Un nom, deux groupes

Tous les Allemands, jusqu'à la chancelière Angela Merkel, ont arpenté leurs rayons au design minimaliste, sûrs d'y trouver les produits les moins chers: plus d'un demi-siècle après avoir révolutionné l'univers de la distribution, Aldi et Lidl dominent toujours insolemment le segment du discount qui représente outre-Rhin plus de 40% de parts de marché, contre moins de 14% en France.

C'est Aldi, le vétéran du secteur, qui a su ancrer cette culture du bas prix dans l'un des pays les plus riches du monde. Lorsque Karl et Theo Albrecht ont repris en 1946 le petit commerce familial ouvert en 1913 à Essen (ouest), ils décident de proposer aux Allemands éprouvés par la guerre une gamme très limitée d'articles à prix cassé en traquant le moindre coût, inventant la recette qui fera leur succès.

La marque Aldi, une contraction de "Albrecht-Diskont", n'apparaît que dans les années 1960, période où les deux frères se sont également divisés le territoire allemand, Karl prenant la tête d'Aldi Sud et Theo d'Aldi Nord, aujourd'hui deux groupes indépendants.

Une dispute sur l'opportunité de vendre des cigarettes dans les magasins Aldi a-t-elle été à l'origine de la scission ? C'est ce que la légende raconte.

Vie de "Yéti"

Lorsque Karl meurt en 2014, à 94 ans, la disparition de celui qui est alors l'homme le plus riche d'Allemagne, n'est rendue publique que cinq jours après son décès, et par la presse. Il n'avait pas fait de réelle apparition publique depuis ... 1953.

"Les Albrecht vivent encore plus retirés que le Yeti", s'était désolé le magazine Forbes, le quotidien Süddeutsche Zeitung décrivant des "milliardaires d'après-guerre spartiates qui comptent leurs trombones".

Autant dire que la guerre des clans qui déchire depuis dix ans les héritiers d'Aldi Nord détonne avec ce culte de la discrétion. Confiée à trois fondations, dans le but de protéger la société, la gestion et la fortune de l'entreprise opposent l'un des fils de Theo Albrecht (mort en 2010) à sa belle-soeur, au style de vie jugé trop flamboyant.

A ce stade, "le conflit ne paraît pas avoir de conséquences sur la gestion opérationnelle du groupe", analyse Stefan Rüschen, professeur en distribution alimentaire à l'université de Heilbronn (sud), qui y voit avant tout "une bataille autour du pouvoir et pour l'argent".

Rivalité planétaire

La querelle familiale n'a ainsi pas empêché Aldi Nord de poursuivre son expansion à l'étranger.

Alors que les parts de marché des deux géants tendent à stagner en Allemagne, voire à être grignotées par les chaînes de supermarché mieux à même de servir une clientèle plus exigeante, l'international est devenu un terrain privilégié de leur rivalité.

A eux deux, Aldi Nord et Aldi Sud sont présents dans près de 20 pays avec une arrivée remarquée en Chine en 2019. Lidl opère dans 32 pays et réalise désormais 2/3 de son chiffres d'affaires à l'étranger. Les ventes du groupe Schwarz, propriétaire de Lidl, en font même le quatrième distributeur mondial derrière trois géants américains, selon le cabinet Deloitte.

L'invisible M. Lidl

Une trajectoire étourdissante pour l'empire Lidl né d'une chaîne familiale de magasins d'alimentation que Dieter Schwarz, le fils du fondateur, a entrepris de moderniser dans les années 1970 en copiant la formule à bas coût inaugurée par Aldi.

Le parallèle entre les deux groupes est d'autant plus saisissant que Dieter Schwarz, régulièrement classé première fortune d'Allemagne et parmi les cinquante plus riches du monde, mène depuis toujours une existence à l'écart de la vie publique.

"Le fantôme de Heilbronn", comme le décrit la presse allemande, réside encore dans cette ville du Bade-Wurtemberg, berceau de l'entreprise familiale. Pas de photo récente, des demandes d'interview systématiquement refusées, le milliardaire est un "mystère", constatait le journal Bild à l'occasion de son 80ème anniversaire, en 2019.

