La Cycle for Freedom du premier mai dernier a mobilisé quelques agents de la maréchaussée pour nous encadrer. Plusieurs associations se sont jointes à la parade : on y a vu des t-shirts floqués "Wake-Up", du Collectif Resto Bar Bxl, d'autres encore.

L'ambiance est bon-enfant : individus de tout âge, orientation politique, mais aussi des familles, amis et groupements roulent en criant et chantant leur besoin de liberté, de reconnaissance, de communauté. Dans les rues de Bruxelles au son de la musique les citoyens, collectifs représentatifs et autres se font les porte-voix d'une revendication légitime : être écoutés au moins, à défaut d'être entendus.

Cycle for freedom, le 1er mai 2021 à Bruxelles, Belga Images
Cycle for freedom, le 1er mai 2021 à Bruxelles © Belga Images

Le cortège se lance et bientôt serpente dans Bruxelles. L'organisation a été efficace et honnêtement les policiers qui nous accompagnent font leur travail : protéger les vélocipédistes des voitures, contenir le circuit initial, fluidifier notre passage. Certains le font de bonne grâce (j'ai cru déceler quelques fois des sourires).

Dans les rues de Bruxelles au son de la musique les citoyens, collectifs représentatifs et autres se font les porte-voix d'une revendication légitime : être écoutés au moins, à défaut d'être entendus.

"Liberté ! Liberté !", "La police, avec nous !", et d'autres joyeux quolibets égrènent notre balade. Des badauds se joignent. Excellente ambiance, sentiment d'appartenance et de résonance : nous avons rencontrés beaucoup d'individus à ce rassemblement, mais c'est en amis, en frères, en concitoyens que nous nous sommes quittés. Concitoyens et non plu individus désincarnés atomisés dans des bulles. Ensemble. Légitimes.

Galvanisés, nous sommes portés vers le Bois de la Cambre.

Autre ambiance : 4 autopompes, des rangées entières d'agents vêtus de noir et casqués de blanc, en armure et boucliers, rangs d'oignons bien campés sur leurs pieds. Philippe Close a manifestement tenu promesse, les renforts de la police fédérale sont là, et pas pour conter fleurette.

Cet événement révèle en creux la peur des élus. Se retrancher derrière des mesures sanitaires ne tient plus, a fortiori lorsqu'elles sont utilisées pour réduire voire interdire les possibilités de regroupement et d'échange.

Nous persistons : nous voulons farouchement profiter des derniers rayons de soleil et du lac et des papotes. En chair et en os, loin des écrans. Quand bien même, on ne passe pas à côté de cet étalage des moyens humains et matériels par l'État, qui se fera quelques minutes après et durant toute cette fin d'après-midi démonstration de force, puis débauche de violence gratuite, disproportionnée et aléatoire. Ils appellent ça "l'État de droit", Madame. La démocratie.

La débauche de violence, gratuite bien que certainement très onéreuse[1] (le nombre des agents dépêchés, les moyens matériels, mais aussi - jour férié oblige : salaire double), soulève d'autres questions.

Ce qui se révèle en creux de cet événement, c'est entre autres ceci : la peur des élus. Se retrancher derrière des mesures sanitaires ne tient plus, a fortiori lorsqu'elles sont utilisées pour réduire voire interdire les possibilités de regroupement et d'échange.

Imposer l'ordre à coups de matraques ? Imaginez un pays qui se dit "démocratique", et qui d'un coup confie la direction de tout un pays aux mains du seul ministère de l'Intérieur ?

La police dans le Bois de la Cambre ce n'est pas de la politique, c'est de la communication. On ne gère strictement rien à l'aide de la police qui frappe, gaze, charge. Jamais. Mais ça fait de bonnes images qui, instrumentalisées, viennent justifier les mesures coercitives et restriction des libertés. Cependant la démonstration de force confirme et amplifie la colère contre un fonctionnement inique et totalitaire, et se trompe doublement :

  • En réprimant un rassemblement dans l'espace public, dont l'interdiction sera officiellement déclarée non-recevable, anticonstitutionnelle et donc et illégale
  • En opposant de façon radicale, univoque et irrévocable les citoyens d'un côté - et ce qui personnifie l'autorité étatique de l'autre.

D'où provient ce murmure, qui s'est fait rumeur, puis clameur et manifestation, vis-à-vis des mesures d'encadrement de l'émergence du virus qui nous préoccupe depuis plus de treize mois ?

