Les stars lyriques sur les réseaux sociaux, ce n'est pas nouveau. Mais Anna Netrebko, 47 ans, est de loin l'une des plus actives et aussi celle qui, au-delà d'une pose ou de la promotion d'un album, dévoile autant de détails sur son quotidien, notamment à ses 480.000 abonnés sur Instagram (plus que Placido Domingo, qui a toutefois plus de followers sur Twitter).

On peut y suivre une répétition à Salzbourg, mais aussi découvrir son dernier chapeau signé d'une maison de luxe britannique, son fils Tiago préparant une pizza, sa dernière escapade à la plage, et ses recettes de haricots noirs au porc ou de risotto au radis.

- "Show-off" à l'opéra? -

"Je ne montre pas ma vraie vie, mes opinions, mes soucis. Ce que vous voyez ce sont juste des photos de ce que je vois autour de moi", affirme la soprano dans un entretien à l'AFP mené en juin en prévision d'un concert initialement prévu le mois suivant avec son mari ténor Yusif Eyvazov aux Chorégies d'Orange, finalement annulé sans trop d'explications. Sa prochaine apparition dans l'Hexagone devra attendre 2020, à l'Opéra Bastille et à l'Opéra de Bordeaux.

"Je documente ce que je fais pour moi-même, pas pour autrui", ajoute l'artiste qui a derrière elle 25 ans de carrière et que s'arrachent les plus grands théâtres au monde.

Née en 1971 à Krasnodar dans le sud de la Russie, celle qui a été surnommée "la nouvelle Callas" a eu des débuts difficiles au théâtre Mariinski où elle lavait les planchers quand elle était étudiante au conservatoire pour subvenir à ses besoins, avant d'être révélée par le chef d'orchestre Valery Gergiev, le tsar de la musique en Russie.

Si elle est accro aux réseaux sociaux, la soprano connue aussi bien pour l'amplitude de sa voix que pour son sens de l'interprétation, est un rien sceptique sur la qualité des performances de certains de ses pairs via les écrans.

"Le nombre de grands chanteurs, le nombre de grandes productions et l'intérêt pour l'opéra est plus important qu'avant... c'est partout, grâce à internet : c'est positif", dit-elle dans l'entretien mené à Vienne, où elle vit depuis des années (elle a la double nationalité russe et autrichienne).

"Mais aujourd'hui, on est un peu dans la facilité, dans le +show off+. Il y a de très beaux et jeunes chanteurs qui peuvent danser et jouer dans un opéra mais tous ne peuvent pas chanter dans un grand théâtre. Les microphones, la télévision ne montrent pas l'étendue de la voix", ajoute Mme Netrebko, qui regrette "l'entraînement vocal un peu vieille école".

"C'est un job difficile, ce sont de longues heures de préparation, il faut avoir de l'endurance".

Adulée, elle a eu son lot de controverses.

En 2014, elle a remis un chèque d'un million de roubles (environ 15.000 euros) au séparatiste ukrainien Oleg Tsarev, expliquant vouloir soutenir l'Opéra de Donetsk auquel l'Ukraine a coupé tous ses financements.

- "Un miracle d'artiste" -

"Même si je ne veux pas faire de la politique, on essaie de m'impliquer dedans", dit-elle à l'AFP.

En 2017 et récemment en juin, pour le rôle d'Aida de Verdi, c'est le énième scandale de "blackface": elle est critiquée pour avoir grimé son visage en noir --pratique courante dans certains opéras pour interpréter les personnages de couleur, de plus en plus décriée.

En 2018, en pleine vague #MeToo, elle doit rétropédaler après des déclarations controversées sur les victimes de harcèlement.

Malgré tout, elle reste aux yeux de beaucoup l'une des rares divas au monde, évoluant du bel canto aux rôles plus dramatiques comme la Tosca de Puccini.

"Elle est la plus grande chanteuse de sa génération et l'évolution de sa voix est un incroyable et très rare voyage artistique", affirme à l'AFP Peter Gelb, directeur du Met. "C'est un miracle d'artiste".