A comme Ajouré

Est-ce un effet du réchauffement climatique? Toujour est-il que les tissus se trouent, s'entaillent, laissent les corps respirer. Cet été, la résille règne, omniprésente, sur les podiums et les découpes géométriques - notamment chez Rick Owens et Sonia Rykiel (photo) - dévoilent avec grâce une partie de l'épiderme des top models. Raison de plus pour ne pas négliger la protection anti-UV, sous peine de vilain camaïeu rougeâtre.
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Est-ce un effet du réchauffement climatique? Toujour est-il que les tissus se trouent, s'entaillent, laissent les corps respirer. Cet été, la résille règne, omniprésente, sur les podiums et les découpes géométriques - notamment chez Rick Owens et Sonia Rykiel (photo) - dévoilent avec grâce une partie de l'épiderme des top models. Raison de plus pour ne pas négliger la protection anti-UV, sous peine de vilain camaïeu rougeâtre. Icône des nineties, le sac-ceinture effectue un retour en force et s'impose en version haut de gamme. Toile, cuir - végan ou pas -, velours matelassé: qu'importe le matériau! Côté style, il se porte de manière traditionnelle, autour de la taille, ou, à l'instar des festivaliers, en travers du torse. Pratique et ludique. De Chanel (1.) à Fendi (2.), en passant par Roberto Cavalli (3.), le short moulant, longtemps synonyme de beaufitude, se retrouve partout. Y compris sur Instagram. Du coup, qui du clan Kardashian-Jenner ou des enseignes de luxe a inspiré l'autre? Le mystère reste entier. Mais une chose est sûre: l'athleisure a encore de beaux jours devant lui. Le durag est un bandana en soie, historiquement porté par les hommes afro-américains, dans le but de protéger leur chevelure, la nuit. Certains l'utilisent également pour sa capacité à créer des ondulations. Devenu ensuite symbole de revendication et arboré fièrement par les rappeurs ainsi que les athlètes noirs, il descend dans les rues, en journée. Désormais, Tom Ford le détourne. Il s'exhibe dès lors aussi sur la tête des femmes - indépendamment de leur carnation -, laissant entrevoir un chignon négligé. Repérée aux Fashion Weeks sur les accessoires, la plume est le détail mode de la saison (photo: Gianvito Rossi). A l'automne-hiver, elle prendra de l'assurance et recouvrira entièrement les robes. 2019 sera duveteux ou ne sera pas - c'est Zizi Jeanmaire qui va être ravie. Longchamp ressuscite l'élément iconique du style Far West et convie à un fantastique voyage spatio-temporel. A cette invitation, les Calamity Jane des temps modernes répondront en citant Shania Twain, reine de la country pop: "Let's go girls!" Jamais la coupe pixie et la boule à zéro n'ont autant eu la cote. En coulisses des défilés (photo: Givenchy), les visagistes ont sabré dans les longueurs des mannequins. Semblant libérées, elles se révèlent, affirment leur look et expriment leur personnalité. Démodé le selfie, passé le shoefie visant ses propres chaussures... place au hairfie, mettant l'accent sur la coiffure. Avis aux influenceurs désirant booster leur nombre d'abonnés: dégainez vos épingles, chouchous et autres pinces papillon, immortalisez votre art capillaire et, finalement, postez le cliché sur les réseaux sociaux - avec le hashtag ad hoc! Dévoilé en 2000, le Saddle bag de Dior - imaginé à l'époque par John Galliano - fut caractéristique des années Carrie Bradshaw. Aujourd'hui, Kim Jones, à la direction artistique des lignes Homme de la maison française, s'est penché sur le sac en forme de selle devenu mythique, le destinant pour la première fois au public masculin. Coup de coeur pour sa version en veau sombre. Les tops qui arpentent le catwalk du créateur japonais sont de véritables poupées punk: cheveux au carré, sommet du crâne rasé et teinture fluo. L'intention se poursuit jusque dans le maquillage: cils et sourcils se retrouvent colorés de la même teinte. Culotté. Ahmad Kontar, retenez bien ce nom. Réfugié syrien, il débarque dans la Ville lumière en 2016, à l'issue d'un périple de deux mois. Repéré à la sortie du métro par un directeur de casting, il accepte de fouler le podium du label berlinois GmbH. Depuis, on l'a aperçu déjeunant au défilé Jacquemus (photo) ou prêtant sa beauté magnétique et son regard troublant aux affiches du festival d'Hyères. Motif animalier par excellence, marqueur de pouvoir et d'indépendance, il n'est pas près de quitter le dressing féminin. A son sujet, Jo Weldon, auteure de Fierce: the History of Leopard Print, résumait, sur CNN: "Sous toutes ses formes - sophistiquée, luxueuse, rebelle, sexy - le léopard est une déclaration. Impossible de l'ignorer, qu'on l'aime ou le déteste. C'est pourquoi il est toujours important dans la culture