Contrefaçon: comment distinguer le vrai du faux vintage?

© SDP
Katrien Huysentruyt Journaliste

Le succès grandissant de la mode vintage fait malheureusement aussi le bonheur des fraudeurs. Comment repérer une contrefaçon? Les experts de la boutique de seconde main de luxe Labellov, à Anvers, nous disent tout.

Avec l’arrivée des plates-formes vintage en ligne, trouver le très prisé sac Baguette Fendi est à la portée de tous. Tous les e-shops ne font toutefois pas l’objet de contrôles, et il n’est alors pas rare de tomber sur des sites frauduleux. Selon l’OCDE, environ 600 milliards d’euros de produits de contrefaçon sont vendus chaque année dans le monde. Parmi les pièces le plus souvent saisies par les douanes, on retrouve les chaussures, les articles en cuir et les vêtements.

LE DELVAUX DE MAMY

«Toutes les marques sont touchées par la contrefaçon, affirme Birgit de Jager de la boutique Labellov. Et ce, depuis la nuit des temps. Ne vous imaginez pas que seuls certains labels ou certains modèles sont visés. Ce sac Delvaux que vous avez hérité de votre grand-mère peut tout aussi bien être un faux. Il existe également d’énormes différences de qualité, des copies flagrantes à ce qu’on appelle des «1: 1 Super Fakes», qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à l’original et qu’il est presque impossible de distinguer. Nous utilisons donc un système de triple authentification: interne, externe et technologique. L’authentification est notre principal pilier et nous différencie des autres vendeurs et plates-formes: chaque article est examiné et vérifié pour s’assurer que les détails répondent aux normes de qualité de la marque en termes de cuir, de coutures, de matériel, de matériaux et de savoir-faire.» Prenons un authentique sac à main Chanel. On y retrouve le même nombre de points entre deux parties matelassées. La griffe au double C utilise également toujours des fermetures Eclair Lampo. Contrairement aux boutiques de seconde main populaires, Labellov est contrôlée par les autorités, et parfois même par les maisons elles-mêmes: «Nous n’y voyons pas d’inconvénient, c’est normal. Et comme nous sommes plus accessibles que Vinted, par exemple, les contrôles sont fréquents.»

PÉNURIE D’EXPERTS

Frédéric Uyttenhove © Frédéric Uyttenhove

Le marché des produits de luxe d’occasion est passé de 24 milliards d’euros en 2017 à plus de 33 milliards d’euros en 2021. Cela signifie que l’authenticité de milliers d’articles doit être vérifiée chaque jour. Les spécialistes se font rares dans ce secteur en pleine expansion. Si les employés des maisons de couture ne savent plus où donner de la tête parmi les offres d’emploi, les amateurs de sacs à main et les sneakerheads, ces passionnés de sneakers et de streetwear, trouvent eux aussi facilement du travail. Les experts de Labellov reçoivent également des propositions. «Ils sont extrêmement bien formés. Ils ont reçu un cursus approfondi en matière de contrôle de la qualité et apprennent les ficelles du métier en travaillant. Nous analysons tellement de pièces par jour qu’il n’est pas difficile de se faire la main.»

L’entreprise anversoise peut aussi compter sur des experts externes: «Il s’agit souvent de personnes qui ont travaillé pour les maisons de couture, avec une spécialisation dans une marque particulière, et qui officient également pour des sociétés de vente aux enchères comme Christie’s et Sotheby’s. Nous avons également de bonnes relations avec les labels que nous vendons, et nous pouvons parfois faire appel à leurs propres spécialistes. Nous utilisons aussi une technologie, certes très coûteuse, qui est spécialement conçue pour reconnaître certaines anomalies. L’outil vérifie l’emplacement du logo, les points de couture ou la qualité du cuir, entre autres.»

LES MARQUES S’EN MÊLENT

La technologie est un outil efficace pour repérer les contrefaçons: «LVMH, le groupe Prada et Richemont ont lancé Aura, en avril 2021, une blockchain qui stocke toutes les étapes du cycle de vie d’un article de luxe. Celle-ci ne peut pas être piratée ou falsifiée et résout complètement le problème de la «proof of ownership»», souligne Elien Migalski, la deuxième personne derrière Labellov. Cette technologie peut être appliquée à tous les nouveaux modèles. Les articles plus anciens doivent être vérifiés par des spécialistes avant de pouvoir être pucés. La société d’authentification Entrupy utilise la reconnaissance d’images pour distinguer les faux des vrais. Mais des personnes doivent s’assurer que seuls les éléments visuels des produits authentifiés se retrouvent dans la base de données. L’aspect sensoriel du métier — l’odeur et le toucher du cuir de luxe, par exemple — peut difficilement être assuré par des ordinateurs.

