Quoique puisse laisser croire son oeuvre dans laquelle le réel est volontairement altéré, Paul Rousteau est un jeune homme doux qui assume la dimension joyeuse de son travail. S'il aime " casser la géométrie, la règle de l'appareil photo " qu'il trouve " trop nette, trop précise, trop réaliste " c'est pour donner à voir " le paradis ", essayer du moins, " révéler ces instants de beauté quotidienne et les montrer comme des épiphanies ".
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Quoique puisse laisser croire son oeuvre dans laquelle le réel est volontairement altéré, Paul Rousteau est un jeune homme doux qui assume la dimension joyeuse de son travail. S'il aime " casser la géométrie, la règle de l'appareil photo " qu'il trouve " trop nette, trop précise, trop réaliste " c'est pour donner à voir " le paradis ", essayer du moins, " révéler ces instants de beauté quotidienne et les montrer comme des épiphanies ". Telle est sa quête. On ne serait pas étonnée qu'elle lui vienne de cette première photo " un peu naïve " prise à 16 ans, avec l'appareil d'un copain, c'était en Alsace, en hiver, une crèche et puis du givre. " Je me souviens encore de mon état d'esprit, j'ai beaucoup aimé regarder autrement les choses. " De là, après avoir cheminé, il pourra aisément passer à l'abstraction qu'il pratique aujourd'hui, avec filtres, miroirs concaves ou convexes et pinceaux parfois. " Pour faire émerger ce que j'appelle les mondes subtils, ceux que nous entrapercevons dans nos rêves et qui affleurent dans cet entre-deux, juste avant l'endormissement. " Son enfance se lit à travers ses portraits, natures mortes, paysages. Il a appris la vie au sein d'une école Steiner. De 5 à 18 ans, Paul baigne dans " une iconographie enfantine, colorée, un peu ésotérique ". Ses photographies prendront cette direction-là, inconsciemment au départ puis avec une consciente assurance, en réaction. Mais avant, il lui faudra expérimenter d'autres voies. A 20 ans, il s'inscrit à Saint-Luc, à Tournai, il y découvre la liberté " de casser la photographie ". " J'avais des profs et des amis qui étaient assez punk. Nous pouvions questionner le beau, j'avais l'impression que les codes et les normes étaient remis à plat. " Puis il s'en va compléter sa formation en Suisse, au Centre d'enseignement professionnel de Vevey, afin d'appréhender " une autre façon de voir l'art, j'avais besoin de me rassurer sur la technique. Mais j'ai gardé mes mauvaises habitudes et j'en ai fait mon écriture, avec toutes ces erreurs. " En 2010, le voilà à Paris, il est jeune, sans connexion aucune et à contre-courant. " Il régnait alors un certain cynisme, un truc de la réussite et de l'art conceptuel qui, pour moi, était éloigné des émotions. J'avais envie de montrer autre chose, les couleurs qui me touchaient. " Dès lors, parti pris, il se promet de ne jamais utiliser le noir, au maximum du bleu nuit. Quand un an plus tard, le Zeit Magazin lui commande une photo de Marine Le Pen pour sa Une, il trouve l'angle et signe un portrait à la beauté du diable qui lance sa carrière et reste à ce jour l'un de ses meilleurs, c'est lui qui le dit, " parce qu'il est complexe, il y a son grand sourire et tout ce rouge qui lui dégouline sur la tête ". Paul Rousteau est entré dans la cour des grands. Désormais, il collabore avec The New York Times, M Le Monde, i-D, Vogue, Harper's Bazaar, Libération ou Le Vif Weekend. Il s'expose en solo à la Galerie du Jour agnès b. à Paris ou à Berlin, à la Galerie Für Moderne Fotografie, et capte à sa façon solaire l'essence d'inconnus, de ses enfants, de Virginie Despentes, Etienne Daho ou Patti Smith - dans cette galerie de portraits, il manque Depardieu, comme il aimerait. Pour l'heure, de retour de la Shanghai Fashion Week où il montrait ses riches expérimentations baptisées Giverny, il s'apprête à rallier Hyères et son Festival international de mode, de photographie et d'accessoires de mode, du 26 au 30 avril. Il y était l'an passé, en finaliste heureux, avec son travail le plus personnel, cherchant à " dépasser la trivialité du quotidien en picturalisant la photographie ". Il y retourne cette fois-ci en invité, chargé officiellement de montrer sa vision des accessoires en compétition. Il évoque le Sud, les tableaux de Matisse, les traces qu'il a laissées en lui, la même appétence pour les sujets heureux, qu'il métamorphose. L'ingénuité est de ce monde, la joie aussi.