L'impact d'un tel Grand Prix sur une carrière en plein essor dans le milieu de la mode est inestimable. Le gagnant peut compter sur une attention médiatique mondiale, une manne financière de 20.000 euros et une farandole de collaborations intéressantes avec Chanel, Swarovski et Mercedes Benz entre autres. Le festival est aussi une occasion en or de se faire repérer. Outre le jury officiel - avec cette année Jonathan Anderson, Tim Walker et Kaia Gerber - il y a également un jury officieux. En effet presque toutes les grandes maisons de mode envoient leurs découvreurs de talents au festival pour repérer de nouvelle recrue. Voici cinq questions au gagnant belge Tom Van Der Borght.
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L'impact d'un tel Grand Prix sur une carrière en plein essor dans le milieu de la mode est inestimable. Le gagnant peut compter sur une attention médiatique mondiale, une manne financière de 20.000 euros et une farandole de collaborations intéressantes avec Chanel, Swarovski et Mercedes Benz entre autres. Le festival est aussi une occasion en or de se faire repérer. Outre le jury officiel - avec cette année Jonathan Anderson, Tim Walker et Kaia Gerber - il y a également un jury officieux. En effet presque toutes les grandes maisons de mode envoient leurs découvreurs de talents au festival pour repérer de nouvelle recrue. Voici cinq questions au gagnant belge Tom Van Der Borght.Que signifie concrètement ce prix pour vous ?Toute la préparation en amont du festival a déjà été très intéressante. Cette victoire est la cerise sur le gâteau. Je l'avais espéré, mais je ne m'y attendais pas. Un concours de mode est différent d'une course à pied où il est évident que le plus rapide gagne.L'argent sera investi dans ma nouvelle collection. Plus importants encore que cette bourse sont les contacts que j'y ai établis. J'ai des réactions qui viennent de partout. Tim Blanks et Marc Jacobs m'ont félicité, Mario Testino m'a envoyé un courrier pour une collaboration. Je vis soudain sur une autre planète. Je rêve d'un poste de directeur créatif dans une grande maison de couture. J'ai eu des conversations intéressantes avec différentes marques, mais c'est tout ce que je peux dire pour l'instant.Vous êtes connus pour vos collections originales, colorées et inclassables. La mode est-elle un moyen de résister à l'ordre établi ?Je pense qu'il est important qu'une collection de mode ne soit pas qu'une chose éthérée, mais qu'il y ait vraiment un message derrière. Pour cette collection, je suis partie de moi. Je suis homosexuel et je suis né avec une maladie musculaire héréditaire. Même enfant, j'avais du mal à entrer en contact avec les autres et je me considérais comme "différent". C'est le point de départ de cette collection : une célébration de la différence. Je veux briser la notion de ce que devrait être la mode et de qui peut porter quoi, sans pour autant chercher délibérément la provocation.'"Quand j'ai commencé cette collection, je sortais d'une rupture violente. Une période très difficile au cours de laquelle je me suis retrouvée en thérapie pour la première fois de ma vie. C'est à cette époque que beaucoup de gens ont commencé à me confier leurs problèmes personnels. Cela m'a fait réfléchir. N'est-il pas étrange que nous éprouvions des émotions difficiles comme la douleur, la tristesse ou le sentiment de ne pas appartenir à un groupe de manière aussi individuelle ? C'est à cela que je voulais répondre. Ce vêtement est une recherche d'une nouvelle collectivité".Vous avez commencé cette collection avant le confinement et l'avez terminé en pleine crise du coronavirus. Cela a-t-il affecté vos dessins et modèles ?Je pense qu'à travers cette collection, je réponds à une chose qui existe depuis longtemps et que la crise a rendue beaucoup plus palpable: la solitude. Ma collection a pour but de nous faire sortir de ce cocon familier, parfois sombre. Dans ma tête, cela ne se fait pas à la manière d'un papillon qui sort de sa chrysalide léger, beau et élégant; il s'agit plutôt d'un processus lent et progressif, dans lequel on sent clairement le poids sur nos épaules. C'est une façon d'aller de l'avant. Et c'est ce qui compte. A cet égard, mes vêtements sont pleins d'optimisme".Vos vêtements sont parfois décrits comme non genrés. Le concept de mode masculine et féminine est-il obsolète pour vous ?Ma collection est délibérément une collection pour homme. C'est surtout parce que je connais mieux le corps masculin et que j'ai l'habitude de travailler avec lui. Pour moi, la neutralité du genre est quelque chose de complètement différent de l'unisexe, qui est une façon de nier le genre. Je veux explicitement ne pas faire cela. Je veux, par contre, rompre avec le cloisonnement homme-femme et donner aux individus le choix de ce qu'ils portent. Je pense que c'est là que nous devons évoluer en tant que société. Le sexe d'une personne ne doit pas déterminer son parcours de vie ou ses qualités".Je trouve amusant, qu'en 2020, nous soyons toujours tant tenus par des normes et des règles. Lorsque Conner Rousseau se présente au Parlement avec des baskets Balenciaga, tout le pays en parle. Avec mes vêtements, je veux offrir aux gens une alternative, leur montrer quelque chose qu'ils n'attendent pas. La mode crée un filtre entre vous et votre environnement. Une certaine tenue a un impact sur ce que vous ressentez, mais aussi sur la façon dont le monde vous regarde".Lors de la cérémonie de remise des prix, vous avez laissé entendre que vous vouliez réinventer le secteur du luxe. Que voulez-vous dire par là ?Je trouve intéressant de redéfinir un matériau. Par exemple, le plastique est considéré comme mauvais et polluant. Ce n'est pas à cause du matériau lui-même, mais à cause de la façon dont nous, en tant qu'humains, l'utilisons. Dans mes collections, je traduis des matériaux jetables typiques en quelque chose de luxueux que vous contemplez et voulez garder. Par exemple, je travaille avec du plastique jetable et des attaches de câble. Le cuir que j'utilise est en partie fait de peaux de poisson tannées, qui sont normalement considéré comme des déchets. Mon rêve n'a jamais été de produire sept millions de pulls qui serait distribué partout dans le monde. A notre époque, je pense qu'en tant que designer - ou en tant qu'artiste, je flotte un peu entre les deux -, vous êtes obligé de regarder comment vous pouvez travailler de la manière la plus durable possible".