Elle s'est extraite de sa phase solitaire consacrée à l'écriture de son premier long-métrage, dont elle ne dira pas grand-chose, pour ne pas s'attirer la scoumoune. Pour la même raison, elle ne racontera pas non plus ses récentes expériences dans les films des autres, "si jamais je ne suis plus dans le montage final, c'est un peu la loose...", sourit-elle. Rien pourtant avec Bérangère Mc Neese n'a des airs de loose. Une soeur jumelle dizygote et donc trentenaire comme elle, un père bassiste, une mère psychologue, une enfance rythmée par l'annuel voyage aux Etats-Unis pour retrouver la grand-mère tant aimée et sa maison "où rien ne change", à Lexington, Kentucky. Son parcours fulgurant est déjà bien rempli: danse, théâtre, cinéma, devant et derrière la caméra. Son troisième opus, Matriochkas (2019), a raflé un chapelet de prix "généreux" qu'il serait fastidieux d'énumérer. Outre le Magritte du Meilleur Court-Métrage 2020, il été short-listé aux Césars, aux Oscars et est à revoir sur Arte (et à la fin de cet article), l'occasion de se laisser emporter par sa justesse de ton, ses subtiles interrogations, la fluidité de sa narration. Apprêtez-vous dans les mois qui viennent à la voir en vrac et non exhaustivement dans En quête de vérité sur France 2, Braqueurs sur Netflix, HPI sur TF1, à la réalisation de trois épisodes de Baraki sur la RTBF, dans le nouveau film de Pascal Elbé avec Sandrine Kiberlain et Emmanuelle Devos, face à Jérémie Renier dans La Vie dans les bois de François Pirot...
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Elle s'est extraite de sa phase solitaire consacrée à l'écriture de son premier long-métrage, dont elle ne dira pas grand-chose, pour ne pas s'attirer la scoumoune. Pour la même raison, elle ne racontera pas non plus ses récentes expériences dans les films des autres, "si jamais je ne suis plus dans le montage final, c'est un peu la loose...", sourit-elle. Rien pourtant avec Bérangère Mc Neese n'a des airs de loose. Une soeur jumelle dizygote et donc trentenaire comme elle, un père bassiste, une mère psychologue, une enfance rythmée par l'annuel voyage aux Etats-Unis pour retrouver la grand-mère tant aimée et sa maison "où rien ne change", à Lexington, Kentucky. Son parcours fulgurant est déjà bien rempli: danse, théâtre, cinéma, devant et derrière la caméra. Son troisième opus, Matriochkas (2019), a raflé un chapelet de prix "généreux" qu'il serait fastidieux d'énumérer. Outre le Magritte du Meilleur Court-Métrage 2020, il été short-listé aux Césars, aux Oscars et est à revoir sur Arte (et à la fin de cet article), l'occasion de se laisser emporter par sa justesse de ton, ses subtiles interrogations, la fluidité de sa narration. Apprêtez-vous dans les mois qui viennent à la voir en vrac et non exhaustivement dans En quête de vérité sur France 2, Braqueurs sur Netflix, HPI sur TF1, à la réalisation de trois épisodes de Baraki sur la RTBF, dans le nouveau film de Pascal Elbé avec Sandrine Kiberlain et Emmanuelle Devos, face à Jérémie Renier dans La Vie dans les bois de François Pirot... Bérangère Mc Neese a le chic pour les décors, cela se repère très vite dans ses courts-métrages et dans ce choix présent, le temps d'une rencontre aux Brasseries Georges, pour son ambiance Belle Epoque à l'ombre du Bois de la Cambre et parce qu'elle avait l'habitude de venir manger ici avec son grand-père, sûr que les murs s'en souviennent. L'équipe maison s'est pliée en quatre pour faire comme si la pandémie n'avait pas mis l'étouffoir sur le brouhaha joyeux de la salle et ses 180 couverts. Elle a désempilé les chaises, repassé les nappes, dressé les tables, le temps d'un shooting - on avait presque tous oublié combien c'était bon de se retrouver dans un tel endroit, à rêver d'une croquette aux crevettes et d'un Paris-Brest. Tout est en place, même le ban d'écailler, ne manquent que les habitués et les chefs de rangs en noeud papillon et gilet noir douze poches. Bérangère porte des bagues presque à chaque doigt, souvenirs d'une vie nomade, de trois générations de femmes, d'amitié, d'amours passées et d'ancrage dans la maison américaine. Elle vit entre Paris et Bruxelles, ce qui la comble, surtout de grâce que la vie soit pleine et intense. Pour l'heure, elle s'est immobilisée, elle a offert son visage à la lumière et aux pinceaux de Sofie Van Bouwel, make-up artist pour Chanel qui y a délicatement posé un Beige naturel, pas besoin de fards extrêmes, à peine un smokey soft et taupe pour les yeux, qui sous les spots puissants passent du brun au vert. Elle a enfilé un total look signé Marine Serre, il ne fut pas question de la briefer, elle s'est glissée naturellement dans la peau d'une jeune femme qui attendrait longuement quelqu'un dans une brasserie vide, comme un bateau fantôme, dans ce temps suspendu d'où ne serait pas absente la tristesse. On aurait pu dire "Moteur". "J'ai toujours voulu être comédienne. J'ai eu la chance de ne pas trop me questionner, j'ai ainsi pu gagner pas mal de temps. Ma grand-mère américaine avait été comédienne, j'avais une fascination pour elle. J'ai suivi des cours de théâtre, j'ai commencé à tourner dans des pubs... J'ai toujours été encouragée par mes parents, je n'ai pas dû me battre contre