" Je suis allé fêter la fin de mon dernier tournage au Cabaret Mademoiselle, avec mes acteurs. Après cela, j'y suis retourné presque tous les jours, pendant un an ", explique d'emblée Hippolyte Leibovici, 21 ans. Le jeune réalisateur - encore étudiant à l'INSAS - tombe sous le charme de l'univers haut en couleur des drag queens et décide d'en faire le sujet de son projet de fin de bachelier. Initialement, il souhaitait réaliser une quinzaine de portraits d'artistes mais les capsules de quelques minutes se sont vite transformées en journées de tournage, un sujet devenant récurant lors des témoignages. Celui des 'drag mothers', ces mères spirituelles, plus expérimentées, qui apprennent le métier aux nouvelles recrues.

Hippolyte Leibovici, réalisateur de Mother's

Le temps d'une soirée en loges, Hippolyte réunit Maman - pionnière du mouvement drag bruxellois -, sa fille Mademoiselle Boop, sa petite-fille Loulou Velvet et son arrière-petite-fille, Kimi Amen. Au fur et à mesure que les traits masculins se féminisent sous plusieurs couches de maquillage, les coeurs s'ouvrent. Les sujets difficiles sont abordés (le suicide, le coming out ou l'amour maternel, par exemple), les blagues fusent et le choc générationnel s'invite dans la discussion, inévitable. L'institution old school rencontrant la nouvelle garde résolument moderne. " Maman et Kimi ne s'étaient jamais réellement fréquentées, éclaircit Mademoiselle Boop - Renaud Delauvaux, 33 ans, en journée -, tenancière du cabaret éponyme et porte-parole du court-métrage. Et, pourtant, leur histoire est similaire tout en étant très différente. C'était magnifique de les voir échanger. "

Maman © image extraite du film Mother's, d'Hippolyte Leibovici

Le résultat, splendide, lève le voile sur les coulisses, sur les humains derrière les masques et offre la parole à une communauté encore invisibilisée. L'intention altruiste ne s'arrêtant pas là, la moitié des bénéfices des deux projections sera reversée au Refuge Bruxelles, une association qui offre un hébergement de transit et un accompagnement pluridisciplinaire aux jeunes LGBTI en situation de rupture familiale et livrés à eux-mêmes.

Enfin, s'il ne fallait retenir qu'une scène forte - l'exercice relève de l'exploit tant le film en propose -, il s'agirait sans doute de celle où Kimi Amen, tout en vulnérabilité, laisse couler ses larmes sur un visage parfaitement grimé. Des larmes partagées, unanimement, avec quelques 370 spectateurs en standing ovation, lors de la première.