que des mannequins noirs. S'il faut retenir une présentation toutefois, on gardera celle de Celine, The Dancing Kid, filmée au crépuscule sur le circuit du Castellet, dans le sud de la France, où le créateur Hedi Slimane s'est installé, après plusieurs années d'exil en Californie. Cette collection est une ode à la jeunesse actuelle, largement inspirée des e-boys de TikTok, ces garçons qui crânent sur le réseau social, arborant, empilés, pantalon de jogging, bomber orné de strass, sweat-shirt tie & dye ou anorak à rayures. Dans la mode masculine, le "less is more" est devenu peu à peu "more is more", même si on assiste en même temps à un retour prudent au minimalisme pur. Avec sa vidéo, Hedi Slimane a ainsi sublimé le style de la génération Z... pas vraiment à leur destination, mais pour composer un vestiaire correspondant finalement bien aux attentes des trentenaires et quadras. Finalement, et quelle que soit la manière dont ils furent présentés, tous ces dressings imaginés par des créateurs, à l'époque, confinés, transpirent la joie de vivre: teintes pastel rehaussées çà et là d'une étincelle de jaune fluo - même chez Hermès -, costumes baggy mais élégants et pyjama party au menu de cet été 21. Dehors comme dedans, il sera permis de s'amuser et rêver!