Sport: Taekwondo
...

"Mon histoire avec le taekwondo a commencé d'une façon qui étonne toujours tout le monde: par ma mère. Quand elle était jeune, elle espionnait le club qu'il y avait près de chez elle, au Maroc, mais elle ne pouvait pas en faire par manque de moyens. Elle a alors dit à ma grand-mère: "Mes enfants feront du taekwondo" - et on a tous commencé à l'âge de 3 ans. Je suis passé professionnel à 16 ans, dans les pas de mon grand frère Jaouad, qui est devenu plusieurs fois champion du monde et d'Europe. Il a évidemment joué un grand rôle dans ma carrière, mais quand on combat l'un contre l'autre, on n'est pas des frères, on est des adversaires. La crise de la Covid a compliqué beaucoup de choses, mais pour arriver au top, il faut pouvoir surmonter les déceptions, les frustrations, apprendre à gérer chaque problème qui se présente sur ton chemin - et pas seulement le coronavirus. Il faut donc avoir un bon niveau physique, mais aussi mental, c'est un ensemble. Là, je reviens d'un stage en Serbie, j'avais 10 jours de quarantaine sportive, ça me force à rester concentré sur mon entraînement, et c'est pas plus mal parce que les championnats d'Europe senior arrivent très bientôt. Mes ambitions sont très claires: moi, je pars toujours pour l'or. Simple et efficace. L'adrénaline, la pression de la compète, ça me booste à l'entraînement, et comme ça, quand j'arrive sur le tatami le jour J, je suis relax; je sais que je me suis entraîné en vue de ce moment, je suis prêt.""Quand j'étais ado, j'allais surtout à l'entraînement pour le fun, pour voir des amis. En 2015, j'ai participé à mes premiers championnats du monde chez les scolaires, et c'est devenu plus sérieux. Encore plus en 2017, quand j'ai décidé d'aménager mes études pour les combiner avec le sport de haut niveau. Donc, oui, c'est assez neuf. Ce qu'il s'est passé à Torun, en y repensant, je me dis que c'est lié à certaines séances d'entraînement, notamment celles où j'essayais de faire des 200 m le plus vite possible. En finale, en entamant le dernier tour, je me suis dit: "Allez Elise, fais comme à l'entraînement: tu t'es déjà beaucoup fait mal pendant toutes ces séances, alors maintenant, tu donnes tout, et à la fin, tu pourras t'écrouler." Cette victoire, je ne m'y attendais pas, encore moins avec autant d'avance. Je croyais que les filles étaient prêtes à revenir dans mon dos, j'ai accéléré de peur qu'elles me rattrapent. Ça me met en confiance, je me dis que le travail porte ses fruits. Je serai peut-être plus attendue lors des prochaines courses, mais je cours pour moi, pas pour les autres. Pour le moment, je n'ai pas un planning très précis. Normalement, la prochaine épreuve est prévue le 23 mai à Rabat, puis j'enchaîne avec un bref retour en Belgique, deux dates à Liège et à Eupen, et l'objectif principal, c'est évidemment les jeux Olympiques. Je dois encore me qualifier: soit réaliser le chrono demandé, et pour ça je dois battre mon record d'une grosse seconde, soit faire partie des 45 premiers au ranking mondial, et je suis actuellement dans le top 30. C'est sur la bonne voie, ça devrait passer.""Mon papa était le président du club de voile local d'Ostende. Dès lors, c'était presque une évidence que je fasse de la voile à mon tour. C'est pourquoi nous avons acheté un bateau de seconde main, qui m'a accompagnée dans des compétitions tous les week-ends de mars à novembre. Pour moi, ce n'était rien de plus qu'un hobby jusqu'à ce que nous achetions un bateau Laser Radial. Il s'agit du seul bateau avec lequel vous pouvez accéder aux JO en tant que femme. A l'époque, Evi Van Acker était la championne féminine de voile. Sa coach était à la recherche de jeunes pour s'entraîner avec elle. C'est ainsi que tout s'est accéléré d'un seul coup. L'année des JO est intense; je m'entraîne deux fois par jour. Mais ce n'est pas tout, il y a aussi les analyses vidéo, la physiothérapie et les rendez-vous avec mon coach mental. Au niveau privé, l'année fut également mouvementée. En réalité, mon petit ami habite en Australie, c'est pourquoi nous n'avons pas pu nous voir pendant huit mois. Heureusement, en novembre j'ai eu l'occasion de partir le rejoindre pour trois mois. Il en a profité pour me demander en mariage. Plus récemment, j'ai acheté un appartement et j'apprends le japonais. Mais je ne me fais pas d'illusion, je sais que je ne serai pas bilingue pour les Jeux à Tokyo. Il s'agit plutôt d'une thérapie occupationnelle. Lorsque l'on me décrit comme "l'espoir d'une médaille belge", je réponds toujours: placez vos espoirs sur quelqu'un d'autre. La voile demeure un sport imprévisible, car on dépend de la météo. Dès lors, chaque entraînement, chaque compétition est différente. Si tout se passe bien, je sais que j'ai une chance, car j'ai obtenu de bons résultats à des moments-clés dans le passé. Mais il y a aussi des compétitions où c'était tout le contraire. Tout dépendra de la façon dont je gérerai mes nerfs. Pas seulement le premier jour, mais les six.""J'ai débuté la boxe à 17 ans. J'avais des difficultés à l'école et je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Afin de me garder sur les rails, ma mère m'a conseillé de commencer la boxe. J'avais déjà essayé quelques années auparavant, mais à l'époque, je n'étais pas encore prêt. L'entraînement avait été si dur que je n'avais pas su marcher pendant une semaine et que j'avais abandonné (rires). Cette fois, ça a marché et j'ai été emballé. Il s'est également avéré que j'avais du talent: cette année-là, je suis devenu champion de Belgique parmi les débutants. La boxe m'a sauvé. C'était mon échappatoire. Ce sport m'a apporté discipline et confiance en moi. Il m'a également appris à affronter mes peurs et à gérer les situations compliquées. En soi, ce sont toutes des choses que je peux utiliser en dehors du ring. La boxe m'a également permis de voir le monde. J'ai gagné mon respect, et je peux désormais payer mon loyer grâce à cela. Il y a quelque temps, je n'aurais jamais osé rêver pouvoir vivre un jour de mon sport. En juin, le tournoi de qualification pour les JO aura lieu à Paris, ce n'est qu'à ce moment-là que je saurai si je pars pour Tokyo ou non. Cette attente est une énorme source de stress pour de nombreux boxeurs, alors que cette année supplémentaire m'aura permis de retrouver ma pleine forme. En effet, il y a trois ans, lors d'un match en République tchèque, je me suis cassé la main droite à six endroits. A cause de cela, j'ai été privé d'entraînement pendant presque un an. C'était une période très difficile, tant physiquement que mentalement. Cette blessure aurait pu signer la fin de ma carrière. Avant, j'aurais baissé la tête, mais la boxe m'a appris à persévérer. Désormais, j'ai à nouveau confiance en ma main et en moi-même. L'année dernière, j'ai pu me préparer de manière optimale. Il n'y avait rien d'autre à faire que de boxer. Ces derniers mois, les choses se sont très bien passées. Je n'ai jamais été aussi prêt."