Tout a commencé un beau samedi matin ensoleillé. Alors que j'étais en train de déjeuner tranquillement en téléchargeant l'appli Harry Potter Wizards Unite, quelle ne fut pas ma surprise de voir débarquer Hagrid, debout sur ma table. Le gentil géant, gardien de l'école de Poudlard, était coincé dans une énorme toile d'araignée à deux pas de mon bol de céréales. Plus vrai que nature, l'odeur des pieds en moins. Quelques coups de baguette magique virtuelle plus tard pour libérer le gros barbu, le jeu de réalité augmentée développé par les créateurs de Pokémon Go et sorti cette année, m'apprenait que notre planète était remplie de "retrouvables" - entendez de bêtes et objets magiques - et qu'il fallait vite les débusquer pour aider Harry, Hermione et toute la clique de la fameuse saga littéraire.

N'écoutant que mon courage (et mes enfants), je décidai d'aller dans un premier temps sauver la plus belle place du monde, histoire de m'assurer la reconnaissance éternelle... Et je montai héroïquement à la capitale, comme on dit dans mes contrées. Pour sûr, j'y trouverais sûrement quelques exemplaires de ces très, très méchants. Et je ne fut pas déçue. A peine arrivée dans la galerie de la Reine, à deux pas de la Grand-Place, un horrible Mangemort en haillons venait me confirmer que l'impitoyable sorcier Voldemort avait bien décidé d'asservir les peï et meï du coin. En m'acharnant tant bien que mal à dessiner les formes indiquées sur mon écran de portable pour lancer les bons sortilèges, je parvins à envoyer paître l'intrus.

Autour de moi, les passants me regardaient un peu bizarrement m'agiter ainsi smartphone à la main. Les pauvres, ils n'étaient pas encore conscients du sombre dessein qui planait sur ce lieu qu'ils photographiaient goulûment. Je pris dès lors la direction de l'hôtel de ville pour poursuivre incognito ma tâche. Et là encore, mes craintes furent confirmées. D'autres personnages étranges tirés de l'imaginaire de l'écrivaine J.K. Rowling étaient bien occupés à saccager ce joyau de l'Unesco. Devenue experte, je ne fis qu'une bouchée d'eux, et courrai immédiatement sauver t'Serclaes et bien sûr notre ket au petit sifflet qui se soulageait, l'air de rien, devant des hordes de touristes. L'inconscient moldu! Paf, je mis la menace à terre.

© Bertrand Noël

Fière d'avoir ainsi offert un avenir à ce patrimoine irremplaçable, et très satisfaite de ce premier contact avec l'appli, je repris la route vers mes calmes campagnes... pour, en un clic, me retrouver soudain nez à nez avec un drôle de petit troll dans mon salon. Un héros ne dort jamais!