Mercredi soir en rentrant chez elle, Zoubida Jellab est témoin d'un incident violent : une jeune femme se fait agresser verbalement par deux hommes. L'échevine s'est interposée, seule témoin à réagir face à la violence des agresseurs. Ce témoignage relance le débat sur le problème sociétal du harcèlement sexuel, et l'effet de groupe qui empêche les gens de réagir lorsqu'ils sont témoins.

Intervenir dans le tram pour défendre une jeune fille qui se faisait insulter par deux ignobles gars de pute, ta mère la...

Geplaatst door Zoubida Jellab op Woensdag 12 februari 2020

Depuis l'introduction de la loi contre le sexisme en 2014, chaque acte méprisant une personne ou visant à la rendre inférieure à cause de son genre est punissable par la loi. Celle-ci reconnait les agressions et le harcèlement sexuel comme des problèmes structurels qui affectent notre société. Toutefois, cette problématique n'est pas suffisamment mise en avant. Se faire toucher les fesses dans le bus ou recevoir des remarques sexuelles et sexistes dans la rue sont des situations quotidiennes qui, bien que punissables par la loi, restent sous-estimées par la sphère publique et politique.

Se faire toucher les fesses dans le bus ou recevoir des remarques sexuelles et sexistes dans la rue sont des situations quotidiennes qui, bien que punissables par la loi, restent sous-estimées par la sphère publique et politique

Les agressions et le harcèlement sexuels restent une problématique sous-estimée

Quand quelqu'un nous insulte de "salope" "pute" ou "fils de pute" ... etc dans la rue, ne devrions-nous pas simplement l'ignorer ? Non ! Commentaires sexuels et sexistes, contacts non désirés, regards insistants : tout cela relève du champ d'application de la loi contre le sexisme. Derrière ces comportements se cache l'idée que les femmes et leur corps font partie du domaine public et qu'elles peuvent être jugées et touchées librement. Une telle objectification est fondamentalement néfaste pour notre société.

94% des actes de harcèlement sexuel ne font pas l'objet de plaintes

91% des filles à Bruxelles, Anvers et Charleroi (âgées de 15 à 24 ans) et 28% des garçons ont déjà été victimes de harcèlement sexuel

Pour déterminer les sanctions et les mesures préventives appropriées, il est essentiel d'avoir une vision claire de l'ampleur réelle du problème. Cela reste difficile puisque peu de personnes font la démarche de déposer plainte après une agression. Les recherches de Plan International Belgique dans le cadre de son opération Safer Cities montrent que 91% des filles à Bruxelles, Anvers et Charleroi (âgées de 15 à 24 ans) et 28% des garçons ont déjà été victimes de harcèlement sexuel. Toutefois, seulement 6% des victimes déclarent avoir déposé plainte au moment des faits.

Il existe une trop grande tolérance envers le harcèlement sexuel

Ce qui fait donc qu'à l'heure actuelle, la Belgique a une zone d'ombre importante puisque pas moins de 94% des cas de harcèlement sexuel restent non recensés. Ce taux est supérieur à celui de l'Espagne, du Pérou, de l'Inde, de l'Ouganda et de l'Australie, par exemple. Ces pays, dans lesquels Plan International développe également l'opération Safer Cities, révèlent que 9% des 14 500 jeunes qui avaient répondu à l'enquête ont porté plainte.

Oui, siffler quelqu'un.e dans la rue est punissable par la loi !

Les politiques belges sont encore trop peu conscients de l'ampleur et de la gravité du phénomène, mais cela semble être également le cas pour le reste de la population. En effet, l'enquête menée par Plan International Belgique démontre également que trop peu de personnes peuvent définir ce qu'est le harcèlement sexuel.

Bien que la notion de harcèlement sexuel soit clairement définie par la loi comme chaque "geste ou comportement [...] qui a manifestement pour objet d'exprimer un mépris à l'égard d'une personne, en raison de son appartenance sexuelle, ou de la considérer, pour la même raison, comme inférieure ou comme réduite essentiellement à sa dimension sexuelle et qui entraîne une atteinte grave à sa dignité", certains actes restent sous-estimés par l'opinion publique.

De manière générale, il existe une tolérance trop importante en ce qui concerne les formes d'intimidation non physiques

Alors qu'une grande majorité des jeunes considère les agressions physiques telles que les attouchements (83%) ou les rapports sexuels non consentis (81%) comme étant effectivement du harcèlement sexuel, certaines autres agressions considérées comme "moins intrusives" - les regards persistants (30%), crier après quelqu'un.e (32%), ou siffler quelqu'un.e (37%) -, sont souvent identifiées à tort comme n'étant pas du harcèlement sexuel.

