Marie Kondo a beau ne pas être très grande, sa vision du rangement a atteint des hauteurs stratosphériques. Son livre, La magie du rangement, fait l'objet d'un véritable culte depuis sa publication aux États-Unis en 2014. Des millions de personnes ont adopté ses conseils visant à mener une vie plus ordonnée... et plus heureuse.

Mais c'est en réalité l'émission sur Netflix de cette trentenaire, intitulée en français L'art du rangement - et lancée le jour du Nouvel an 2019, au moment où chacun prend ses bonnes résolutions - qui a fait sensation. "J'adore le bazar", proclame Marie Kondo, sourire aux lèvres, en se rendant chez les Américains --flanquée d'interprètes-- afin de les aider à mettre en application sa méthode, baptisée "KonMari".

L'idée est simple: considérer chaque objet un par un, ne garder que ceux qui "procurent de la joie" et leur attribuer une place définie chez soi. A l'issue du processus, les adeptes se retrouvent avec beaucoup moins de biens en leur possession. En gros, on jette presque tout et l'on ne garde que quelques objets choisis avec soin.

Kondo vend donc le désencombrement comme moyen de réduire l'anxiété. Une maison rangée est un esprit ordonné. Et moins nous dépendons des biens matériels, plus nous pouvons profiter de notre vie sans contrainte capitaliste. Il est donc surprenant, pour ne pas dire contradictoire, que la nouvelle gourou du rangement lance son propre webshop. Une boutique en ligne qui pourrait nous pousser à nous retrouver avec des choses dont on n'a pas vraiment besoin, mais qui devrait lui assurer des revenus confortables.

En effet sur son site on trouve désormais des objets de décoration, des savons, des ustensiles de cuisine, des bougies parfumées et une sélection de livres. Les 125 articles au total ont été personnellement approuvés par elle et ont passé avec succès le 'joy check'. Et cette joie se paye, car les objets vendus ne sont pas vraiment donnés : un diapason en cristal à 75 dollars, une paire de chaussons à 206 dollars et un couteau à fromage à 180 dollars. Ou encore une boite à thé à 200 dollars, un pot pour placer ses ustensiles de cuisine à 275 dollars ou une louche en bronze à 96 dollars.

L'annonce a, quoi qu'il en soit, provoqué des ricanements sur la toile au point que Kondo a dû s'en défendre dans les colonnes du Wall Street Journal. Pour elle, sa méthode, qui lui a déjà rapporté près de 8 millions de dollars, ne se base pas tant sur le fait de jeter que de choisir quelques objets "appropriés et significatifs". Toujours selon elle, l'idée d'une boutique en ligne lui serait venue parce que les gens lui demandaient toujours quels étaient les articles dont elle aimait s'entourer.

Dire qu'elle a prêché le vide en déclenchant une frénésie internationale du rangement pour mieux le remplir ensuite serait peut-être une théorie trop complotiste. Tout au plus, elle participe au fait qu'on pousse les gens à dépenser des budgets faramineux dans des bacs de rangements dont l'utilité reste à prouver et qu'elle réussit en outre le tour de force qu'ils soient contents de le faire. C'est tellement vicieux, qu'on pourrait trouver ça beau. Cela devrait surtout nous pousser à être moins crédules face à tout ce qui nous est vanté par les influenceurs. Ou nous motiver à plutôt désencombrer nos flux des réseaux sociaux que nos armoires précise The Independent.