"Les choses changent en termes d'inégalités salariales. J'ai moi-même récemment été payée correctement pour la première fois de ma carrière. Je suis très reconnaissante aux femmes qui ont mené cette révolution, car quand vous êtes moins payée que les hommes, cela a des conséquences énormes sur l'estime de soi", a relevé l'actrice américano-britannique Sienna Miller, 37 ans, interrogée pendant le festival.

"Quand Gillian Anderson découvre qu'elle est deux fois moins payée que David Duchovny (deux acteurs de la série X-Files, ndlr), elle le dit et on lui donne le même salaire. C'est du jamais vu", a renchéri Geena Davis, 63 ans, la Thelma ivre de liberté de "Thelma et Louise". L'actrice américaine a fondé en 2004 l'"Institute of Gender in Media" qui établit des statistiques sur la place des femmes dans la société.

Geena Davis © reuters

"Mes pairs et moi avons appris à ne pas nous plaindre, même de harcèlement sexuel. Il y a si peu de rôles pour les femmes. Ils peuvent toujours vous remplacer ou trouver quelqu'un de moins cher", a ajouté Geena Davis. L'actrice présentait à Deauville "Tout peut changer", le documentaire qu'elle a produit sur la base des travaux de son institut.

Selon certains témoignages, les femmes se font de plus en plus une place derrière la caméra. "Il y a aujourd'hui beaucoup plus de femmes sur les listes des studios hollywoodiens pour la réalisation de films. Si vous n'employez pas de femmes aujourd'hui, c'est embarrassant. C'est clairement ce qui se passe", a estimé Sienna Miller, interrogée par l'AFP.

"Je ne sais pas si j'aurais pu réaliser ce film il y a quatre ans, simplement parce que les réalisatrices n'avaient pas autant de possibilités qu'aujourd'hui", a aussi témoigné Danielle Lessovitz, en compétition à Deauville avec son premier film "Port Authority", une histoire d'amour entre un jeune homme fraîchement arrivé à New York et une jeune transexuelle. Interrogée en 2018, l'actrice et réalisatrice Mélanie Laurent avait eu le même sentiment.

"Les hommes ont peur"

Mais ce n'est pas le cas pour Geena Davis. "Il faut regarder les chiffres des femmes réalisatrices qui sortent tous les ans et ils sont en baisse depuis un an" aux États-Unis, alors que les femmes sont aussi nombreuses que les hommes à sortir des écoles de cinéma, estime-t-elle.

Pour Sienna Miller, #Metoo a permis de gravir "une première marche vers un changement réel", mais il demeure encore "un long chemin à parcourir pour tout le monde dans toutes les industries". "Quand les gens parlent de ça à Hollywood, c'est un peu ridicule, parce que nous faisons partie des gens les plus chanceux au monde. Mais il faut bien commencer quelque part et les femmes de cinéma ont une plateforme pour parler publiquement", a expliqué l'actrice. Celle-ci présentait à Deauville hors compétition le très remarqué "American Women", où elle joue le rôle d'une jeune caissière de supermarché, dont la fille disparaît.

La relation hommes/femmes est par ailleurs loin d'avoir trouvé un équilibre. "Je pense que les hommes ont vraiment peur, en particulier dans mon industrie. Ils ne peuvent pas mettre un pied de travers", juge Sienna Miller.