Les mesures imposées par l'État belge depuis la reconnaissance officielle de l'épidémie au niveau mondial sont injustes, inégalitaires et portent préjudice. Elles partent du présupposé que ceux qui sont payés pour prendre des décisions le font au nom du bien de tous. Au contraire, l'État "silencie" ceux qui s'insurgent des décisions prises sans leur concertation, il prend même des mesures qui divisent et forcent ceux qui souffrent des restrictions illégitimes de libertés à mendier ceux qui devraient spontanément les soutenir. Il s'agit d'une démonstration supplémentaire que le gouvernement estime ne pas devoir rendre de comptes auprès de ceux dont il est pourtant cessé garantir les droits et libertés.

Pour rappel : l'employeur d'un pays n'est pas son gouvernement, mais ses citoyens

La culture, les étudiants, les travailleurs du sexe, les artistes, les soignants, les restaurateurs, les brasseurs, les prestataires de services, le tourisme... tous ces secteurs (et d'autres) ont été considérés[2] sur base de critères hautement discutables, étiquetés comme "non-essentiels", et par là mis au ban du fonctionnement économique et social de ce pays. Cet entêtement est à l'image de la manière dont ce gouvernement (voire : la classe politique) perçoit le monde. Certains, au détriment des autres. Après moi : les mouches.

Belga
© Belga

Comment dès lors condamner le sigle ACAB (All Cops are Bastards). Comment ne pas défendre ce sigle si les forces de l'ordre ne font aucune différence entre des casseurs et des familles ? Des citoyens qui profitent de l'espace public et des gens réduits au silence et désespérés ? Comment ne pas généraliser lorsqu'eux-mêmes refusent d'isoler les fauteurs de troubles mais chargent même des mères aux mains levées en signe de paix?

Cette violence ne peut que vêler une jumelle hideuse. Du coup, quel slogan est le bon : "la police, avec nous !", ou "All Cops are Bastards" ?

L'alternative existe. Elle implique un changement radical, et vu ce que Madame Verlinden nous prépare pour sa loi Pandémie, je doute qu'il s'agisse d'une option envisageable de leur côté. L'alternative implique :

une information vérifiable, indépendante et objectivable

des mesures de bon sens (affirmer que 'le virus qui s'installe avec vous en terrasse mais pas dans le tram qui vous conduit au travail' n'est pas du bon sens) : la protection de la citoyenneté garantie par le respect des lois et du travail parlementaire; la proportionnalité indiscutable des mesures

La nécessaire consultation citoyenne - particulièrement lorsqu'il s'agit de mesures restrictives des libertés - et une proposition immédiate de mesures compensatoires et des limites claires (temporelles entre autres)

Pour rappel : l'employeur d'un pays n'est pas son gouvernement, mais ses citoyens.

Cedric Jamar, Porte-parole du collectif Resto Bar Bruxelles

[1] Questionnement annexe : comment se fait-il que les communes, les Régions, le Fédéral aient tant de difficulté à soutenir des secteurs asséchés de leur fait, alors qu'un budget pour une répression citoyenne peut être débloqué aussi facilement ?

[2] https://www.accg.be/sites/default/files/sectors/accg-tool-liste-des-activites-cruciales-et-des-metiers-essentiels_1.pdf

