Dans les domaines de la mode et de la beauté plus encore que dans d'autres, un vocable unique peut recouvrir des réalités diamétralement opposées. On ne parle pas seulement du grand écart magistral qu'on observe dans la gamme de prix d'une veste, d'un pull ou d'un bâton de rouge à lèvres. Ou des rémunérations de ceux qui en vivent, la démesure entre les salaires d'un créateur ou d'un make-up artist engagé par une marque de luxe et l'ouvrière d'une usine de Manille ou du Ban...

Dans les domaines de la mode et de la beauté plus encore que dans d'autres, un vocable unique peut recouvrir des réalités diamétralement opposées. On ne parle pas seulement du grand écart magistral qu'on observe dans la gamme de prix d'une veste, d'un pull ou d'un bâton de rouge à lèvres. Ou des rémunérations de ceux qui en vivent, la démesure entre les salaires d'un créateur ou d'un make-up artist engagé par une marque de luxe et l'ouvrière d'une usine de Manille ou du Bangladesh étant une vérité tristement connue. Au-delà même des modèles économiques, c'est de philosophie entrepreneuriale et de valeurs qu'il est ici question. D'un côté du spectre, les 4.000 références et 130 labels du site Zalando, et surtout ses 24 millions d'acheteurs, soit une augmentation de 17% en 2018. De l'autre, la centaine de clientes de haute couture de par le monde, pour une quinzaine de griffes autorisées à porter ce titre prestigieux, moyennant invitation par leurs pairs et respect d'un strict cahier des charges impliquant la confection sur mesure et à la main, dans les ateliers de la maison, et la présentation annuelle de deux collections de minimum 25 silhouettes chacune. Mais si les résultats financiers sont moins volontiers communiqués dans un milieu où l'on aime cultiver la discrétion, la progression est bel et bien réelle également. Avec l'inestimable avantage de vendre aussi du rêve (voir notre portfolio des défilés automne-hiver), ce qui n'a pas de prix... Alors que la plate-forme allemande d'e-fashion annonçait il y a quelques mois son intention de pénétrer le marché de la beauté, avec en ligne de mire un potentiel de croissance alléchant - seuls 5% des produits du secteur sont actuellement commandés online, contre 15% pour l'habillement - les parfums de niche, évoluant en marge des circuits de la grande distribution, sont par ailleurs toujours plus convoités par des géants comme L'Oréal, LVMH, Estée Lauder ou Shiseido. A tel point que, moins de vingt ans après l'apparition de ce segment alternatif, presque tous les acteurs en ont cédé leurs parts à l'industrie traditionnelle, séduits par les montants faramineux proposés par celle-ci. Reste à voir si, comme la couture, ces fragrances-là garderont l'aura de mystère et d'exclusivité qui a fait leur succès...