Un peu de soul, un brin de pop, une touche de reggae, des refrains souriants et un groove entêtant : c'est en début d'année qu'est arrivée la future bande-son de cet été, suggérée par un artiste qui a eu raison de voir plus loin que l'horizon. Beautiful Sunrise n'est pas seulement un album, c'est aussi une escapade à travers les terres et les souvenirs qui ont tracé les trente-quatre années de vie d'Anwar. "Toutes mes chansons parlent des gens que j'ai croisés ou des régions que j'ai visitées. Ce sont des mises en images et en mélodies des expériences que j'ai vécues", raconte ce baroudeur à l'esprit libre, faussement timide, dont le regard se met à sourire quand il parle de Motown, d'instruments vintage ou de son père qui a lui a transmis son goût pour cette musique qui le guide partout où il va.
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Un peu de soul, un brin de pop, une touche de reggae, des refrains souriants et un groove entêtant : c'est en début d'année qu'est arrivée la future bande-son de cet été, suggérée par un artiste qui a eu raison de voir plus loin que l'horizon. Beautiful Sunrise n'est pas seulement un album, c'est aussi une escapade à travers les terres et les souvenirs qui ont tracé les trente-quatre années de vie d'Anwar. "Toutes mes chansons parlent des gens que j'ai croisés ou des régions que j'ai visitées. Ce sont des mises en images et en mélodies des expériences que j'ai vécues", raconte ce baroudeur à l'esprit libre, faussement timide, dont le regard se met à sourire quand il parle de Motown, d'instruments vintage ou de son père qui a lui a transmis son goût pour cette musique qui le guide partout où il va. Anwar est né dans le nord du Maroc, à Tétouan, où il ne restera que trois petites années, avant que la famille ne revienne en Belgique, son pays "depuis trois générations". Plus tard, à l'âge de 16 ans, il retournera là-bas, toujours avec ses parents, pour enfin découvrir la culture marocaine. " On rigolait de moi : je ne savais même pas parler l'arabe, se souvient-il. J'étais ado, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser au gnaoua des esclaves noirs du Mali, du Tchad ou du Soudan." Une mélodie brûlante, presque mystique, aux sonorités réputées thérapeutiques. On est alors à mille lieues de ce funky Beautiful Sunrise qui, aujourd'hui, s'apprête à résonner aux Francofolies de Spa ou au Brussels Summer Festival. C'est que, entre-temps, le jeune homme a fait un sacré chemin... Peut-on dire que, dès votre enfance, inconsciemment, votre père prépare le terrain pour que vous tombiez amoureux de la musique ? Oui, en quelque sorte. C'était un passionné de soul, de rock, de funk, de Creedence Clearwater Revival, de son black, de seventies... Et il adorait aller au marché aux puces, dans les Marolles, pour y rapporter des instruments de toutes sortes : batteries, guitares, percussions, etc. Mais à la maison, personne n'en jouait, même pas lui ! Du coup, aujourd'hui, j'ai parfois l'impression de matérialiser son rêve. C'est au Maroc, où vous habitez de vos 16 à vos 21 ans, que le déclic se produit... Voilà. A l'époque, j'écoutais beaucoup de traditionnel, et j'ai rejoint un groupe de fusion, qui mélangeait le gnaoua et des sonorités occidentales. Je faisais juste les choeurs, mais on avait pas mal de succès. On a gagné des concours, on a joué dans des stades et on s'est même produits au célèbre festival d'Essaouira, qui attire des milliers de Marocains et d'Espagnols. Un jour, lors d'un concert, j'ai eu une sorte de révélation : en voyant l'énergie qui se dégageait entre les musiciens et le public, je me suis dit : "Ok, c'est ça que j'ai envie de faire de ma vie." A l'époque, est-ce que vous jouiez déjà de la guitare ? Non, j'ai récupéré une guitare que j'avais prêtée à un cousin. Et je me suis imposé un challenge : apprendre à en jouer en seulement deux semaines ! Tous les jours, pendant des heures entières, je m'usais les mains et les doigts... Et bien sûr, je me suis vite rendu compte que, deux semaines, c'était beaucoup trop court. Mais c'était déjà une bonne base pour commencer à composer. Vous avez alors 21 ans, et vous décidez de partir chercher l'inspiration en Espagne...Non, je ne décide pas vraiment. Mon père avait un petit business là-bas, et avec mon groupe, on y a fait un festival. Normalement, je devais rester une semaine... et j'y ai voyagé pendant deux ans et demi ! J'ai pris mon sac à dos avec quelques fringues, et je suis parti à la découverte des villes, des villages, des gens... Je suivais mon instinct. Je m'arrêtais chez des habitants ou des personnes que je rencontrais. Parfois, je restais une nuit et, d'autres fois, je m'arrêtais plusieurs semaines. Et partout, j'écrivais des chansons sur ceux que je croisais, les artistes de rue, les amis de passage, etc. Le titre Angel, qui figure aujourd'hui sur votre premier album, est d'ailleurs né là-bas, non ? Exactement. J'étais à Barcelone, sur une terrasse, durant un après-midi ensoleillé. J'ai vu une fille magnifique passer devant moi, et je suis tombé amoureux d'elle instantanément. Un amour de quelques secondes à peine, mais dont j'ai voulu me souvenir en le racontant dans cette chanson. A votre retour d'Espagne, vous posez définitivement vos valises en Belgique. Un projet musical va commencer à prendre forme. Quelles ont été les rencontres