"Voir ce trou béant, ça fait mal au coeur", explique à l'AFP Marie Dumas, chargée de reconstituer le Génie de la patrie, moule de la célèbre oeuvre de François Rude "le départ des volontaires de 1792", sculptée entre 1833 et 1836. "On a toutes étudié cette oeuvre en histoire de l'art, ce visage est extraordinaire."

Les six restauratrices, qui se relaient depuis trois semaines dans le célèbre monument de la place de l'Etoile, doivent "trier, identifier et localiser" les différents morceaux de plâtre, disposés sur des cartons. Certains appartiennent à la maquette de l'Arc de triomphe, datant de la fin des années 30, d'autres au moule du Génie de la patrie.

La destruction de ces oeuvres, particulièrement l'image de la face détruite de la femme au bonnet phrygien, allégorie de la Liberté, avait marqué les esprits en France comme à l'étranger le 1er décembre et suscité de nombreuses condamnations.

Le premier geste du président Emmanuel Macron, au lendemain des dégradations, avait été d'aller se recueillir devant la flamme du soldat inconnu sous l'Arc, et de constater les dégâts. Jamais l'Arc de Triomphe, monument érigé entre 1806 et 1836, qui accueille environ 1,5 million de visiteurs chaque année, n'avait été victime de vandalisme.

"Notre travail, c'est de reconstruire ce qui a été brisé, de replacer les fragments" dont certains ne font que quelques millimètres, souligne Agnès le Boudec dans son atelier installé à l'intérieur même de l'Arc.

© AFP

Sous l'oeil des visiteurs

Si la maquette saccagée du monument ne trône plus au centre de la pièce, une petite fenêtre permet d'observer à l'oeuvre les restauratrices, séparées des visiteurs par de simples cloisons, sur ce chantier "pas comme les autres". Le monument a rouvert le 12 décembre.

"C'est important que les gens soient informés de ce qui se passe, ce sont des oeuvres très médiatiques" explique Anthony Chenu, assistant administrateur au Centre des monuments nationaux. "Les visiteurs sont intéressés, curieux".

Pour le Génie de la patrie, le gros morceau de cette opération inédite de restauration, plusieurs semaines vont encore être nécessaires. Les restauratrices devront d'abord recoller les fragments et éclats de l'oeuvre avant de combler les manques avec de l'enduit.

"Le problème de ce puzzle, c'est qu'on ne sait pas si on a toutes les pièces avant de commencer", dit Marie Dumas.

"C'est un travail particulièrement long, ça n'arrive pas tous les jours", et "beaucoup de fragments se ressemblent", ajoute-t-elle.

Les restauratrices s'aident de photos des oeuvres avant les destructions du 1er décembre. Elles soumettent des propositions, notamment au Centre des monuments nationaux, avant de passer à la phase de bouchage.

Leur volonté est d'éviter au maximum le recours à l'enduit, même s'il manquera forcément des fragments. "Plus on ajoute de matière, plus on met notre patte XXIe siècle", observe Mme le Boudec.

Si "chaque oeuvre porte les traces de son histoire, on essaie que la restauration ne se voit pas", renchérit M. Chénu.

Les visiteurs pourront voir les oeuvres entièrement restaurées à partir de la mi-mai.