"Follow your heart", graffé en rouge. "Listen to your soul", imprimé en blanc... Dans la cité des Anges, il n'est pas rare qu'un passant lui demande : "Hey, c'est toi qui peins les yeux sur les murs?" Oui, c'est lui! Avec plus de 350 créations originales de par le monde, Chase Erachi, 40 ans, l'allure débonnaire du skateboarder, nous rejoint sur Venice Beach. "C'est un nom d'artiste que j'ai inventé à mon arrivée à Los Angeles, en 1995", annonce-t-il d'emblée, alors que nous nous asseyons sur le plancher du poste de sauvetage, face au Pacifique.
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"Follow your heart", graffé en rouge. "Listen to your soul", imprimé en blanc... Dans la cité des Anges, il n'est pas rare qu'un passant lui demande : "Hey, c'est toi qui peins les yeux sur les murs?" Oui, c'est lui! Avec plus de 350 créations originales de par le monde, Chase Erachi, 40 ans, l'allure débonnaire du skateboarder, nous rejoint sur Venice Beach. "C'est un nom d'artiste que j'ai inventé à mon arrivée à Los Angeles, en 1995", annonce-t-il d'emblée, alors que nous nous asseyons sur le plancher du poste de sauvetage, face au Pacifique. A deux pas de là, des pans entiers de façades sont marqués de sa patte : "Mon intention a toujours été de créer une vibration positive, à travers une combinaison de couleurs inhabituelles et d'images." De Santa Monica à Hollywood, sur une ligne dynamique, au travers de formes arrondies et de teintes vives, Remember Who You Are est certainement la campagne la plus connue du Belge. De délicats papillons et de grands yeux naïfs s'enchevêtrent. Le bombeur aguerri nous incite ainsi à renouer avec l'enfant qui sommeille en nous. "Nous devrions toujours nous rappeler de qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons", explique-t-il alors que des milliers de kilomètres le séparent désormais de ses origines.L'homme est né à Borgerhout, en Flandre, mais a vécu un an et demi à Beverly Hills, à l'âge de 10 ans, car son père y exportait alors du chocolat belge. L'aventure fut malheureusement de courte durée, les parents ayant perdu leur affaire et étant dès lors obligés de rentrer au pays. Avec le peu d'argent qu'il lui reste, son papa lui achète un skateboard avec lequel il découvrira son "propre monde et un style de vie". En glissant sur les trottoirs belges, l'ado tombe amoureux de l'énergie californienne et à 17 ans, après un nouvel échec scolaire, il décide de s'installer à L.A. Chase y réalise son premier projet, sur une paroi de sa high school. "Je taguais dans la rue mais j'avais trop peur de réaliser une véritable création", avoue-t-il. Stimulé par cette expérience, l'artiste en herbe propose d'animer une allée, dans son quartier de West Los Angeles : "La façade en béton était sale, j'ai suggéré au propriétaire de me la confier." Le jeune expat est doué et, peu à peu, il se décide à parcourir la ville pour montrer son portfolio de réalisations. Progressivement, l'Anversois développe son propre savoir-faire. "Peindre apporte beaucoup de satisfaction. En plus, dès que l'oeuvre est terminée, elle est vue immédiatement par des milliers de personnes qui passent par là." Invitation au dialogue, le travail de Chase vit actuellement une mutation, hors de la rue. "J'ai toujours utilisé la même technique, la bombe et le pochoir, mais aujourd'hui, inspiré par le mouvement californien Light and Space, caractérisé par le minimalisme et l'abstraction géométrique, je vais exposer véritablement mes créations." A quelques jours de l'inauguration de cet accrochage (*), discret sur le projet en cours, l'Angelino d'adoption annonce tout de même avec enthousiasme qu'il fabrique des pièces uniques au départ de boîtes lumineuses : "Ce sera un procédé industriel, mon ADN optimiste sera toujours là avec des couleurs soutenues par l'éclairage." Le coucher de soleil s'annonce sur ce bout de Californie, Chase s'attaquera prochainement à la façade d'un building de downtown L.A. et à une portion de trottoir sur Sunset Strip, pour West Hollywood. Son art psychédélique a de beaux jours devant lui, le tout sans prise d'hallucinogènes, bien que l'on soit au royaume du cannabis légalisé.Par Sophie Radermecker