C'est un précepte très parisien. Ne jamais sacrifier l'intelligence et le goût du verbe sur l'autel du chic et de la féminité. Laure Adler, svelte silhouette d'adolescente, dressing easy cool flirtant avec ce qu'il faut de rock'n'roll attitude, est une égérie tendance " Normal Sup' by The Kooples ". Un co-branding très germanopratin qui laisse un rien perplexe celles et ceux qui ne sont pas nés dans le vie arrondissement. On pourra rétorquer que la sexagénaire, à la fois journaliste (L'Heure bleue, sur France Inter), biographe, écrivaine, ancienne conseillère à la culture du président Mitterrand, ex-dirigeante de France Culture, a grandi en Afrique - son père était ingénieur agronome en Guinée - avant de revenir à 17 ans, l'année du bac, en France. C'était juste avant le grand chambardement de Mai 68 qui la chamboule...

C'est un précepte très parisien. Ne jamais sacrifier l'intelligence et le goût du verbe sur l'autel du chic et de la féminité. Laure Adler, svelte silhouette d'adolescente, dressing easy cool flirtant avec ce qu'il faut de rock'n'roll attitude, est une égérie tendance " Normal Sup' by The Kooples ". Un co-branding très germanopratin qui laisse un rien perplexe celles et ceux qui ne sont pas nés dans le vie arrondissement. On pourra rétorquer que la sexagénaire, à la fois journaliste (L'Heure bleue, sur France Inter), biographe, écrivaine, ancienne conseillère à la culture du président Mitterrand, ex-dirigeante de France Culture, a grandi en Afrique - son père était ingénieur agronome en Guinée - avant de revenir à 17 ans, l'année du bac, en France. C'était juste avant le grand chambardement de Mai 68 qui la chamboulera à jamais. Son dernier livre, Dictionnaire intime des femmes, porte en creux et en relief cet héritage-là. Sartre vendant dans la rue La cause du peuple, Deleuze philosophant à Vincennes devant un parterre d'ouvriers et d'étudiants chevelus, la troupe du Living Theatre se déshabillant au milieu des spectateurs indignés du Festival d'Avignon : tous ces instantanés, ô combien célèbres, elle les a vécus en direct. Sa dette est immense à l'égard des figures qui lui ont ouvert la voie. Le mot admiration revient souvent dans sa bouche. Et plus encore envers les femmes qui se sont battues pour l'abolition des lois sur l'avortement et la contraception libre. Laure Adler, qui a écrit quantité d'ouvrages sur l'engagement au féminin, a été militante au MLF, au tournant des années 70. Elle s'en réjouit. Elle distribuait des tracts le dimanche sur les marchés et se faisait injurier. Le combat n'est pas fini. Depuis les révélations de l'affaire Weinstein, les journalistes se tournent spontanément vers elle. A-t-elle été victime de harcèlement ? " Oui, oui, oui, martèle-t-elle. La cause des femmes recule. " Elle s'en inquiète. " Demandez à la génération de mes filles si elles se disent féministes, s'insurgeait-elle en 2016 dans La dépêche du midi. Elles pensent que le féminisme est intégré à nos moeurs alors qu'il ne l'est pas. " Son récent abécédaire fait la part aux belles et rebelles, de Lou Andreas-Salomé à Chantal Akerman. Rien ne la charme plus que les jolies héroïnes au regard mélancolique qui savent dire " non ". Elle est ravie que sur les billets de 10 livres britanniques, on ait troqué Charles Darwin contre Jane Austen. Elle se reconnaît dans ces insoumises qui ont mené leur vie comme elles l'entendent. Surtout si l'intellectuelle se révèle aussi grande amoureuse. Laure Clauzet, son nom de jeune fille, a toujours été romanesque. A 18 ans, elle s'enfuit du domicile familial, parcourt de nuit 400 kilomètres en auto-stop pour regagner Paris. L'homme qui l'attend et qu'elle aime est un ethnologue, marié, père de famille. Elle l'a rencontré dans un kibboutz en Israël. Le coup de foudre qu'elle appelait de ses voeux. Alfred Adler devient son mari, deux ans après, elle est enceinte. Elle mène de front les biberons, les études en philosophie et les petits boulots. Elle ne s'est jamais ménagée et ne ménage pas grand monde. " Peu de femmes peuvent se vanter de provoquer autant de haines dans le monde parisien ", écrivait à son propos Philippe Lançon dans Libération, en 1996. Vingt ans plus tard, sa réputation de papesse arrogante n'a pas pris une ride... Intransigeante avec les autres autant qu'avec elle-même. Toutes griffes dehors. La panthère, était le surnom de Françoise Giroud. Encore une de ses idoles. Par ANTOINE MORENO