Pour sûr, son enthousiasme est communicatif. Dès que l'on sert la main de Clémence Mathieu, dans l'entrée du Musée du carnaval et du masque, on ne peut que constater son bonheur d'être là. Large sourire, voix passionnée, flot de paroles ininterrompu : on ressent sa soif de raconter ce lieu qu'elle pilote depuis 18 mois, après y avoir travaillé trois ans comme collaboratrice scientifique. " Nous avons plus de 10 000 pièces qui couvrent des rituels du monde entier, nous annonce-t-elle. Sur la scène ethnographique internationale, on est vraiment reconnu, plus qu'au niveau belge d'ailleurs. On a des demandes du Wereldmuseum à Rotterdam, du Quai Branly à Paris... "
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Pour sûr, son enthousiasme est communicatif. Dès que l'on sert la main de Clémence Mathieu, dans l'entrée du Musée du carnaval et du masque, on ne peut que constater son bonheur d'être là. Large sourire, voix passionnée, flot de paroles ininterrompu : on ressent sa soif de raconter ce lieu qu'elle pilote depuis 18 mois, après y avoir travaillé trois ans comme collaboratrice scientifique. " Nous avons plus de 10 000 pièces qui couvrent des rituels du monde entier, nous annonce-t-elle. Sur la scène ethnographique internationale, on est vraiment reconnu, plus qu'au niveau belge d'ailleurs. On a des demandes du Wereldmuseum à Rotterdam, du Quai Branly à Paris... " Le temps de traverser le dédale d'une expo en démontage et nous voilà dans son lumineux bureau, à l'étage. Par la fenêtre, on aperçoit les toits de Binche, le bâtiment surplombant cette ville dont le carnaval est classé au patrimoine immatériel de l'humanité. " Nous sommes installés dans un édifice du xviiie siècle, sur une colline, ce qui permet d'avoir deux niveaux de stockage, contrôlés en termes d'hygrométrie, sous le rez-de-chaussée. Mais il faudrait un jour climatiser ces espaces. On aimerait aussi s'ouvrir davantage au numérique. Les projets ne manquent pas ", énumère-t-elle, rappelant que l'institution est reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles mais que le monde ne s'est pas fait en un jour. L'avenir de l'endroit semble toutefois en de bonnes mains. Car le pedigree de sa nouvelle directrice parle pour elle. Formée en histoire de l'art à l'ULB, la jeune femme a ensuite réalisé une thèse sur les manoirs de la Renaissance en Hainaut. Après un post-doctorat à Cambridge, elle décidera de quitter la filière académique - " Il me manquait l'aspect intégration dans une équipe, ça me pesait. " C'est ainsi qu'elle aboutira, en 2014, dans la cité des gilles : " C'était un bel hasard : le jury a vu mon côté scientifique et interdisciplinaire. Et j'avais un ancrage hennuyer puisque je suis originaire d'Enghien. " Si au départ, elle ne connaissait pas le carnaval binchois, elle l'adoptera rapidement : " Ailleurs en Belgique, on a l'impression que ce type de célébrations a perdu de sa profondeur. Mais ici, le rituel reste intact et quand on voit cette foule de 300 ou 400 hommes identiques avancer en société, ça prend aux tripes. " Très curieuse de nature, Clémence Mathieu se mettra à lire énormément et s'immergera dans ces rites festifs : " Aujourd'hui, je me rends compte que c'est un patrimoine très riche car il est à la fois matériel et immatériel. Quant à la diversité des cultures, c'est un sujet sans fin. " Pour mieux appréhender le domaine, elle sera aussi amenée à arpenter la planète. " Le Japon m'a beaucoup marquée. J'y ai découvert l'univers fascinant du théâtre Nô, qui entend protéger contre les mauvais esprits, et j'ai rencontré un maître ", confie celle qui a toujours aimé les voyages et la spiritualité. Et qui a épousé un Indien : " Il vient du Cachemire, c'est une région de soufisme, on est plongé dans un autre monde. Les gens sont connectés à eux, à une spiritualité, ils sentent des choses. C'est le maître spirituel de mon compagnon qui nous a mariés. Il est médium et voit en vous comme si vous étiez transparente. Cela m'a vraiment parlé. " Pas question néanmoins pour cette trentenaire de rester tournée vers le passé et ses traditions ancestrales. Elevée dans un milieu artistique, avec une maman céramiste, et elle-même passionnée de sculpture et de photographie argentique, elle entend tourner son musée vers le futur et laisser place à une vision contemporaine du masque, à l'instar de celui sous lequel elle posera devant notre objectif. " C'est une oeuvre de Jean-Marc De Pelsemaeker, conservateur du Centre Albert Marinus à Woluwe-Saint-Lambert. Il a retravaillé ce masque africain avec une peinture phosphorescente et des dessins très fins. Cette réalisation dépoussière le thème et illustre la direction dans laquelle on veut aller, celle de l'ouverture. " Nul doute que cette battante atteindra son but.