De manière générale, il existe une tolérance trop importante en ce qui concerne les formes d'intimidation non physiques. Malgré la définition claire du harcèlement dans le Code pénal, certaines agressions restent encore trop souvent impunies. Ce qui fait que, régulièrement, les formes verbales et non physiques de harcèlement sexuel ne sont pas prises en considération ou, dans certains cas, sont prises à la rigolade ou qualifiées de "totalement normales" ou "bien intentionnées". Ce qui est totalement inacceptable. Le harcèlement sexuel - qu'il soit physique ou moral - a des conséquences durables sur les victimes et contribue à créer une atmosphère d'insécurité dans l'espace public.

De plus, cette attitude pousse les victimes de harcèlement à ne pas déposer plainte de peur de ne pas être prises au sérieux, de ne pas avoir de suite à leur plainte ou encore parce qu'elles ne sont simplement pas au courant de la possibilité de porter plainte pour de tels actes.

La nécessité de changement

Les jeunes du monde entier ayant participé au programme Safer Cities ont formulé des propositions pour que la lutte contre le harcèlement sexuel soit plus efficace :

  • Rendre la définition du harcèlement sexuel et le centre d'appel d'aide gratuit (107) plus connus du grand public
  • Sensibiliser les témoins de harcèlement sexuel pour qu'ils.elles puissent réagir adéquatement
  • Renforcer les compétences et sensibiliser les agent.e.s de polices et agent.e.s des transports publics pour qu'ils.elles puissent apporter une meilleure aide aux victimes
  • Identifier les problèmes et les solutions

Safer Cities : une plateforme digitale à Bruxelles, Charleroi et Anvers

Face à des incidents comme celui rapporté par Zoubida Jellab, Plan International Belgique a décidé de s'engager plus fort dans la lutte contre le harcèlement sexuel. Pour déterminer l'ampleur concrète du problème et interroger les jeunes de Belgique sur les solutions qu'ils.elles pensent être les plus appropriées, l'ONG a lancé la plateforme numérique Safer Cities. Sur cette plateforme, les jeunes, et en particulier les filles, peuvent identifier les endroits à Bruxelles, Charleroi et Anvers où ils.elles se sentent en sécurité ou non, ainsi que des endroits où ils.elles ont vécu une agression sexuelle. Depuis le lancement de la plateforme, plus de 600 lieux ont déjà été signalés en Belgique.

Les témoignages et expériences seront analysés et contribueront à la rédaction d'un rapport sur les expériences des jeunes, et plus particulièrement des filles, en matière de harcèlement sexuel. Une fois les données collectées, Plan International Belgique les présentera, avec l'aide des jeunes eux-mêmes, aux autorités locales (à Bruxelles, Charleroi et Anvers) ainsi qu'aux organisations du secteur en vue de proposer des solutions adaptées à chaque ville pour lutter efficacement contre le harcèlement sexuel.