populaire." La messe est dite. Dorénavant, le jeans se porte en patchwork, constitué de toute la palette de ses différents délavages et colorations. Ses adaptations sont nombreuses et variées: kimono en trompe-l'oeil dans la collection de Missoni, sweat-shirt festif du côté de Coach 1941 et blouson rétro pour Isabel Marant (photo). Derrière ce nom japonisant se cache un doux rose du nuancier Barbie. Plus clair que l'oeillet mais plus foncé que le pastel, il s'agit tout simplement du coloris phare de ce printemps (photo: Sacha). Hommage à Issey Miyake, maître dans le domaine, le plissé s'invite chez Gucci et Valentino. Néanmoins, c'est Olivier Rousteing, D.A. de Balmain, qui l'a rendu vraiment spectaculaire lors de la semaine de la mode parisienne grâce à une réinvention sculpturale - et presque couture - des tuniques de l'Egypte antique. Si Eve s'est laissé séduire par le serpent, les stylistes aussi semblent avoir succombé à la tentation. Star de l'imprimé reptilien, le python envahit le vestiaire Femme. Carrure hyperstructurée sur le runway Celine (1.), épaulettes imposantes chez Balmain et énième déclinaison de l'imprimé Memphis du côté de Louis Vuitton (2.). Décidément, les eighties n'ont pas dit leur dernier mot - et ne le prononceront pas de sitôt. Pour sa dernière collection au poste de directeur de la création de Calvin Klein, le Belge Raf Simons a témoigné son amour au film culte de Steven Spielberg qui a terrorisé les baigneurs de tout âge: Les dents de la mer. En ouverture, une scène du film et la célébrissime bande-son anxiogène de John Williams donnent le ton. Ici et là, un bonnet rouge, des marinières; presque partout, du Néoprène de plongeur. La pièce emblématique de ce défilé reste le pull adoptant le poster du long-métrage, agrémenté du logo de la marque. Audacieuses, sophistiquées, arty, percutantes, avant-gardistes... Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire les nouvelles solaires de Marni. Indispensables des journées ensoleillées, les Spy sont découpées dans des acétates Mazzucchelli - gage de qualité - et se déclinent en quatre tons: havane, bleu gris, rose et rouge. Voir et, surtout, être vue. Semblant posséder le don d'ubiquité, le PVC (alias chlorure de polyvinyle) transparent est la matière tendance de la belle saison. D'après qui? Prada, Valentino, Versace, Christian Louboutin et Fendi (photo). Autant dire tout ce qui compte. Dès lors, les imperméables ne cacheront plus les tenues, les contenus des cabas ne seront plus classés secret défense et les pieds auront l'air de flotter, miraculeusement, dans d'invisibles escarpins. Ainsi soit-il. Ancien fashion faux pas des touristes allemands, les sandales de marche tout confort transcendent les clichés et s'érigent en chaussons de luxe. Cette année, il faudra ajouter l'un ou l'autre surplus militaires à la liste de vos bons plans shopping. En effet, la tendance army et le kaki signent leur come-back. L'état d'urgence a été déclaré du côté de Givenchy, Alberta Ferretti, Dsquared² (photo) et Max Mara où l'uniforme se faisait obligatoire mais pas sectaire pour autant. Des crinières interminables, des headbands, des boléros, des imprimés floraux, des pattes d'ef', des cuissardes et la délicieuse impression d'être à Bethel, un après-midi d'août, il y a cinquante ans déjà (photo: Saint Laurent). Si les sacs à main se font de plus en plus microscopiques - on se souvient de Jacquemus et de son mini-Chiquito: 5,2 cm de longueur et 8,7 cm de hauteur, poignée comprise -, les chapeaux, quant à eux, s'élargissent à vue d'oeil. Enormissimes chez Gareth Pugh (1.) et Valentino (2.), ils recouvrent entièrement, ou presque, le visage de celles qui les portent. Couvre-chefs ombrageant ou masques ultimes? La question reste en suspens, chacun y apportant sa propre interprétation. Cet été, la plus peps des couleurs de l'arc-en-ciel illumine les penderies. Citron, moutarde, bouton d'or, mimosa ou soufre, nul besoin de trancher. Cependant, le total look est une exigence. Et si la météo belge se montre capricieuse, tout est prévu: élégant ciré Marc Jacobs pour des journées maussades; longue robe en satin Balenciaga quand le soleil donne. Petite révolution dans le milieu modeux: Tommy Hilfiger a défilé, pour la première fois, à Paris. Le styliste y a dévoilé sa collaboration avec la chanteuse et actrice Zendaya. La ligne, fabuleusement disco et inclusive, était représentée par des égéries - noires ou métisses - de tous âges et de toutes morphologies. Parmi elles, les éternelles Beverly Johnson, Pat Cleveland et Grace Jones se sont déhanchées sur le dancefloor lumineux, au rythme des classiques de Diana Ross et de Chaka Khan, dans une ambiance digne du Studio 54.