La Cycle for Freedom du premier mai dernier a mobilisé quelques agents de la maréchaussée pour nous encadrer. Plusieurs associations se sont jointes à la parade : on y a vu des t-shirts floqués "Wake-Up", du Collectif Resto Bar Bxl, d'autres encore. L'ambiance est bon-enfant : individus de tout âge, orientation politique, mais aussi des familles, amis et groupements roulent en criant et chantant leur besoin de liberté, de reconnaissance, de communauté. Dans les rues de Bruxelles au son de la musique les citoyens, collectifs représentatifs et autres se font les porte-voix d'une revendication légitime : être écoutés au moins, à défaut d'être entendus. Le cortège se lance et bientôt serpente dans Bruxelles. L'organisation a été efficace et honnêtement les policiers qui nous accompagnent font leur travail : protéger les vélocipédistes des voitures, contenir le circuit initial, fluidifier notre passage. Certains le font de bonne grâce (j'ai cru déceler quelques fois des sourires). "Liberté ! Liberté !", "La police, avec nous !", et d'autres joyeux quolibets égrènent notre balade. Des badauds se joignent. Excellente ambiance, sentiment d'appartenance et de résonance : nous avons rencontrés beaucoup d'individus à ce rassemblement, mais c'est en amis, en frères, en concitoyens que nous nous sommes quittés. Concitoyens et non plu individus désincarnés atomisés dans des bulles. Ensemble. Légitimes.Galvanisés, nous sommes portés vers le Bois de la Cambre.Autre ambiance : 4 autopompes, des rangées entières d'agents vêtus de noir et casqués de blanc, en armure et boucliers, rangs d'oignons bien campés sur leurs pieds. Philippe Close a manifestement tenu promesse, les renforts de la police fédérale sont là, et pas pour conter fleurette. Nous persistons : nous voulons farouchement profiter des derniers rayons de soleil et du lac et des papotes. En chair et en os, loin des écrans. Quand bien même, on ne passe pas à côté de cet étalage des moyens humains et matériels par l'État, qui se fera quelques minutes après et durant toute cette fin d'après-midi démonstration de force, puis débauche de violence gratuite, disproportionnée et aléatoire. Ils appellent ça "l'État de droit", Madame. La démocratie.La débauche de violence, gratuite bien que certainement très onéreuse[1] (le nombre des agents dépêchés, les moyens matériels, mais aussi - jour férié oblige : salaire double), soulève d'autres questions.Ce qui se révèle en creux de cet événement, c'est entre autres ceci : la peur des élus. Se retrancher derrière des mesures sanitaires ne tient plus, a fortiori lorsqu'elles sont utilisées pour réduire voire interdire les possibilités de regroupement et d'échange.Imposer l'ordre à coups de matraques ? Imaginez un pays qui se dit "démocratique", et qui d'un coup confie la direction de tout un pays aux mains du seul ministère de l'Intérieur ? La police dans le Bois de la Cambre ce n'est pas de la politique, c'est de la communication. On ne gère strictement rien à l'aide de la police qui frappe, gaze, charge. Jamais. Mais ça fait de bonnes images qui, instrumentalisées, viennent justifier les mesures coercitives et restriction des libertés. Cependant la démonstration de force confirme et amplifie la colère contre un fonctionnement inique et totalitaire, et se trompe doublement : D'où provient ce murmure, qui s'est fait rumeur, puis clameur et manifestation, vis-à-vis des mesures d'encadrement de l'émergence du virus qui nous préoccupe depuis plus de treize mois ?Les mesures imposées par l'État belge depuis la reconnaissance officielle de l'épidémie au niveau mondial sont injustes, inégalitaires et portent préjudice. Elles partent du présupposé que ceux qui sont payés pour prendre des décisions le font au nom du bien de tous. Au contraire, l'État "silencie" ceux qui s'insurgent des décisions prises sans leur concertation, il prend même des mesures qui divisent et forcent ceux qui souffrent des restrictions illégitimes de libertés à mendier ceux qui devraient spontanément les soutenir. Il s'agit d'une démonstration supplémentaire que le gouvernement estime ne pas devoir rendre de comptes auprès de ceux dont il est pourtant cessé garantir les droits et libertés. La culture, les étudiants, les travailleurs du sexe, les artistes, les soignants, les restaurateurs, les brasseurs, les prestataires de services, le tourisme... tous ces secteurs (et d'autres) ont été considérés[2] sur base de critères hautement discutables, étiquetés comme "non-essentiels", et par là mis au ban du fonctionnement économique et social de ce pays. Cet entêtement est à l'image de la manière dont ce gouvernement (voire : la classe politique) perçoit le monde. Certains, au détriment des autres. Après moi : les mouches.Comment dès lors condamner le sigle ACAB (All Cops are Bastards). Comment ne pas défendre ce sigle si les forces de l'ordre ne font aucune différence entre des casseurs et des familles ? Des citoyens qui profitent de l'espace public et des gens réduits au silence et désespérés ? Comment ne pas généraliser lorsqu'eux-mêmes refusent d'isoler les fauteurs de troubles mais chargent même des mères aux mains levées en signe de paix?Cette violence ne peut que vêler une jumelle hideuse. Du coup, quel slogan est le bon : "la police, avec nous !", ou "All Cops are Bastards" ? L'alternative existe. Elle implique un changement radical, et vu ce que Madame Verlinden nous prépare pour sa loi Pandémie, je doute qu'il s'agisse d'une option envisageable de leur côté. L'alternative implique : une information vérifiable, indépendante et objectivabledes mesures de bon sens (affirmer que 'le virus qui s'installe avec vous en terrasse mais pas dans le tram qui vous conduit au travail' n'est pas du bon sens) : la protection de la citoyenneté garantie par le respect des lois et du travail parlementaire; la proportionnalité indiscutable des mesuresLa nécessaire consultation citoyenne - particulièrement lorsqu'il s'agit de mesures restrictives des libertés - et une proposition immédiate de mesures compensatoires et des limites claires (temporelles entre autres)Pour rappel : l'employeur d'un pays n'est pas son gouvernement, mais ses citoyens.Cedric Jamar, Porte-parole du collectif Resto Bar Bruxelles