décisives? J'ai d'abord travaillé sur un projet qui s'appelait Tizichen, qui a donné lieu à la chanson et au clip Could You Leave Me Alone. Ensuite, c'est devenu plus sérieux quand j'ai commencé à jouer avec les frères Njava, qui sont deux des musiciens malgaches du groupe belge Suarez. On a alors enregistré cinq titres pour sortir un EP baptisé Sunshine. Grâce à cette carte de visite, je suis allé faire écouter mes chansons en France, où j'ai rencontré un jour le manager de Zaz. Et celle-ci, alors que je jouais dans la petite salle parisienne Le Divan du Monde, a beaucoup apprécié le concert. Elle est venue me voir dans les loges et elle m'a dit "Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?" Il n'a pas fallu hésiter longtemps : je lui ai proposé d'assurer quelques-unes de ses premières parties, et elle a accepté... Ce n'est pas tout à fait un hasard : vous partagez avec Zaz cette envie de produire une musique généreuse et chargée d'ondes positives... Oui, c'est ce qui me fait avancer. Quand je suis revenu à Bruxelles en 2008, je n'avais rien du tout, à part 5,20 euros en poche, un tee-shirt, un pantalon et une petite veste. Je me suis dit : "A partir du moment où je pars de zéro, tout ce qui m'arrivera ne pourra qu'être positif. Chaque étape sera une expérience, je n'ai rien à perdre. Et je veux faire de ma musique un travail." Je me suis démerdé pour trouver un kot, en travaillant dans le nettoyage ou le bâtiment. Et dès que j'avais fini mes journées, je consacrais tout mon temps à la chanson, aux répétitions, à des soirées dans les cafés-concerts pour rencontrer des gens... J'étais convaincu qu'en bossant, tout pouvait arriver. Que se passe-t-il quand la maison de disques Columbia Records -du groupe Sony France - demande à vous voir ? Je me retrouve dans le bureau du directeur artistique et on me dit : " C'est chouette, ce que vous faites, mais on aimerait vous observer plusieurs fois en concert avant d'aller plus loin." A ce moment-là, j'ai sorti ma guitare et je leur ai proposé de leur jouer un petit " live" en face à face. Ils ont rigolé et ils m'ont répondu : "Ok, faisons ça à l'ancienne !" Après deux morceaux, ils m'ont proposé de signer avec eux. Votre album, qui est sorti début 2016, est un peu le remède parfait à la morosité ambiante. On vous le dit souvent ? Oui, mais ce n'était pas l'objectif. Je fais une musique qui me ressemble, c'est tout. Et d'ailleurs, on me reproche parfois de ne pas faire des textes engagés, de ne pas me prononcer sur tel ou tel sujet. Mais pour moi, la prise de position n'est pas forcément dans la critique. Moi je le fais en disant qu'autour de nous, il y a des belles choses à voir, des belles histoires. Etre investi, ça ne veut pas dire être fâché. Avec ma musique, je m'engage à donner du sourire aux gens, avec des mélodies légères et, la plupart du temps, des textes qui essayent d'être optimistes. Vous dites bien "la plupart du temps" ?Oui, car tout l'album n'est pas un "beautiful sunrise". Il y a notamment une chanson qui s'appelle Lost in Babylon, où je compare Bruxelles au royaume de Babylone. Ça parle d'une personne que j'ai vue arriver dans notre capitale, comme moi, mais qui s'est fait broyer par Babylone, en devenant alcoolique, puis SDF. J'ai habité à côté de la Bourse pendant quatre ans et, tous les jours, j'ai vu des types comme ça arriver, se transformer et tomber. Parce que ce sont des gens qui découvrent ici une vie complètement différente, dont ils n'ont ni la langue, ni les codes. Je les vois avec des rêves, puis avec des déceptions. Et attention, en disant cela, je n'accuse personne. Je ne dis pas que c'est de la faute de Babylone, ni qu'il y a des gentils ou des méchants. Je parle juste de ce que j'ai constaté de mes propres yeux, et qui est valable pour toutes les métropoles du monde... La solitude est également abordée. Elle vous nourrit ? C'est quelque chose que tout le monde connaît. Et j'ai l'impression qu'on n'a jamais été aussi seuls qu'aujourd'hui. On a des Facebook et des Tinder, parce qu'à notre époque, même si on vit dans des grandes villes, les gens n'arrivent plus à communiquer, à se connecter entre eux, à parler réellement. J'ai connu la solitude quand je suis revenu en Belgique. Mais en même temps, elle m'a nourri. C'est une bonne manière de se confronter à soi-même et de se remettre en question. Ce sont néanmoins des artistes aux "good vibrations" qui vous servent d'inspirations au jour le jour. Parlez-nous de ceux qui font office de références pour vous. Je peux vous citer la Motown, Jimi Hendrix, Ben Harper, Jack Johnson ou même Moby, auxquels beaucoup de mes chansons font écho. Mais pour moi, il y a surtout deux artistes qui me guident : Bob Marley et James Brown. Le premier, parce qu'il a fait de la musique avec simplicité, de belles mélodies, avec un esprit libre et positif, en parlant d'amour, des hommes et des femmes... J'ai une admiration énorme pour ses chansons. Et le second, pour moi, c'était de l'énergie à l'état pur. Un artiste au service de son public. Tout l'inverse de ces musiciens de jazz que tu croises parfois dans les bars, qui exécutent une démonstration de ce qu'ils savent faire avec les notes, habillés en costard-cravate... Ils me font presque pitié. James Brown, c'était la transpiration, le partage avec les gens. Pour moi, la musique, c'est ça et rien d'autre !