‘Des articles en édition limitée, épuisés en boutique, mais disponibles sur la Toile à un prix alléchant? Il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une contrefaçon.’

Les grandes marques, quant à elles, ont largement adhéré au concept «resell». Des labels comme Burberry et Stella McCartney ont même conclu des partenariats avec la célèbre plate-forme américaine The RealReal. Kering a investi dans Vestiaire Collective et Delvaux a récemment lancé une collaboration fructueuse avec Labellov. Chanel est à peu près la seule marque qui reste sceptique. En 2018, la maison de couture a accusé The RealReal de vendre des contrefaçons. L’entreprise n’aurait pas les compétences nécessaires pour authentifier ses produits. Seul un spécialiste Chanel peut déterminer si une pièce est vraie ou fausse, selon la griffe de luxe. Aujourd’hui, The RealReal riposte et annonce, preuve à l’appui, que la maison française cherche à étouffer le marché de la revente dans l’œuf. Affaire à suivre.

LOUIS FUITTON

Comment s’armer contre les escrocs? «Sur les plates-formes en ligne et les sites de vente, il est préférable d’appliquer le principe «If it’s too good to be true, then it probably is», avance Birgit de Jager. Des éditions limitées ou des articles recherchés de collections récentes, épuisés en boutique, mais disponibles sur la Toile à un prix alléchant? Il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une contrefaçon. Faites attention au logo, à la finition, au type de cuir et à d’autres détails. Demandez toujours une facture au vendeur. Attention, les factures aussi peuvent être falsifiées. Les faux de Turquie sont les plus faciles à reconnaître. Le motif censé représenter le monogramme de Louis Vuitton est composé de formes complètement différentes, par exemple. Les sacs portant le logo dans une police de caractères inhabituelle sont également aisés à repérer. D’autres indicateurs: une couleur différente, la qualité de la doublure, les fermetures Eclair, etc. Les pièces sont souvent accompagnées d’une carte d’authenticité, une sorte de carte bancaire avec le logo de la griffe. Il n’y a que quelques marques de créateurs qui délivrent ces cartes. Un petit tour sur Internet et vous serez fixé. Autre conseil: ce n’est pas parce qu’un sac a un numéro de série qu’il est authentique.»

© Frédéric Uyttenhove

Les fraudeurs accordent beaucoup d’attention à l’apparence, mais négligent parfois l’intérieur, y compris pour les vêtements. Il est donc conseillé de toujours retourner une veste Chanel. Les étiquettes des vêtements sont par ailleurs d’une grande utilité: on y trouve le numéro de série, les matériaux, ainsi que des données de production qui en disent long sur l’origine de la pièce. Les boutons, les clous et les fermetures à glissière sont également des caractéristiques importantes. Les maisons de couture utilisent rarement les Zips japonais YKK, par exemple, et préfèrent utiliser ceux de Riri, Lampo ou Raccagni.

MARIAGE À L’EAU

«Labellov fête ses 10 ans, et nous en avons vu des vertes et des pas mûres, poursuit Birgit de Jager. Aujourd’hui, nous nous protégeons en demandant une carte d’identité et en faisant signer un contrat d’authenticité. Il arrive que nous devions appeler la police. Parfois, les clients ne savent pas que leur sac est un faux. Un jour, une dame était tellement convaincue de l’authenticité de son sac Hermès que nous lui avons conseillé de contacter la marque pour un second avis. Son ex-mari lui avait offert la pièce en grande pompe lors d’une fête pour son quarantième anniversaire. Elle nous a rappelés en larmes: ses sacs étaient tout aussi faux que son mariage.» Birgit de Jager mise sur la plus grande prudence: «Pour un Birkin rare, faire appel à un expert pour un second avis est indispensable. Nous faisons également des copies de tout. Autant éviter la fraude à tous les niveaux.»

© Frédéric Uyttenhove

Partner Content