"Tiens, je n'ai plus de Wii-fit, je vais aller débrancher la Pastabox. " Il y a quatre ans, Cyprien, vidéaste très connu dans la sphère 2.0, récoltait plus de 20 millions de vues pour Les vieux et la technologie. Et il est loin d'être le seul à tourner en dérision ces apprentis geeks. En réalité, les séquences vidéo où les " jeunes " se moquent des plus âgés qui ne savent pas se servir d'un téléphone, d'une tablette ou qui laissent trois fois le même commentaire sur une photo Facebook sont légion. N'en déplaise à ces ados, les seniors sont pourtant de plus en plus nombreux sur le Net. Et certains commencent même à se convertir à Instagram ou Twitter. A coups de hashtags ou de recettes de cupcakes immortalisées avec un filtre coloré, les grands-parents multiplient les followers et les comments, montrant qu'ils ont de plus en plus la cote. Sur YouTube, certains se lancent même dans la réalisation de courtes vidéos face caméra pour donner des conseils ou simplement faire rire les internautes. Et ils se débrouillent plutôt bien ! En effet, pour Thierry De Smedt, docteur en communication sociale et professeur émérite à l'école de communication de l'Université catholique de Louvain, les aînés proposent souvent un contenu de meilleure qualité : " Ce sont des gens plus expérimentés. Leurs textes sont mieux écrits, leur travail est mieux préparé. " Pas de doute, cette génération semble désormais bien ancrée dans l'ère du numérique.
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"Tiens, je n'ai plus de Wii-fit, je vais aller débrancher la Pastabox. " Il y a quatre ans, Cyprien, vidéaste très connu dans la sphère 2.0, récoltait plus de 20 millions de vues pour Les vieux et la technologie. Et il est loin d'être le seul à tourner en dérision ces apprentis geeks. En réalité, les séquences vidéo où les " jeunes " se moquent des plus âgés qui ne savent pas se servir d'un téléphone, d'une tablette ou qui laissent trois fois le même commentaire sur une photo Facebook sont légion. N'en déplaise à ces ados, les seniors sont pourtant de plus en plus nombreux sur le Net. Et certains commencent même à se convertir à Instagram ou Twitter. A coups de hashtags ou de recettes de cupcakes immortalisées avec un filtre coloré, les grands-parents multiplient les followers et les comments, montrant qu'ils ont de plus en plus la cote. Sur YouTube, certains se lancent même dans la réalisation de courtes vidéos face caméra pour donner des conseils ou simplement faire rire les internautes. Et ils se débrouillent plutôt bien ! En effet, pour Thierry De Smedt, docteur en communication sociale et professeur émérite à l'école de communication de l'Université catholique de Louvain, les aînés proposent souvent un contenu de meilleure qualité : " Ce sont des gens plus expérimentés. Leurs textes sont mieux écrits, leur travail est mieux préparé. " Pas de doute, cette génération semble désormais bien ancrée dans l'ère du numérique. Seniors, baby-boomers, jeunes ou grands seniors... Les appellations pour qualifier cette tranche de la population, plus âgée, ne manquent pas. En fait, ces termes sont employés un peu au hasard, à l'appréciation de chacun. Dans le monde de l'entreprise, une personne de 45 ans peut déjà être considérée comme senior. Un athlète à 30 ans est, quant à lui, bon à envoyer à la retraite. Les principaux intéressés répondront que tout se passe dans la tête et que l'âge n'est qu'une formalité. A en croire l'institut de sondage TNS-Sofres, en 2016, quelque 63 % des plus de 55 ans étaient sur Internet, dont plus d'un quart de 75 ans et plus. L'Observatoire des seniors en France, lui, s'est appuyé sur les données du baromètre numérique en 2016 et le constat est sans appel : 63 % des 60-69 ans pensent qu'il est important d'être connecté pour s'intégrer dans la société, alors que 39 % admettent ne pas pouvoir s'en passer. Chez nous, les chiffres devraient être du même acabit. Selon Thierry De Smedt, il n'y a rien d'étonnant à cela : " Les personnes de 50-55 ans, et même celles qui ont 75 ans sont, historiquement, les premiers utilisateurs d'Internet. Quand il a fait son apparition dans les années 90, ils avaient plus ou moins 30 ans et ont eu des cours d'informatique ou se sont formés au travail. C'est une tranche d'âge qui a fait ça toute sa vie. " Et qui s'est donc bien adaptée sur le tas, ayant connu les débuts de cette technologie. Sandrine Roginsky, professeur de communication à l'Université catholique de Louvain, estime que c'est la facilité de l'outil qui explique cette bonne accommodation. " En plus, une majorité de services sont proposés en ligne, comme les impôts, la banque, etc. Ça pousse les seniors à se lancer ", complète-t-elle. Garder contact avec ses proches, s'informer ou organiser ses vacances, chacun y trouve dès lors son compte. S'il n'est donc pas étonnant de voir les seniors surfer sur le Net, il est par contre un peu plus surprenant qu'ils