"Qui est chaud pour un challenge de 30 jours? Faisons ensemble cette routine quotidienne, et nous arriverons à faire le grand écart rapidement!" Voilà ce que proposait en début d'année l'influenceuse Pamela Reif à ses 6,5 millions d'abonnés sur YouTube. Dans une vidéo de 8 minutes, la fitness girl enchaîne plusieurs étirements de 30 secondes chacun, incitant ses followers à faire de même pendant un mois, en utilisant bien entendu le hashtag #PamMakesMeSplit. L'objectif: réussir un grand écart digne des plus grandes danseuses.
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"Qui est chaud pour un challenge de 30 jours? Faisons ensemble cette routine quotidienne, et nous arriverons à faire le grand écart rapidement!" Voilà ce que proposait en début d'année l'influenceuse Pamela Reif à ses 6,5 millions d'abonnés sur YouTube. Dans une vidéo de 8 minutes, la fitness girl enchaîne plusieurs étirements de 30 secondes chacun, incitant ses followers à faire de même pendant un mois, en utilisant bien entendu le hashtag #PamMakesMeSplit. L'objectif: réussir un grand écart digne des plus grandes danseuses. Depuis quelques mois, ce type de challenges a inondé la Toile, promettant aux plus raides d'entre nous une flexibilité hors du commun. La vidéo "Stretches for the Inflexible" de la YouTubeuse MadFit a par exemple engrangé plus de 9 millions de vues tandis que celle de l'influenceuse Keltie O'Connor, "I Did an Olympic Gymnasts Stretching Routine for 30 days", approche les 2 millions. Mais pourquoi donc cet engouement soudain pour le stretching? Pour Aicha Lahmadi, danseuse et professeure de stretching au centre yoga et pilates ixellois La Vallée, le confinement y est pour quelque chose: "Bloqués à la maison, les gens ressentent ce manque de mobilité dans leur corps. Le stretching demande peu d'équipement et est facile d'accès. N'importe qui peut s'y retrouver." Elle déplore cependant l'image qu'en donnent les réseaux sociaux. "On y met en avant des poses extraordinaires qui ne reflètent pas la réalité. La souplesse, ce n'est pas avoir la jambe derrière l'oreille, c'est avant tout une posture, être conscient de son corps, s'allonger." A la croisée des disciplines, le stretching en est une à part entière. Il permet de faciliter les mouvements, rééquilibrer le tonus musculaire, éviter les douleurs chroniques, découvrir son corps, se détendre, mieux dormir et se tenir. Pour obtenir de vrais résultats, une pratique régulière est nécessaire: "Deux fois par semaine pendant plusieurs mois. On n'a rien sans rien", confirme Aicha. Mais encore faut-il savoir comment procéder... Pas question de s'asseoir, seul, jambes tendues et d'attraper ses orteils avec ses mains en ayant le dos rond. "Ça ne sert à rien de s'étirer tout seul ou devant une vidéo. Une telle séance doit être suivie et corrigée. Il faut construire la conscience de son corps avant de faire des choses seul", avertit la danseuse. Son histoire avec le stretching a débuté naturellement avec sa pratique de la danse. "Dans cette discipline, la souplesse est un prérequis, sinon on est limité. Ce que j'adore, c'est instruire le stretching à des gens qui ne sont pas danseurs mais à qui cela va servir au quotidien." Ses cours sont un mélange de stretching actif et passif. "On réveille tout le corps pendant 15 minutes. Ensuite, on se concentre sur une partie: le dos, les hanches, les jambes, qu'on va réveiller de manière tonique. Pendant la dernière demi-heure, on met en tension le muscle au repos." Un accompagnement pro, c'est aussi ce que propose Muriel André, kiné spécialisée entre autres dans le Stretching Global Actif (SGA). A l'inverse du stretching "normal", le SGA travaille sur plusieurs muscles en même temps, évitant au corps d'aller compenser ailleurs. En pratique, une séance se découpe en deux ou trois postures que l'on tient chacune pendant environ 20 minutes. La respiration, lente et profonde, y tient une place prédominante: l'inspiration va relâcher le système vers les extrémités tandis que l'expiration permet d'augmenter la tension vers la périphérie. "Les gens terminent le cours détendus et plus mobiles. Après une séance, le système musculaire récupère son potentiel de souplesse et de force, indispensable à la qualité du mouvement", assure Muriel André. La technique aurait aussi des effets inattendus, notamment sur le plan gastrique: "De plus en plus de thorax sont tirés vers le haut, donc raccourcis. Cela tire l'estomac contre le diaphragme et peut donner par exemple du reflux. Ce type de stretching permet de retrouver une mobilité thoracique qui va régler ce problème", affirme la kiné. Si le SGA attire beaucoup d'athlètes, il est aussi utile aux moins sportifs. "Les gestes et les positions répétitives entraînent le raccourcissement des muscles surmenés, voire leur rétraction, provoquant le déséquilibre d'une ou plusieurs articulations vers la déformation", explique Muriel. Et cela concerne aussi bien le brassage répétitif du nageur que la position assise de l'employé de bureau. Tous deux peuvent donc bénéficier d'une telle méthode... Muriel l'assure, il faudrait même commencer dès le plus jeune âge. "Au cours de gym, on n'étire plus les enfants. Il faudrait que ces exercices leur soient proposés dès que possible, pour éviter les déformations morphologiques - scolioses, lordoses..." Aicha complète: "Plus on avance en âge, moins le corps est ouvert à la mobilité. Plus le corps est mobile, moins on a de lumbago et moins on est sujet à des maux chroniques." Reste que le stretching demande une sérieuse autodiscipline pour atteindre les effets escomptés. Pamela Reif elle-même l'avoue dans un update de sa vidéo sur le grand écart: "J'ai été capable de le faire, puis j'ai arrêté et j'ai tout perdu." Mais contrairement au combo cardio- abdo-fessiers, le stretching est doux pour le corps et l'esprit. Après une année où l'expression "selfcare" a pris tout son sens, il est peut-être bien temps de s'y mettre.