C'est une étude, une de plus, qui donne froid dans le dos: 15500 personnes de tous âges, interrogées dans huit pays différents, représentant une diversité de sociétés et de cultures, ont partagé leur expérience face au harcèlement. En tant que victime et en tant que témoin. Les chiffres confirment hélas ce que l'on ne sait que trop: 78% des femmes ont un jour été victimes de harcèlement sexuel dans l'espace public. Seulement 25% des victimes ont reçu l'aide de quelqu'un. 86% des répondants ne savent pas quoi faire lorsqu'ils en sont témoins.
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C'est une étude, une de plus, qui donne froid dans le dos: 15500 personnes de tous âges, interrogées dans huit pays différents, représentant une diversité de sociétés et de cultures, ont partagé leur expérience face au harcèlement. En tant que victime et en tant que témoin. Les chiffres confirment hélas ce que l'on ne sait que trop: 78% des femmes ont un jour été victimes de harcèlement sexuel dans l'espace public. Seulement 25% des victimes ont reçu l'aide de quelqu'un. 86% des répondants ne savent pas quoi faire lorsqu'ils en sont témoins. C'est sur ce chiffre-là que la campagne Stand Up, lancée ce 8 mars entend donc agir... dans le but de faire baisser le premier. Soutenue par la marque L'Oréal Paris, l'ONG Hollaback!, forte de son expérience sur les campus américains, a développé la méthode dite des 5 D (lire ci-dessous). Grâce à des actions ciblées dans les écoles et les transports publics, en passant par les festivals et à la création d'un site dédié reprenant les informations dans cinq langues, cette campagne entend sensibiliser plus d'un million de personnes à travers le monde d'ici 2021. Delphine Viguier-Hovasse, présidente de L'Oréal Paris nous explique comment.Pourquoi la marque L'Oréal Paris a-t-elle choisi de s'impliquer dans la lutte contre le harcèlement de rue?Notre mission, depuis toujours, est de donner du pouvoir aux femmes. Il y a deux ans, nous avons voulu nous interroger sur ce qui pouvait les freiner dans leurs ambitions. Pour cela, nous avons réalisé une vaste étude Ipsos, en partenariat avec des chercheurs de l'université de Cornell aux Etats-Unis. Nous avons demandé aux femmes ce qui les gênait le plus dans leur quotidien pour accomplir leur destin, leur mission, leurs ambitions. Le harcèlement sexuel est ressorti comme la problématique numéro 1. Cette cause, nous ne l'avons donc pas choisie a priori: elle s'est imposée à nous au vu de ces résultats. Qu'est-ce qui vous a le plus frappé dans cette étude?La réponse des femmes est la même dans les huit pays où nous avons réalisé cette étude, quelle que soient les cultures et les modèles de société: près de 80% d'entre elles ont déjà été harcelées dans un lieu public. Comment comptez-vous vous y prendre pour sensibiliser et former un million de personnes?Nous avons choisi un partenaire de terrain, Hollaback! qui travaille depuis plus de 15 ans sur le harcèlement sexuel dans les lieux publics. Les membres de cette ONG ont mis au point une méthode d'intervention, celle dite des 5 D, lorsque l'on est témoin de harcèlement de rue. Et ils en ont démontré les résultats: dans les campus américains où elle a été mise en place, cette méthode a permis de faire baisser les cas de harcèlements sexuels de manière significative. Nous avons donc demandé à Hollaback! de former des personnes relais dans des associations de terrains sélectionnées dans les pays où sera lancée la campagne. A ces personnes ensuite de former des gens en cascade pour toucher un maximum de gens. Nous comptons aussi former tous les employés du groupe L'Oréal - on parle de plus de 70 000 personnes dans le monde -, nos clients, nos fournisseurs, toutes les personnes qui travaillent de près ou de loin avec nous. Rien qu'à travers notre réseau d'influence professionnel nous espérons toucher 1/3 de la cible à former. Et je ne vous parle même pas encore de notre force de frappe sur les réseaux sociaux qui pourra driver un maximum de gens sur la plate-forme d'information. Comptez-vous également agir de manière concrète dans l'espace public?Tout à fait. En France par exemple, nous allons installer des stands dans les gares. Les gens qui le souhaitent y seront invités à suivre une formation d'une vingtaine de minutes. Elle commence par le visionnage d'une petite vidéo d'une minute trente qui permet d'identifier une situation de harcèlement dans un lieu public. En reconnaissant par exemple l'attitude gênée, agacée, embarrassée de la victime et face à elle, le comportement insistant et répétitif du harceleur. Une fois ce diagnostic posé, on vous exposera les 5 moyens d'actions à votre disposition (lire par ailleurs). On découvre ainsi qu'il ne faut pas toujours aller au contact, qu'il y a des alternatives. Même si l'on ne s'interpose pas, le simple fait de réconforter la victime après les faits, de reconnaître devant elle qu'elle a bien été victime d'une agression peut faire beaucoup de bien. Que répondez-vous à ceux ou celles qui pourraient taxer L'Oréal Paris d'opportunisme?Nous avons commencé nos enquêtes il y a plus de deux ans, bien avant le mouvement #MeToo. Je préfère me dire que si tant de gens en parlent aujourd'hui c'est qu'il y a vraiment un problème. Ce n'est pas une affaire de buzz. Une femme ne dira jamais qu'elle a été harcelée pour se rendre intéressante. C'est une vraie problématique sociétale quand vous avez 80% des femmes qui disent avoir été harcelée dans un lieu public. Si certains nous accusent de nous approprier cette cause, tant pis. Le tout c'est que le plus de personnes en parle. La force de frappe de notre groupe, par sa seule taille nous permet de toucher énormément de monde et c'est ça qui compte. standup.lorealparis.com