AXELLE DAUWENS


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"Ma qualification pour le Brésil remonte à l'an dernier, ce qui me permet d'avoir l'esprit tranquille. J'ai raté quelques entraînements dernièrement en raison d'une blessure légère mais rien de catastrophique. Les Jeux olympiques ne me stressent pas plus que les championnats du monde, par exemple. Je me sens juste plus impliquée parce que la couverture médiatique est impressionnante. Je vise une place dans le top 12, ce qui serait comparable à ma prestation aux mondiaux. Une place dans le top 8, en finale, ne me paraît pas réaliste. Pour y parvenir, ma performance devrait être de moins de 55 secondes et je n'y suis encore jamais arrivée. Depuis vingt ans, le record belge est de 55,06 secondes, soit une demi-seconde de moins que mon meilleur temps. Je m'entraîne deux fois par jour, six jours sur sept. Je bossais déjà à ce rythme soutenu avant de devenir athlète de haut niveau, quand j'étais encore étudiante. Si je suis là aujourd'hui, c'est grâce à un travail acharné. Le mental joue aussi un rôle capital : j'ai besoin de savoir que j'ai tout fait pour y arriver. Je pense d'ailleurs que je ne serais pas une bonne coéquipière. Etre l'unique responsable de mes performances, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, me convient davantage. La veille d'une compétition, je suis extrêmement stressée. C'est là que j'apprends dans quel couloir je vais courir et à quelle heure. Le jour même, par contre, je suis plutôt calme. Je me lève tôt et j'accomplis un rituel bien précis : je déjeune et je m'accorde un peu de temps libre avant de prendre ma douche. Je ne suis pas superstitieuse mais je remarque quand même que je suis très attachée à respecter cette routine avant de démarrer l'échauffement. Bien entendu, si ce n'est pas possible pour une raison ou une autre, je ne panique pas pour autant. J'ai bien trop les pieds sur terre pour ça !""C'est la deuxième fois que notre équipe va aux Jeux olympiques mais le sentiment général est très différent pour Rio. A Londres, nous étions plus jeunes et peu expérimentés. Nous étions 15e au classement mondial et n'avions pas vraiment d'attentes ; être présents était déjà un rêve en soi. Mais maintenant que nous nous sommes hissés au 5e rang, les choses sont tout autres ! L'espoir de résultats remarquables est bien là. Nous visons une place dans le top 3. Ce ne sera pas simple car des nations comme les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Australie obtiennent toujours de beaux scores dans ce genre de grand tournoi. Nous restons l'outsider et, d'un côté, cela nous permet d'avoir moins de pression sur les épaules. J'ai joué cinq ans dans le championnat néerlandais mais comme il s'agit d'une année olympique et que nous nous voyons deux fois par jour, quatre jours par semaine, avec l'équipe nationale, je suis rentré en Belgique. Le vendredi, on s'entraîne avec notre propre club et le match a lieu le week-end... contre les joueurs qui ont été nos équipiers toute la semaine ! Pour maintenir une certaine motivation, notre coach a instauré une règle : ceux qui perdent doivent nettoyer le matériel les jours suivants. En parallèle de ma carrière sportive, je poursuis un Master en finances à l'université mais cette année, j'ai vraiment peu de temps à consacrer aux cours. J'espère terminer mes études l'an prochain puis partir en programme d'échange à l'étranger. En Espagne par exemple, un pays qui possède aussi un bon championnat de hockey. Je n'ai clairement pas la même vie qu'un autre étudiant : déjà, je ne sors pas autant car je dois être frais sur le terrain le lendemain.""Je suis physiquement et mentalement mieux préparée que pour les Jeux olympiques de Londres. A l'époque, je pensais que cet événement était comparable aux championnats du monde mais la pression est nettement plus forte. Depuis quelques années, je collabore avec un coach mental qui m'apprend à garder mon calme et à visualiser la compétition. Mon point faible est le départ. Je me reprends ensuite et j'assure la seconde partie de la course, ce qui me permet de gagner du terrain. J'essaie désormais de faire le focus sur cet aspect. "Rapushack" est un mot que j'ai inventé avec lui et que je me repasse en boucle avant le départ. Il évoque la rapidité (rap), la force (push) et l'agressivité à adopter au début (shack). Rien que le fait de me répéter ce terme dans ma tête me permet de rester concentrée. J'ai débuté l'athlétisme assez tard, vers l'âge de 15 ans. Enfant, je préférais la danse. Pendant les vacances, j'ai participé à un camp sportif organisé par la commune et c'est là que j'ai été découverte par un entraîneur. Deux ans plus tard, j'ai décroché ma première médaille de bronze européenne, en juniors. A l'époque, je n'aurais jamais pensé que cette activité prendrait une place si importante dans ma vie. Mais je ne regrette pas ce choix une seule seconde. C'est un sport difficile et parfois solitaire. Vous êtes votre propre adversaire et vous n'avez aucune excuse : si vous échouez, c'est uniquement de votre faute. Ce n'est pas évident à gérer. Je suis heureusement bien entourée et comprise par mon compagnon qui a lui-même longtemps été sportif de haut niveau. Nous avons été entraînés pendant des années par le même coach. Il a été contraint de mettre un terme à sa carrière l'an dernier en raison de blessures à répétition." Stylisme : Zoë Hordies / Assistante stylisme : Valerie Koltsidas / Coiffure et maquillage : Ad Van Mierlo, avec Dior / PHOTO : FILIP VAN ROE