Tous les Allemands, jusqu'à la chancelière Angela Merkel, ont arpenté leurs rayons au design minimaliste, sûrs d'y trouver les produits les moins chers: plus d'un demi-siècle après avoir révolutionné l'univers de la distribution, Aldi et Lidl dominent toujours insolemment le segment du discount qui représente outre-Rhin plus de 40% de parts de marché, contre moins de 14% en France.C'est Aldi, le vétéran du secteur, qui a su ancrer cette culture du bas prix dans l'un des pays les plus riches du monde. Lorsque Karl et Theo Albrecht ont repris en 1946 le petit commerce familial ouvert en 1913 à Essen (ouest), ils décident de proposer aux Allemands éprouvés par la guerre une gamme très limitée d'articles à prix cassé en traquant le moindre coût, inventant la recette qui fera leur succès.La marque Aldi, une contraction de "Albrecht-Diskont", n'apparaît que dans les années 1960, période où les deux frères se sont également divisés le territoire allemand, Karl prenant la tête d'Aldi Sud et Theo d'Aldi Nord, aujourd'hui deux groupes indépendants.Une dispute sur l'opportunité de vendre des cigarettes dans les magasins Aldi a-t-elle été à l'origine de la scission ? C'est ce que la légende raconte.Lorsque Karl meurt en 2014, à 94 ans, la disparition de celui qui est alors l'homme le plus riche d'Allemagne, n'est rendue publique que cinq jours après son décès, et par la presse. Il n'avait pas fait de réelle apparition publique depuis ... 1953. "Les Albrecht vivent encore plus retirés que le Yeti", s'était désolé le magazine Forbes, le quotidien Süddeutsche Zeitung décrivant des "milliardaires d'après-guerre spartiates qui comptent leurs trombones".Autant dire que la guerre des clans qui déchire depuis dix ans les héritiers d'Aldi Nord détonne avec ce culte de la discrétion. Confiée à trois fondations, dans le but de protéger la société, la gestion et la fortune de l'entreprise opposent l'un des fils de Theo Albrecht (mort en 2010) à sa belle-soeur, au style de vie jugé trop flamboyant.A ce stade, "le conflit ne paraît pas avoir de conséquences sur la gestion opérationnelle du groupe", analyse Stefan Rüschen, professeur en distribution alimentaire à l'université de Heilbronn (sud), qui y voit avant tout "une bataille autour du pouvoir et pour l'argent".La querelle familiale n'a ainsi pas empêché Aldi Nord de poursuivre son expansion à l'étranger. Alors que les parts de marché des deux géants tendent à stagner en Allemagne, voire à être grignotées par les chaînes de supermarché mieux à même de servir une clientèle plus exigeante, l'international est devenu un terrain privilégié de leur rivalité.A eux deux, Aldi Nord et Aldi Sud sont présents dans près de 20 pays avec une arrivée remarquée en Chine en 2019. Lidl opère dans 32 pays et réalise désormais 2/3 de son chiffres d'affaires à l'étranger. Les ventes du groupe Schwarz, propriétaire de Lidl, en font même le quatrième distributeur mondial derrière trois géants américains, selon le cabinet Deloitte.Une trajectoire étourdissante pour l'empire Lidl né d'une chaîne familiale de magasins d'alimentation que Dieter Schwarz, le fils du fondateur, a entrepris de moderniser dans les années 1970 en copiant la formule à bas coût inaugurée par Aldi.Le parallèle entre les deux groupes est d'autant plus saisissant que Dieter Schwarz, régulièrement classé première fortune d'Allemagne et parmi les cinquante plus riches du monde, mène depuis toujours une existence à l'écart de la vie publique."Le fantôme de Heilbronn", comme le décrit la presse allemande, réside encore dans cette ville du Bade-Wurtemberg, berceau de l'entreprise familiale. Pas de photo récente, des demandes d'interview systématiquement refusées, le milliardaire est un "mystère", constatait le journal Bild à l'occasion de son 80ème anniversaire, en 2019.