eux. En revanche, je me bats contre moi-même. J'ai souvent eu peur de mal faire, d'être jugée, de faire les mauvais choix artistiques. Mais j'ai fini par trouver ça épuisant et, révélation, je me suis dit que la vie était trop courte, que j'allais m'amuser, foncer et que si cela se cassait la gueule, ce n'était pas très grave... Je fais la maline, là, mais je me bats encore contre ça! Et contre ma peur du vide aussi, pourtant je sais que le vide, parfois, c'est très bien." "Au cinéma, on est tellement proche des personnages alors que dans la vie, c'est très rare de s'approcher ainsi de quelqu'un qu'on ne connaît pas, de découvrir ses enjeux, ses moteurs, ses faiblesses... J'aime l'idée de raconter complètement des personnages et de créer une empathie pour eux, qui peuvent parfois être tellement différents de nous. Et j'aime aussi l'idée d'être tout près d'un visage, c'est ce qui me touche dans le cinéma. Quand j'ai eu fini mes études, j'ai eu cette envie de rester dans une forme de mouvement, de porter mes propres projets. Une vie de comédienne, c'est une vie très bizarre, on attend le désir de l'autre et cela ne va pas très bien avec mon tempérament. Pour éviter ce genre de situation et parce que j'avais envie de dire des choses, je me suis mise à réaliser.""Je voulais aller vite. J'avais peur que l'espèce de petite flamme qui m'animait s'éteigne, je craignais d'arriver sur le plateau un an et demi plus tard et ne plus savoir pourquoi je voulais faire le film. C'est la raison pour laquelle je voulais m'autoproduire. Il y avait énormément de possibilités que je me casse la gueule mais comme j'ai travaillé avec des amis, c'était un peu moins vertigineux. J'ai fait trois courts-métrages en quatre ans. Il y avait un truc un peu d'inconséquence, je ne me rendais pas très bien compte... Mais pour le long-métrage sur lequel je travaille maintenant, l'écriture est plus complexe, j'essaie de prendre mon temps, même si comme dans tous les aspects de ma vie, j'aime que les choses avancent et faire mille choses à la fois." "J'aime les réalisateurs qui furent d'abord acteurs, comme Cassavetes ou Maïwenn. Dans ses films, on a l'impression que tout est mis en place sur le plateau pour que puissent naître, dans le jeu, les moments de grâce. C'est exactement cela que je veux créer et essayer de cristalliser, parce que c'est ce qu'il y a de plus intime. Il existe plein de formes d'art qui vous ramènent à votre condition humaine et vous permettent de mettre en abyme, de surpasser plein de choses. Mais il n'y a rien qui vous rapproche davantage de l'expérience humaine que juste la voir se dérouler devant vos yeux." "Mon premier court-métrage, Le sommeil des amazones, suit des personnages féminins. J'ai beaucoup bossé dans des boîtes de nuit, des bars et ces jeunes filles sont clairement inspirées de celles que j'y ai croisées et des moments que j'ai pu observer. Dans mon film, elles sont aussi solidaires et se reconstruisent ensemble. J'ai dessiné des femmes blessées qui se créent un monde et un nid, c'est attirant mais en même temps, cela se construit sur des traumas que je suis heureuse de ne pas avoir vécus. En amont, j'ai fait des recherches, un peu comme un travail de journaliste, qui me reste de ma formation. Comme j'ai toujours peur de l'illégitimité de ce que je raconte, j'ai besoin de rencontrer une réalité de terrain pour éviter l'invraisemblance." "J'ai adoré jouer une jeune femme violée, dans Le Viol d'Alain Tasma, même si c'était très difficile. C'est l'histoire vraie de deux Belges, violées par trois hommes en 1974, à Marseille. Ce sont les premières à avoir décidé de se battre pour que le viol soit considéré comme un crime et que leur procès ait lieu en cour d'assises, sans huis-clos. Gisèle Halimi était leur avocate. J'ai joué quelqu'un que j'ai pu rencontrer, Araceli Castellano, qui est d'un courage et d'une délicatesse incroyables. Une expérience bouleversante.""J'ai beaucoup de tendresse pour l'adolescente que j'ai été et pour les adolescents en général. C'est un moment tellement compliqué, avec tous ces changements, qui sont bouleversants et en même temps, avec le regard des autres, parfois tellement violents, qui suscite des choses sur lesquelles on n'a pas forcément prise. C'est incroyablement difficile et en même temps, unique et beau. Cela m'intéresse, ces parcours intimes. Et ce qui me fascine dans les relations humaines, c'est le fait qu'il y ait des zones grises mais qu'il y a toujours moyen de prendre la route la plus bienveillante, ce n'est jamais qu'une question de conscience." "Je trouve la mode belge innovante. Il y a chez nous un univers complet et une vraie modernité qui correspond à mes goûts. Même si dans la vie quotidienne, je suis juste quelqu'un qui aime pouvoir sauter et courir, j'ai donc un uniforme urbain, pratique - baskets, jeans, doudoune. En revanche, sur un plateau, j'ai un rapport organique avec le vêtement. J'aime ce qu'il raconte et la vie que l'on projette dedans, c'est exactement le concept du costume. Les essayages avant un tournage ne sont pas une formalité, pour moi, un vêtement, ce n'est pas une béquille, cela dit quelque chose du personnage, dans la nuance, sans que ce soit verbalisé, et cela fait sens."