L' illustration de mode ? " Une notion assez floue, quelque chose comme la plus petite unité de l'élégance. L'expression à la fois la plus subtile et la plus complexe de l'ensemble du design, de la tendance, du tissu, de la texture, de l'attitude, de la sociologie... " Cette définition, la discipline la doit à l'Espagnole Carmen Garcia Huerta, considérée par les éditions Taschen comme l'un des cent meilleurs illustrateurs du monde, toutes tendances confondues. Et une des rares à vivre actuellement pleinement de ses dessins fashion, qu'ils soient chics et commerciaux, au service des plus grandes marques, ou teintés d'imperfection dans ses productions plus personnelles. D'autant qu'aujourd'hui, son métier semble vivre un nouvel âge d'or, les griffes et la presse se disputant ces artistes au trait si parlant. Une renaissance marquée par les réseaux sociaux et les techniques picturales les plus modernes, après des décennies passées sous le règne de la photographie.
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L' illustration de mode ? " Une notion assez floue, quelque chose comme la plus petite unité de l'élégance. L'expression à la fois la plus subtile et la plus complexe de l'ensemble du design, de la tendance, du tissu, de la texture, de l'attitude, de la sociologie... " Cette définition, la discipline la doit à l'Espagnole Carmen Garcia Huerta, considérée par les éditions Taschen comme l'un des cent meilleurs illustrateurs du monde, toutes tendances confondues. Et une des rares à vivre actuellement pleinement de ses dessins fashion, qu'ils soient chics et commerciaux, au service des plus grandes marques, ou teintés d'imperfection dans ses productions plus personnelles. D'autant qu'aujourd'hui, son métier semble vivre un nouvel âge d'or, les griffes et la presse se disputant ces artistes au trait si parlant. Une renaissance marquée par les réseaux sociaux et les techniques picturales les plus modernes, après des décennies passées sous le règne de la photographie. Aux origines, mode et dessin étaient intimement liés. Dès le XIXe siècle, lorsque Paris s'affirme comme la capitale du style, et que les revues se multiplient, l'illustration est le seul vecteur de communication et de visibilité des créateurs de vêtements ou d'accessoires. Paul Iribe ou Giovanni Boldini seront ainsi les véritables stars du genre au début du XXe, sous un trait forcément Art nouveau. Devenu un véritable art pictural, le secteur aura le vent en poupe durant plusieurs décennies, jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'école française règne alors sur le genre et les magazines tels que Vogue, Harper's Bazaar ou Femina ne jurent plus que par les Erté, René Bouché, René Bouët-Willaumez ou Drian, qui sont parvenus à assimiler les courants artistiques du moment, de l'expressionnisme au surréalisme, qu'ils insufflent dans leurs dessins, voués pour l'essentiel à la haute couture. L'avènement de la photographie mettra un terme, brutal, à ce terreau d'une rare fertilité. Adieu René Bouché, René Gruau ou Paul Iribe ; bonjour Richard Avedon ou Irving Penn. Dans les années 60, les stars de la mise en boîte remplacent brutalement les vedettes à la mine affûtée. Même un certain Andy Warhol préfère laisser tomber le crayon après quelques illustrations dans Glamour... Le dessin de mode se réfugie alors dans la publicité, la lingerie ou les accessoires, en attendant des jours meilleurs. Et il faudra la succession de plusieurs révolutions pour mettre fin, avec l'entame d'un nouveau millénaire, à trente années de monopole. Révolution sociologique d'abord : le dessin s'est féminisé ces dernières années, presque la moitié des auteurs sont désormais des femmes. Technologique ensuite, l'ordinateur ayant ouvert le champ des possibles en matière de graphisme, parallèlement à l'avènement des réseaux sociaux et du " tout-à-la-com' " qui a profondément bouleversé le rapport entre les artistes et le public. Des auteures françaises comme Margaux Motin ou Pénélope Bagieu se sont ainsi d'abord fait remarquer par leurs blogs avant d'être repérées par les labels et enfin, les éditeurs. Aujourd'hui star de la BD française, Pénélope Bagieu a ainsi collaboré, dès 2009, avec Etam pour la création d'une mini-collection de lingerie. Des marques qui trouvent aujourd'hui dans le dessin le meilleur des vecteurs pour faire parler d'elles autour de " leurs valeurs " ou de " leurs univers ", plutôt que par une allusion frontale à leurs produits. A ces changements de paradigmes s'ajoutent aussi un doux mélange des genres, dans lequel votre réseau vaut au moins autant que votre talent, et qui voit les nouveaux illustrateurs se partager sans états d'âme entre presse, marques et travaux personnels, mais toujours avec Instagram ou Facebook comme principales cartes de visite. La Belgique, terre historique de l'illustration et de la bande dessinée, n'est évidemment pas en reste. Dans un pays où la formation au dessin est l'une des plus développées d'Europe et du monde, il n'est que logique de voir apparaître de nombreux illustrateurs, mais surtout de nombreuses illustratrices, bien décidé(e)s à en faire, si pas leur seul métier, la plus importante corde de leur arc. Séverine Piette confirme : " Ça fait quelques années que cette technique est en plein boom dans la presse et le secteur de la mode. C'est évidemment lié aux technologies numériques : c'est devenu assez simple de montrer son travail et d'avoir une visibilité internationale. Etre présent sur Instagram ou Facebook, c'est vraiment le minimum ! Mais la concurrence est rude et c'est souvent les marques qui viennent vous chercher, pas le contraire : elles ont une idée très précise des styles qui peuvent leur correspondre. "La jeune femme fait en tout cas partie de cette légion de " newcomeuses " bruxelloises décidées à poser leur empreinte sur la discipline.