Wouter Stes

Advocacy Coordinator chez Plan International Belgique

Mercredi soir en rentrant chez elle, Zoubida Jellab est témoin d'un incident violent : une jeune femme se fait agresser verbalement par deux hommes. L'échevine s'est interposée, seule témoin à réagir face à la violence des agresseurs. Ce témoignage relance le débat sur le problème sociétal du harcèlement sexuel, et l'effet de groupe qui empêche les gens de réagir lorsqu'ils sont témoins. Depuis l'introduction de la loi contre le sexisme en 2014, chaque acte méprisant une personne ou visant à la rendre inférieure à cause de son genre est punissable par la loi. Celle-ci reconnait les agressions et le harcèlement sexuel comme des problèmes structurels qui affectent notre société. Toutefois, cette problématique n'est pas suffisamment mise en avant. Se faire toucher les fesses dans le bus ou recevoir des remarques sexuelles et sexistes dans la rue sont des situations quotidiennes qui, bien que punissables par la loi, restent sous-estimées par la sphère publique et politique.Les agressions et le harcèlement sexuels restent une problématique sous-estiméeQuand quelqu'un nous insulte de "salope" "pute" ou "fils de pute" ... etc dans la rue, ne devrions-nous pas simplement l'ignorer ? Non ! Commentaires sexuels et sexistes, contacts non désirés, regards insistants : tout cela relève du champ d'application de la loi contre le sexisme. Derrière ces comportements se cache l'idée que les femmes et leur corps font partie du domaine public et qu'elles peuvent être jugées et touchées librement. Une telle objectification est fondamentalement néfaste pour notre société.94% des actes de harcèlement sexuel ne font pas l'objet de plaintesPour déterminer les sanctions et les mesures préventives appropriées, il est essentiel d'avoir une vision claire de l'ampleur réelle du problème. Cela reste difficile puisque peu de personnes font la démarche de déposer plainte après une agression. Les recherches de Plan International Belgique dans le cadre de son opération Safer Cities montrent que 91% des filles à Bruxelles, Anvers et Charleroi (âgées de 15 à 24 ans) et 28% des garçons ont déjà été victimes de harcèlement sexuel. Toutefois, seulement 6% des victimes déclarent avoir déposé plainte au moment des faits.Il existe une trop grande tolérance envers le harcèlement sexuelCe qui fait donc qu'à l'heure actuelle, la Belgique a une zone d'ombre importante puisque pas moins de 94% des cas de harcèlement sexuel restent non recensés. Ce taux est supérieur à celui de l'Espagne, du Pérou, de l'Inde, de l'Ouganda et de l'Australie, par exemple. Ces pays, dans lesquels Plan International développe également l'opération Safer Cities, révèlent que 9% des 14 500 jeunes qui avaient répondu à l'enquête ont porté plainte.Oui, siffler quelqu'un.e dans la rue est punissable par la loi !Les politiques belges sont encore trop peu conscients de l'ampleur et de la gravité du phénomène, mais cela semble être également le cas pour le reste de la population. En effet, l'enquête menée par Plan International Belgique démontre également que trop peu de personnes peuvent définir ce qu'est le harcèlement sexuel.Bien que la notion de harcèlement sexuel soit clairement définie par la loi comme chaque "geste ou comportement [...] qui a manifestement pour objet d'exprimer un mépris à l'égard d'une personne, en raison de son appartenance sexuelle, ou de la considérer, pour la même raison, comme inférieure ou comme réduite essentiellement à sa dimension sexuelle et qui entraîne une atteinte grave à sa dignité", certains actes restent sous-estimés par l'opinion publique.Alors qu'une grande majorité des jeunes considère les agressions physiques telles que les attouchements (83%) ou les rapports sexuels non consentis (81%) comme étant effectivement du harcèlement sexuel, certaines autres agressions considérées comme "moins intrusives" - les regards persistants (30%), crier après quelqu'un.e (32%), ou siffler quelqu'un.e (37%) -, sont souvent identifiées à tort comme n'étant pas du harcèlement sexuel.De manière générale, il existe une tolérance trop importante en ce qui concerne les formes d'intimidation non physiques. Malgré la définition claire du harcèlement dans le Code pénal, certaines agressions restent encore trop souvent impunies. Ce qui fait que, régulièrement, les formes verbales et non physiques de harcèlement sexuel ne sont pas prises en considération ou, dans certains cas, sont prises à la rigolade ou qualifiées de "totalement normales" ou "bien intentionnées". Ce qui est totalement inacceptable. Le harcèlement sexuel - qu'il soit physique ou moral - a des conséquences durables sur les victimes et contribue à créer une atmosphère d'insécurité dans l'espace public. De plus, cette attitude pousse les victimes de harcèlement à ne pas déposer plainte de peur de ne pas être prises au sérieux, de ne pas avoir de suite à leur plainte ou encore parce qu'elles ne sont simplement pas au courant de la possibilité de porter plainte pour de tels actes.La nécessité de changementLes jeunes du monde entier ayant participé au programme Safer Cities ont formulé des propositions pour que la lutte contre le harcèlement sexuel soit plus efficace :Safer Cities : une plateforme digitale à Bruxelles, Charleroi et Anvers Face à des incidents comme celui rapporté par Zoubida Jellab, Plan International Belgique a décidé de s'engager plus fort dans la lutte contre le harcèlement sexuel. Pour déterminer l'ampleur concrète du problème et interroger les jeunes de Belgique sur les solutions qu'ils.elles pensent être les plus appropriées, l'ONG a lancé la plateforme numérique Safer Cities. Sur cette plateforme, les jeunes, et en particulier les filles, peuvent identifier les endroits à Bruxelles, Charleroi et Anvers où ils.elles se sentent en sécurité ou non, ainsi que des endroits où ils.elles ont vécu une agression sexuelle. Depuis le lancement de la plateforme, plus de 600 lieux ont déjà été signalés en Belgique.Les témoignages et expériences seront analysés et contribueront à la rédaction d'un rapport sur les expériences des jeunes, et plus particulièrement des filles, en matière de harcèlement sexuel. Une fois les données collectées, Plan International Belgique les présentera, avec l'aide des jeunes eux-mêmes, aux autorités locales (à Bruxelles, Charleroi et Anvers) ainsi qu'aux organisations du secteur en vue de proposer des solutions adaptées à chaque ville pour lutter efficacement contre le harcèlement sexuel.Wouter StesAdvocacy Coordinator chez Plan International Belgique