deviennent accros aux réseaux sociaux. Selon une étude menée par les Senioriales, une résidence française pour personnes âgées, 43 % des plus de 65 ans y seraient inscrits. Et certains sont même particulièrement enclins à faire le buzz. A ce sujet, l'histoire de Philippe Dumas est révélatrice. Ce Français de 61 ans s'est vu propulsé top-model un peu par hasard. Alors qu'il travaille comme régisseur de cinéma, un inconnu le prend en photo et se fait passer pour lui sur Reddit (un site permettant le partage de liens soumis aux votes des utilisateurs) en posant une question : " Je voudrais tenter une carrière de mannequin, vous pensez que c'est possible ? " Résultat : le compte Instagram de Philippe Dumas a gagné des milliers d'abonnés et l'homme au look de hipster et à la barbe bien taillée s'est vu proposer des contrats en agence. Baddie Winkle, elle, fait partie des instagrammeuses. A 88 ans, elle culmine avec 3 millions d'abonnés. En proposant des looks colorés et déjantés, la supermamy montre qu'elle a gardé son côté " cool ". Quant à la Britannique Tricia Cusden, 69 ans, elle a créé sa propre ligne de make-up parce qu'elle estimait qu'il était difficile de trouver des produits cosmétiques efficaces qui ressemblent aux femmes ayant atteint la cinquantaine ou plus. Dans ses tutos, elle propose des maquillages fins et légers pour sexagénaires ou plus. Conclusion : plus de 27 000 personnes la suivent et commentent régulièrement ses productions visibles sur YouTube. Et les exemples de ce genre s'accumulent. Aux Etats-Unis, Melissa cartonne (lire par ailleurs). A 62 ans, celle qui se fait souvent accuser d'avoir eu recours au Botox donne des conseils beauté anti-âge, tant pour la peau que pour les cheveux. Elena Mikhailovna, elle, profite de sa retraite et fait le tour du monde à 89 ans. Elle partage sur Instagram ses plus beaux clichés et 40 000 personnes en sont fans. Cependant, pour Thierry De Smedt, cette présence sur la Toile n'est pas encore extrêmement répandue. Selon le chercheur, une plate-forme comme YouTube leur sert plutôt de " bibliothèque collective " regorgeant de documents rares comme des vieilles musiques ou des classiques du cinéma qu'on ne trouve plus nulle part. Et pour cause, cette génération n'a pas cultivé le goût du piratage. " Ça fait référence à leur jeunesse, à leur enfance. Ils aiment échanger à propos de thèmes qu'ils affectionnent avec des gens qui apprécient les mêmes choses qu'eux. YouTube est très pratique pour ça. C'est une forme plus élaborée du like, il ne s'agit pas d'un mouvement d'humeur, c'est plutôt une prise de parole. C'est pour moi la forme la plus complexe, la plus civilisée du like. " Cette exposition en ligne indique également que les aînés veulent prouver qu'il y a bien une vie au-delà de 50 ans. Toutefois, Thierry De Smedt insiste sur le fait qu'il faut " casser l'image du senior qui a l'apanage du manque de mobilité ". Cette partie de la vie est propice aux activités et aux voyages et le Web n'est pas une compensation au manque de socialisation : " YouTube est simplement un outil commode qui s'intègre à leur vie de tous les jours ", affirme le chercheur. Sandrine Roginsky apporte cependant quelques nuances quant aux motivations qui poussent à se mettre en scène sur les réseaux. Pour l'experte, elles peuvent être " très différentes autant pour les ados que pour les personnes plus âgées : la reconnaissance, l'argent, la recherche de sociabilité... " Les seniors pourraient également, en s'exposant de la sorte, " être en quête d'une jeunesse à faire perdurer ". Enfin, selon une étude réalisée chez nous, en 2012, par la Fondation Roi Baudouin, 46 % des personnes âgées concèdent qu'elles se sentent seules. Les ordinateurs et autres gadgets technologiques peuvent donc leur permettre d'entretenir des contacts avec le monde extérieur. La spécialiste abonde d'ailleurs en ce sens, soulignant que la socialisation est un critère important à prendre en compte : " En discutant avec les autres, on se rend compte qu'ils sont actifs sur la Toile et ça donne envie de s'y mettre aussi. Pour parler avec ses amis, sa famille, ses enfants ou petits-enfants. " Toutefois, selon elle, la question de l'âge n'est pas centrale dans la manière d'utiliser ces nouveaux canaux permettant la communication ; les fractures d'ordre économique et social ont elles aussi une influence primordiale. " Quelqu'un qui n'a pas beaucoup d'argent verra son accès à Internet limité car les objets technologiques ont un coût. " Elle insiste également sur le fait qu'il est difficile de catégoriser et de généraliser à outrance. Chacun décide de se filmer en face caméra ou de s'afficher en vacances sur Instagram pour des raisons qui lui sont propres. La clé semble plutôt résider dans l'envie de communiquer avec les autres, d'entretenir des relations avec ses proches. Quel que soit le nombre de décennies au compteur, finalement. Par Mathilde Mettens